Rabiatou serah Diallo CNTG
Rabiatou serah Diallo CNTG
Cher Monsieur Aboubacar SOUMAH, Député,

Nous nous permettons de vous écrire en tant que membres du CNT pour vous rappeler les devoirs de civisme qui incombent à tout membre de la représentation nationale. Le CNT est mort. Mais vous l’obliger à vous faire entendre le silence de sa voix d’outre-tombe par le bruissement des mots que vous allez lire. Sur le site de Mosaiqueguinee.com, en date du 6 janvier 2019, dans la rubrique ‘’Actualités Politique’’ : (https://mosaiqueguinee.com/aboubacar-soumah-contre-lactuelle-constitution-guineenne-ce-texte-est-cousu-de-faux-problemes/) nous, membres du CNT, avons pu lire avec un ahurissement, mêlé de pitié, vos invectives d’aigreur suivantes, citation : « Honnêtement, je suis contre la Constitution qui nous gère aujourd’hui. Je le dis du fond du cœur en tant qu’acteur politique de la Guinée. C’est des petits copains qui se sont regroupés pour tailler une Constitution en fonction de leurs préoccupations et non celles de la Nation guinéenne. (…) Elle n’a pas connu un vote populaire. C’est les destructeurs de cette Nation, qui se sont donnés rendez-vous, dans le CNT, pour concevoir un texte au nom du peuple. On aurait soumis ce texte à une sanction populaire qui pouvait dire OUI ou NON au texte. (…) ».

Quand vous êtes-vous réveillé, cher Monsieur SOUMAH, pour faire «honnêtement » ce constat qui vous paraît génial ? Certainement après le retentissant fiasco aux récentes élections communales, n’est-ce pas ?

ECHEC AUX COMMUNALES ET AGNEAU SACRIFICIEL.

Croyez bien que nous ne sommes pas surpris de vous voir désespérément vous livrez à la recherche d’un agneau sacrificiel à immoler sur l’autel de votre venimeuse acrimonie, après avoir été battu, à plate couture, aux élections communales de Dixinn par une membre de votre ancienne alliance politique.

Nous comprenons que les résultats de ces élections communales augurent, pour vous, de lendemains sombres, quant à un nouveau mandat parlementaire.

Attribueriez-vous cette cuisante défaite et l’absence de toute chance future d’éligibilité à la seule rédaction Constitution ? Ou bien le pouvoir présidentiel, contre lequel vous pestez, avec tant de hargne, aurait-t-il contribué à votre lamentable échec, dans votre propre fief politique ?

Cette irrévérence gratuite, malencontreusement inopportune, à l’égard de personnes, dont une large frange est constituée de vos aînés, serait-elle, pour votre narcissique égo, un lénifiant exutoire destiné à soulager l’infliction causée par la perte poisseuse de la mairie de Dixinn, où vous n’êtes qu’un conseiller parmi d’autres ; le Maire étant une autre personnalité politique ?

Votre débâcle vous aurait-elle fait perdre le nord, puisque l’on ne peut imputer cette méprisable arrogance à l’ivresse de la députation qui, malheureusement pour vous, expire le 13 janvier 2019 ?

Sénèque l’ancien disait : ‘’ne pouvant obtenir ce que l’on veut, on se libère en voulant ce que l’on a.’’ Si ce gallicisme vous est accessible, alors profitez de cette antique sagesse romaine pour apprendre à bien vous tenir, en citoyen ; tel que l’article 22 de la Constitution en dessine le portrait.

DU RENDEZ-VOUS DES PETITS COPAINS

Inconsidérément, vous avez traité les membres du CNT de « petits copains ». Pourquoi cette discourtoisie notoire, qui trahit la douloureuse étreinte d’une implacable amertume ?

Nous vous demandons, si vous avez, un tant soit peu, connaissance de ce dont vous parlez, car l’ignorance, que démontre l’arrogance de vos propos injurieux, peut nous incliner, nous membres du CNT, à l’indulgente hauteur morale de vous pardonner cette insolence gratuite que vous nous avez adressée.

Par ailleurs, ayant de manière incongrue parler de ’petits copains’’, apprenez qu’au Moyen Âge, alors que les assiettes n’existaient pas encore, les repas étaient partagés à deux, avec le voisin de table. Deux épaisses tranches de pain, sur lesquelles on déposait des aliments, faisaient office d’assiettes. D’où le mot « copain ».

Comme beaucoup demotsde la langue française, langue que vous ne parlez qu’approximativement, lemot«copain» vient du latin ! De l’ancien français du XVIIIème siècle, le mot ‘’compaim’’, provenant desmotslatins « cum panem » qui, mis ensemble, signifient compagnon. Avec l’altération populaire, il devient copain, c’est à dire « celui qui partage avec un autre le même pain».

L’expression ‘’petit-copain’’, comme du reste ‘’petit-ami’’, est d’usage entre amoureux, entre intimes. Pensez-vous que vous avez le droit, en votre qualité de Député, d’acteur de la vie politique, de vous adresser, en des termes exempts de toute politesse, de toute urbanité à des concitoyens, à des pères et mères de familles ? Est-ce cet exemple d’incongruité que vous êtes disposé à transmettre aux jeunes qui vous regarderaient comme repère moral ?

DE L’EDUCATION CIVIQUE

Saviez-vous que parmi les fonctions de Député figurent l’éducation civique du citoyen ? Mais faut-il en avoir subi la bienfaisante influence pour pouvoir en prodiguer les hautes valeurs !

Quand vous dites, nous citons : ‘’Il faut qu’on soit sérieux dans ce pays’’. Ce langage, dont le moins qu’on en dise, est d’une détestable trivialité, fait-il de vous un homme sérieux ? Quand vous êtes-vous regardé dans le miroir la dernière fois ? Si, bien sûr, il vous arrive de le faire.

Cette question est d’autant pertinente que vous vous interrogez, citation : «Le CNT n’était ni légitime, ni légal. Celui qui n’est pas légal, ce qu’il met au monde est-il légal ? ». En procédant par le syllogisme, c’est-à-dire par la logique formelle (si vous savez ce que c’est), on pourrait dire que votre élection, en qualité de Député, issue de cette constitution, n’est pas légale, les primes que vous avez reçues ne sont pas également légales, les votes auxquels vous avez participés sont pareillement illégaux, votre immunité est, au même titre, illégale. On peut donc vous attraire en justice, sans autres formalités, en l’occurrence parlementaires, que celles de droit commun.

Quelle conséquence logique, puisque vous voulez que l’on soit sérieux dans ce pays, tirez-vous de votre affirmation sentencieuse ?

MUTABILITÉ ET IMMUTABILITÉ DE LA CONSTITUTION

Vous déclarez doctement, citation : «Si on peut avoir aujourd’hui une Constitution qui peut corriger ces défaillances, je serais parmi ceux qui accepteront. ».

Si vous aviez demandé, avec humilité, dans le dessein noble et sans faux-fuyant d’apprendre, vous auriez appris que toute constitution doit sa pérennité ou sa permanence et son efficacité à une dynamique essentielle et nécessaire, laquelle combine les principes complémentaires, mais apparemment contradictoires, de ‘’mutabilité’’ et ’d’immutabilité’’. La nôtre n’y déroge pas.

En effet, certaines dispositions de toute Constitution doivent, au fil de l’évolution, pouvoir être modifiées, alors que d’autres doivent rester absolument immuables, intangibles.

Tenez-vous bien, la lecture combinée des articles 21, 51, 152, 153 et 154 de la constitution guinéenne vous aurait indiqué que des dispositions pertinentes contiennent les réponses idoines à vos préoccupations impertinentes.

IGNORANCE DU DROIT À L’INITIATIVE PARLEMENTAIRE DE LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION

N’ayant jamais lu la Constitution, outil principal de travail de tout Député sérieux, vous ne pouviez donc pas savoir que, comme élu parlementaire, vous avez le droit à l’initiative de la révision constitutionnelle. C’est la constitution, celle que vous vitupérez, qui a dévolu explicitement aux Députés la prérogative d’élaborer et de soumettre des propositions de loi, y compris la loi référendaire (articles 72, 75, 83, 84, 85).

Ne vous révoltez donc pas contre les membres du CNT. Dites simplement : ‘’Oh ignorance ! quand tu me tiens !’’

Au sujet des pouvoirs du Chef de l’Etat, qu’avez-vous fait, comme membre du parlement, dans le sens des articles 50, 72, 88 et 89 de la constitution, qui octroient à l’Assemblée représentative du peuple un pouvoir de contrôle de l’action gouvernementale ?

Mais encore, faut-il avoir lu, plus encore, faut-il savoir lire la constitution et faut-il pouvoir la comprendre, pour être proactif ! Certainement, c’est un effort au-dessus de vos aptitudes intellectuelles. Alors vous vous êtes confiné à accomplir ce qui est simplement à l’exacte mesure de vos capacités mentales, vous vous attaquez au CNT, qui n’existe plus.

Le CNT a existé durant moins de quatre années, vous êtes député depuis cinq ans, pourquoi n’avoir pas conçu et fait adopter les modifications que vous inspirent vos hallucinations politiques ?

Save-vous que même les croque-morts ont l’élégance raffinée de laisser à la tombe et aux vers les corps sans vie de ceux qui décédés ?

Le CNT n’est plus ! En prenez-vous à l’Assemblée nationale, qui vit et doit agir avec les moyens que lui ont fournis la constitution et les lois pour changer ce qui est à changer et préserver ce qui doit l’être.

CNT ET ADOPTION DE LA CONSTITUTION

Votre transhumance politique du PUP à l’opposition, de l’oppositions à la mouvance présidentielle vous incite à de puériles incantations dans le genre : « …avec ce texte, si tu es chef d’Etat, on dirait que la Guinée est ta propriété privée. Le pouvoir de l’exécutif est trop puissant ». De quoi parlez-vous ?

Pouvez-vous comprendre, permettez que nous en doutions, que les fonctions dévolues à l’Exécutif par l’alinéa 1er de l’article 149 de la constitution, à savoir négocier et ratifier les Accords et Traités internationaux exigent que l’Exécutif veille au respect de la constitution, des engagements internationaux et des décisions de justice, déterminer et contrôler la conduite de la politique de la Nation, incarner la nation (art. 45) et disposer du pouvoir réglementaire (art. 46).

Ces différentes fonctions ont fait apparaître en droit public les notions d’intérêt général, de puissance publique et de service public. Voyez-vous qu’au lieu d’être cousu de faux problèmes, comme vous le découvrez si soudainement, le texte de la Constitution est bâti sur un solide socle de logique, qui échappe à votre capacité de discernement.

Où est le ‘’banditisme politique’’ sinon dans le fait pour un acteur politique de votre acabit de ne pas lire et chercher à comprendre la constitution de son pays ? Etes-vous fasciné par ces termes, glanés au détour d’une conversation avec quelqu’un d’important ? La transhumance politique, qui est votre pratique, sachez-le, est la pire forme de banditisme politique, le saviez-vous ? Elle caractérise l’homme sans foi, ni loi, sans conviction, ni idéal véritable, sans envergure morale, ni vertu civique.

Etes-vous vraiment sérieux, quand vous dites : «C’est les destructeurs de cette Nation, qui se sont donnés rendez-vous, dans le CNT, pour concevoir un texte au nom du peuple »?

Oseriez-vous dire, sans trembler, que comme acteur de la vie politique nationale, vous ignoriez comment le CNT a été constitué ? Quel mandat a été donné à ses membres par les organes de transition établis par les Accords de Ouagadougou ? Pour quelle perspective historique une telle décision a-t-elle été prise, sous la pression des forces vives, face aux crises cycliques qui secouaient le pays depuis 2006 ?

Apprenez, par ailleurs qu’une constitution, une loi et un acte réglementaire ne peuvent acquérir leur valeur normative par la seule impulsion des circonstances ou des modes de son adoption, mais par la clarté, l’intelligibilité et l’efficacité de la réponse apportée aux préoccupations ou aux besoins de la société.

Il est certain que vous ignoriez que le Royaume Uni de Grande Bretagne n’a pas de constitution formelle, mais sachez que le principe ‘’dura lex sed lex’’ [la loi est dure, mais c’est la loi] y règne absolument et sans discrimination.

Pour votre gouverne, le référendum populaire n’est pas le seul mode d’adoption de la Constitution. L’adoption par voie parlementaire, qui est un autre mode, a servi en 1958 à l’adoption de la première constitution de la République de Guinée.

Si vous aviez été d’un certain niveau de culture générale, nous vous aurions conseiller de lire Georges VEDEL, Raymond-Carré DE MALBERG, Kemal GOEZLER, Louis FAVOREU, Michel TROPER, Jean-Marie AUBY, Georges BERLIA, Charles LOYSEAU ou Dominique TURPIN, Otto PFERSMANN, Georges BURDEAU, Edouard LABOULAYE, Jacques VELU, Michel Henry FABRE, Jacques BOURDON, Jean-Claude RICCI ….

On ne saurait vous demander pas tant, contentez-vous de lire la constitution guinéenne et de vous la faire expliquer.

In finenous vous rappelons qu’aucun membre du CNT ne s’est présenté, de son seul gré, à un rendez-vous de ‘’petits copains’’, pour composer cette illustre institution. Chaque membre a été honorablement proposé ou recommandé régulièrement par les organisations politiques, sociales, syndicales, patronales, estudiantines, formant les forces vives, d’après leurs Statuts et délibérations.

Pouvez-vous, sans peur morale et sans sourciller, dire que vous ignoriez tout de la procédure et du fondement juridique et politique de la constitution du CNT ?

Nous espérons que vous vous garderez bien de proférer une telle négation, car alors ce sera le comble.

Pour terminer, nous vous invitons fraternellement à méditer longuement ces vers de Charles BAUDELAIRE :

« La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords.

Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants, nous trouvons des appas ;

Chaque jour, vers l’Enfer, nous descendons d’un pas,

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Le moins que nous attendons de votre part est une excuse publique.

A bien entendre et à tout entendre, SALUT !

Pour les membres du CNT

Hadja Rabiatou Serah DIALLO Ex Présidente du CNT

Mohamed Aly THIAM Ex 2ème Secrétaire du Bureau exécutif

Dansa KOUROUMA Ex 3ème Secrétaire du Bureau exécutif

Pascal SANDOUNO Commission Constitutionnelle

Djely Karifa SAMOURA Commission des Affaires sociales

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1 COMMENT

  1. Les régimes présidentiels sont des faits de la dictature. Voilà il est préférable que les Constitutions des régimes présidentiels des pays d’Afrique doivent être changée en Régimes Institutionnels.

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