Journée internationale de la liberté de la presse : Alpha Condé cloue la presse nationale au pilori

Placée par l’Organisation des Nations – Unies pour l’Education et la Culture (UNESCO), sous le thème : « Médias, justice et états de droits : les contrepoids du pouvoir », la 25e journée internationale de la presse a été célébrée en Guinée en présence du président de la République, Alpha Condé, du chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo et des diplomates. La presse guinéenne a mis l’occasion à profit pour égrener un chapelet de doléances au Chef de l’Etat pour une meilleure qualification des journalistes du pays.

Le président du Conseil d’Administration (CA) de la maison de la presse de Guinée a décliné les priorités de la presse guinéenne. Il a cité entre autres : la construction d’une maison de presse à l’image des autres pays de la sous-région, la mise en place d’un fonds d’aide et de solidarité en faveur des journalistes sinistrés et la mise en place des mesures règlementaires incitatives nécessaires pour instaurer une communication prudente et pour obliger toutes les grandes entreprises à communiquer dans la presse. Ceci pour assurer l’indépendance économique des entreprises de presse locales.

Si Amadou Tham Camara a noté des « avancées significatives » notamment la dépénalisation des délits de presse, il a aussi évoqué les difficultés auxquelles sont confrontés les médias du pays. Pour cela, il a déclaré, à cet effet, « nous souhaiterions que d’autres difficultés soient mises sur table afin d’être aplanies car sans des entreprises économiquement viables, le pari de la liberté des journalistes risque d’être hypothéqué. Comme le disait l’ancien président ivoirien, Houphouët Boigny: « un homme qui a faim n’est pas libre ».

Enfin, le président du CA de la MDP a informé le président de la république de l’élaboration d’une convention collective entre les patrons de presse et le syndicat des professionnels de la presse privée de Guinée. Avant de saluer l’augmentation de la subvention allouée aux médias par l’Etat guinéen.

En prenant la parole, le Chef de l’Etat, après avoir souhaité bonne fête aux journalistes guinéens, s’est attaqué au raport de Reporters Sans Frontières (RSF).  « C’est étonnant que la Guinée soit classée 104 (par RSF, ndlr) quand des pays africains où des journalistes sont arrêtés et emprisonnés tout temps sont mieux classés que nous », lance-t-il.

Ensuite, Alpha Condé cloue au pilori l’ensemble de la presse guinéenne. « Je pense que vous ne contribuez pas à améliorer l’image de la Guinée. Vous êtes responsables de ça. Je dis souvent que la Guinée est victime de son passé », dit-il.

Répondant aux doléances formulées par les journalistes guinéens, Alpha Condé déplore l’attitude de la presse nationale. « Je pense qu’avant de nous demander de vous aider, qu’est-ce que vous avez fait ? Vous discréditez l’image du pays. Tous les progrès que nous avons faits depuis 2011 sont passés sous silence comme si on était des pays comme l’Afghanistan. Aucun journaliste n’a été arrêté par le gouvernement ou tué. Et pourtant, en Mauritanie les journalistes sont arrêtés et emprisonnés, et elle est placée 54e. Vous discréditez l’image de notre pays », explique M. Condé.

Il poursuit : « comment voulez-vous qu’on vous appuie quand vous faites que tous les efforts qui ont été faits pour la liberté de la presse sont tus et dès que les gendarmes convoquent des journalistes, vous faites un grand boucan … boucan. Donc, moi, je ne peux pas m’engager avec vous parce que vous piétinez tous les progrès qui ont été faits dans ce pays ».

« Comment des pays où on arrête et on emprisonne des journalistes sont classés 54e alors que la Guinée occupe la 104e. C’est vous (les journalistes, ndlr). Vous parlez de RSF. Mais qui a la responsabilité de donner l’image du pays ? Donc, tant qu’on continue à donner une image qui est contraire à la réalité du pays, on ne peut pas satisfaire vos revendications. Est-ce que j’ai poursuivi un journaliste ? Est-ce que j’ai porté contre un journaliste ? », s’interroge Alpha Condé, face à des journalistes, pris au dépourvu.

Pour enfoncer le clou, il ajoute : « quand vous aurez répondu à cette question, je vous répondrai ».

En ce moment, le directeur de la maison de la presse, Hassane Kaba, tente de donner des raisons pour le classement de la Guinée en évoquant des critères propres à RSF

Alpha Condé insiste : « est-ce que vous avez communiqué ce qui a été fait, est-ce que vous avez expliqué ce qui a été fait depuis 2011 ? ».

Ensuite suit un échange « houleux » entre les deux. M. Kaba évoqué le nombre des radios privées en Guinée.

Le Chef de l’Etat insiste encore : « vous n’avez pas jamais communiqué sur ce qui a été fait. Combien de journalistes ont été arrêtés, ont été condamnés en Guinée ? Tout ce qu’on a fait c’est zéro parce que vous continuez à donner une mauvaise image de la Guinée ».

Poursuivant, Alpha Condé dédouane RSF et culpabilise la presse nationale qui, selon lui, ne fait rien pour montrer la réalité : « RSF n’est pour rien. C’est vous qui donnez les informations à RSF. Qui a donné cette image de la Guinée. RSF n’est pas à Conakry ».

Ainsi, pour calmer les ardeurs du président Condé, apparemment très en colère contre la presse guinéenne, Tham Camara vient au secours de Hassane Kaba.

« Monsieur, c’est vrai que cette année, il y a eu des incidents qui n’ont pas plaidé en faveur de la Guinée. Mais RSF a ses principes. Parce qu’en ce que je sache, c’est seulement cette année, qu’il y a eu un recul. Sinon depuis un certain, le classement était en net progrès. Il y a eu des malentendus cette année entre la presse et les autorités guinéennes. Ces malentendus nous ont valu ce classement-là. C’est regrettable. En toute réponse, les associations guinéennes vont se réunir pour donner une réponse. Cela ne va pas durer. Ce sont des démarches qui vont entrer dans la requalification des relations entre les médias et les autorités. », martèle-t-il.

Sans rien promettre, Alpha Condé dira que « comme on va organiser la journée de la presse, d’ici là, on va voir ce que vous avez fait. Ma réponse viendra après », précise-t-il aux journalistes.

En définitive, on peut affirmer que la célébration de la journée internationale de la liberté de la presse a été une occasion pour le président guinéen de régler des comptes à la presse nationale.

Amadou Kendessa Diallo

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