Tribune : La Guinée ou le pays des Imposteurs

La Guinée est le pays de grands résistants coloniaux dont notamment Alpha Yaya, Béhanzin et Samory, et les pères de l’indépendance dont Sékou Touré, Diallo Telly,…. Ces grands hommes se sont battus corps et âme pour la liberté, l’indépendance, le respect de la loi et les principes républicains. Depuis maintenant un certain temps, des imposteurs ignorent la loi et tentent de remettre en cause le tissu social, le principe républicain et en général tout ce qui a été construit par le passé tel que la cohésion sociale, la solidarité et le respect inter-peuples. Il serait dommage que ce pays, bénéficiant de telles diversités culturelles et opportunités environnementales, de si nombreux intellectuels, combattants et braves hommes, tombe dans le piège de ces politiciens.

Ces imposteurs, fils dépravés du pays, se sont faufilés et se sont imposés dans toutes les affaires de la société jusqu’à devenir dirigeants du peuple. Ils sont entendus à la télévision, à la radio, à la présidence, à l’assemblée nationale et partout dans le pays. Ils sont présents depuis huit ans au pouvoir ou au côté de celui-ci, depuis plus de trente ans dans la gestion des affaires et maintenant dans l’opposition. A l’assemblée nationale, ils mènent le peuple droit au mur en prétendant le sauver.

A la fois conformistes et opportunistes, ces voleurs en costume expérimentés abusent volontiers du peuple de par leur apparence. Les qualités vertueuses que le peuple leur accorde leur permettent de duper les guinéens pour assouvir l’objet de leur désir : un mandat, c’est-à-dire du pouvoir, ou de l’argent, grâce à leur relation avec les lobbys par exemple, tout en s’assurant que le peuple vote vraiment pour eux.

En Guinée, le pouvoir en place a induit l’incrédulité, la perte de civisme et de valeurs du peuple. La pauvreté, l’injustice, le mensonge, l’arnaque et la prostitution y sont devenus monnaie courante. Cette transformation comportementale du peuple est due au non-respect et application de la loi ainsi qu’à la pauvreté actuelle qui traverse le pays. Dès l’entrée sur le territoire guinéen, l’absence de l’Etat et le désintéressement total du pouvoir envers la population se fait ressentir : chacun applique sa propre loi comme bon lui semble. Ce qui n’est pas étonnant car le pouvoir en place n’est pas sain. Ces dirigeants ont toujours incarné une posture de sauveur derrière laquelle se cache leurs mensonges, défauts et incompétences. Aujourd’hui, ils représentent une politique où l’intérêt individuel supplante l’intérêt général, où les apparences prévalent sur le fond, le faux sur le vrai, l’opinion sur les valeurs. Dans un pays où les dirigeants ne savent pas manier la langue nationale ni compter ou lire des chiffres correctement, comment peut-il être discuter de projets avec des investisseurs ? Comment ces mêmes dirigeants peuvent-ils faire appliquer une loi si eux-mêmes se croient au-dessus de celle-ci ? Cette situation n’est cependant plus étonnante lorsque le chef de l’Etat s’auto-proclame « Professeur » de droit, bien que son parcours universitaire reste ambigu aux yeux des intellectuels et du peuple guinéen. Le titre de professeur se mérite, il ne s’auto-proclame pas. Malheureusement en Afrique, et précisément en Guinée, les titres l’emportent sur la connaissance et l’action. Pourtant le peuple guinéen a besoin d’actions concrètes et de réels projets bien conçus. Quel que soit le niveau de diplômes détenu, l’important est l’acte posé. La génération consciente s’est rendue compte de leur incapacité à gouverner ce pays, elle ne croit plus à leurs faux projets et fausses promesses. En fait, il est temps de se débarrasser de ces imposteurs.

Que disent ces imposteurs au peuple du « château d’eau de l’Afrique de l’ouest » quand des projets d’eau et d’électrification, comme celui de la ville de Kankan, sont mensongers ? Que disent-ils quand des ponts, comme celui de la ville de Linsan, sont mal construits, s’avérant dangereux ? Que disent-ils quand le port autonome est vendu ? Que disent-ils quand 21 millions de dollars américains sont volés à la Banque Centrale du pays ?

Les différentes entités sociales, les familles, sont maintenant toutes politisées et ethnicisées. Ne discernant pas politique, sagesse et religion, les religieux sont devenus des pions politiques n’assurant plus leur rôle de prêcheur de bonnes paroles. Ces soi-disant sages se mettent à la solde de ces dirigeants à des fins d’anatocisme, c’est-à-dire de capitalisation de leurs intérêts, et les aident à diviser pour mieux régner. Ces imposteurs ont choisi de ne pas s’impliquer dans le développement de la nation et dans l’application de la loi. Ils cachent leurs incompétences et sont prêts à déployer la violence plutôt que d’assurer la paix afin de diriger le pays le plus longtemps possible.

Malheureusement pour ces malfrats, leur jeu politique et leurs stratégies sont maintenant compris par la nouvelle génération « la jeunesse consciente ». Cette fois, elle ne les laissera pas faire, elle utilisera tous les moyens légaux possibles et surtout intellectuels pour les faire partir. Il faudrait que les activistes de la société civile, les groupes de jeunes comme les Citoyens Engagés de Guinée ou le Café Citoyen de Conakry, les jeunes conscients de la situation actuelle, se donnent la main pour combattre ensemble l’ethnocentrisme, l’inégalité, la mauvaise gouvernance, en résistant aux offres de tentation de pouvoir et de richesse de ces imposteurs au pouvoir ou à l’opposition. Le peuple a trop souffert et les jeunes ont beaucoup subi cette mauvaise gouvernance. Qu’ils soient diplômés ou non, ils sont les premiers sacrifiés lors des grèves et des élections. Il faut qu’ils prennent conscience de la politique de ces bourreaux, qu’ils évaluent les stratégies, les projets de société, les avantages et les enjeux qui y sont associés avant de s’engager dans l’un des partis politiques du pays. Les temps ne sont plus à voter pour une personne originaire de sa région ou de son ethnie. L’important est son projet de société : que peut-il apporter à la Guinée ? Quelle sera la place de la jeunesse diplômée et non diplômée pendant sa présidence ? Les élections passées doivent servir d’exemples à cette nouvelle génération. Elle a été nombreuse et impliquée lors des votes, mais elle n’a jamais trouvé sa place parmi les élus. Elle est oubliée, ignorée, battue. Lorsqu’on fait le bilan des morts pendant les manifestations, près de 95% sont des jeunes, garçons et filles, issus de familles pauvres et désespérées. Ce désespoir et cette pauvreté sont aujourd’hui la cause du choix de cette jeunesse à l’exil, par tous les moyens, ce qui n’est pas la meilleure solution pour répondre à ces imposteurs. La jeunesse se doit d’être sereine, consciente de sa situation et agir par des moyens légaux pour s’imposer et se faire entendre. Elle ne devrait pas suivre des politiciens sans objectifs clairs et précis. Elle doit prendre son avenir en main car les prochaines élections présidentielles devront être radicales afin qu’une réelle opportunité de changement politique et de mentalité s’opère, et afin qu’elle soit représentée au gouvernement, dans les institutions et dans les entités économiques du pays. Cette nouvelle génération doit être fortement impliquée dans les affaires publiques, politiques et économiques pour enfin se débarrasser de ces imposteurs.

Hasmiou Diallo

Consultant en Business Intelligence et stratégies

France

madhasmiou@yahoo.fr

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