Un opposant sabre le régime de Sékou Touré : « Son régime a été un régime tueur. Il n’a pas fait la mission d’un Chef d’Etat »

Pendaison au pont 8 novembre sous le régime de Sékou Touré Guinée
Pendaison au pont 8 novembre sous le régime de Sékou Touré en Guinée

Le leader de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG) de feu Jean Marie Doré, Me Alfred Mathos, a accordé cette semaine une interview exclusive à notre rédaction. Au cours de laquelle, le successeur de l’ancien Premier ministre s’est largement exprimé sur le devenir de sa formation politique après les élections locales du 04 février dernier. M. Mathos s’est aussi exprimé sur la situation de crise sociopolitique que connait actuellement la Guinée et son sentiment par rapport à la commémoration de l’an 34 du feu président, Sékou Touré.  

 Comment se porte votre parti et quelle leçon en tirez-vous des élections locales du 04 février dernier dont les résultats sont activement contestés par les leaders de l’opposition ?   

Me Alfred Mathos : notre parti se porte bien. Après la mort de notre leader, Jean Marie Doré, on a été confrontés à un dilemme comme certains partis notamment, le PUP quand le feu président Lansana Conté a quitté ce monde. Ce parti d’alors au pouvoir s’est retrouvé dans les oubliettes. En ce sens qu’ils n’ont pas de représentants au parlement guinéen.

Mais, nous aujourd’hui, par la grâce de Dieu, nous avons deux représentants à l’assemblée nationale qui font que nous avons la fierté d’exister sur l’échiquier de la politique guinéenne.

Face aux élections communales, nous avons participé   tant bien que mal pour ce scrutin de proximité. Il faut les moyens humains et puis la disponibilité des militants.

A ce niveau, nous avons eu comme résultats acquis,  trente-deux (32) conseils communaux dont quatre en alliance puisque moi-même en  tant que président  de l’UPG en alliance avec l’UFR, j’ai été élu sur la liste de l’UFR  comme conseiller communal au compte de la commune de Ratoma.

Pour cela, certains de mes militants me disaient en tant que président d’un parti, je ne devrais pas me mettre sur la liste d’un autre parti.

Il faut comprendre que l’UFR est un allié politique depuis l’assemblée et nous avons un groupe parlementaire qui est au centre et j’ai toujours dit qu’il faut partir là où on peut faire des alliances intelligentes et là où on a nos forces et nos faiblesses.

Nous avons nos trente deux conseillers dont deux maires un à N’zo et un à Gouyégué. Donc par conséquent, il faudrait que je salue tous les militants parce qu’ils ont placé en nous leur confiance. Et que la bataille pour l’électoral doit continuer puisque les législatives arrivent.

Donc d’une manière globale, notre  parti se porte à merveille. Mais, cela ne signifie pas qu’il faut se coucher. Il faudrait que le parti fasse une grande reforme lors des états généraux que nous envisageons à organiser. Au cours desquels, on va essayer de corriger certaines faiblesses que l’UPG a connues dans le temps.

Afin que nous améliorions le bon fonctionnement du parti, du bureau politique jusqu’aux instances extérieures et aux sections et fait la cooptation de nouveaux membres pour que le parti puisse compter sur le plan national parce que notre souhait est que le parti soit une formation politique traversable. Donc, voici notre vision pour que l’UPG soit l’un des partis le plus fort du pays.

Au niveau des résultats des élections locales que nous avons obtenus satisfaction. Mais, je m’en vais vous dire, c’est un secret de polichinelle parce que nous avons été confrontés à certaines difficultés pendant la campagne électorale qui s’expliquent par la démarche des commis de l’Etat qui ont usé de la force du pouvoir pour mener des campagnes à l’endroit des candidats du RPG. Ce qui n’était pas normal parce que ce genre d’attitudes sont révoqués par la loi.

Mais cela n’est pas nouveau car ces mêmes actes se sont passés au temps du PDG RDA et celui du PUP et nous vivons encore cette même pratique dans cette 3ème République. Ce sont des pratiques qu’il faut pouvoir arrêter.

Quelles sont vos impressions par rapport au fait que l’opposition a repoussé sa manifestation du 29 mars 2018 au 04 avril prochain à cause de la fête de pâques ?

Oui ! je salue ce geste parce que nous sommes un pays laïc. Mais, il faut pouvoir considérer et avoir le respect pour la religion des autres. Mais, cette circonstance qu’il faut saluer, doit continuer, pour que cette accalmie soit continuelle.

Le pouvoir en place doit saisir cette concession de l’opposition pour que cette accalmie puisse se prolonger par des actes concrets de réconciliation.

Il faut que les deux partis qui sont en face notamment, la mouvance présidentielle et l’opposition républicaine puissent se tendre la main pour que la Guinée soit une nation de paix.

Les religieux ont demandé cette paix aux leaders de l’opposition et dans la plus grande sagesse, ils ont accepté. Donc en toute sincérité, je salue ce geste en tant que catholique et je le salue davantage.

Les Sékoutoureistes viennent de commémorer l’an 34 du père de l’indépendance de la Guinée, Sékou Touré.  Quel est votre sentiment ? 

Ecoutez ! Qu’ils le font, c’est leur droit. Mais qu’il fasse une offense à la mémoire collective du peuple de Guinée. Ça, c’est vraiment trop osé parce que moi, je le dis en tant que président de l’UPG, ce régime de SéKou Touré  a commis  trop de victimes au camp Boiro.

Donc, je voudrais que cette commémoration de la mort de Sékou Touré fasse en de regroupement familial et qu’on n’en fasse pas d’un événement national.

Je dis non car le père fondateur ils disent de l’indépendance, n’a pas été le seul père fondateur mais, je dirai qu’il y a eu aussi tant de figures charismatiques pour obtenir cette souveraineté de la Guinée.

Mais, c’est vrai que le monde entier a salué cette indépendance.  Je m’en vais vous dire que cette indépendance dont certains Guinéens se glorifient au nom de Sékou Touré a donné quoi sur le plan humain et économique à la Guinée. Si ce n’est pas des tueries et de pendaisons à l’époque.

Sans oublier que le camp Boiro  a fait entre trente mille à quarante mille disparus. Ils devaient faire en sorte que cette mémoire collective soit enseignée dans les écoles pour que les jeunes se souviennent de la manière qu’on se souvienne de Samory Touré, de Sékou Touré, l’un des pères fondateurs de cette indépendance, que son règne pendant vingt-six ans a fait autant de tueries qu’on n’a jamais connu en Afrique de l’Ouest.

Et aussi, sur le plan économique. Vous vous souvenez quand les militaires ont pris le pouvoir en 1984, la Guinée était au bas de l’échelle. Donc, rien n’a été fait. A partir de ce moment, moi je dis haut et fort que le régime de Sékou Touré est purement et simplement sanguinaire.

Il fut un temps où il y avait une commission de vérité et renonciation  qui était en place. Je ne sais pas pourquoi cette commission n’a pas continué ses travaux. Il faudrait que les jeunes guinéens, hommes et femmes se souviennent qu’il y avait un dictateur dans ce pays et qu’aujourd’hui plus jamais et jamais un homme ou une femme au pouvoir puisse mettre la liberté d’un individu en jeu tant pour autant le juger équitablement conformément aux lois du pays.

Voilà ce qui s’est passé. Donc, aujourd’hui en tant que leader politique et jeune dirigeant de ce pays,  je veux dire que Sékou Touré n’a pas fait la mission d’un Chef d’Etat. Il est passé à côté. Donc, aujourd’hui, saluer cette mémoire de Sékou Touré doit réduire qu’en famille, mais pour la mémoire collective, je dis non.

Pour finir, je m’en vais vous dire que mon père a été assassiné au camp Boiro. Cette mémoire de Sékou Touré comme père de l’indépendance n’est qu’un non-événement pour moi. Son régime a été un régime tueur.

In Le Démocrate

 

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