Siaka Barry dit ses vérités sur le bilan d’Alpha «  Il y’a une grande part de responsabilité managériale du Chef de l’État qui a surtout montré ses limites notamment dans… » (Interview)

Siaka Barry ancien ministre et coordinateur du mouvement génération débout
Siaka Barry ancien ministre et coordinateur du mouvement génération débout

L’ancien ministre de la culture des sports et du patrimoine historique du président Alpha Condé et actuelle coordinateur du mouvement génération débout,  Siaka Barry s’est prêté aux questions de votre quotidien en ligne libreopinionguinee.com. Dans un entretien fort de caractère et de vérités, l’ancien homme fort du département des sports s’exprime sans  tabou et sans  langue de bois. Lisez plutôt cet entretien réalisé par Macka Baldé depuis Paris.

Libreopinionguinee : comment se porte la Génération Debout ?

Siaka Barry : La Génération Debout se porte comme un charme, sa propension évolue d’ailleurs au delà de nos propres attentes. Quand nous mettions ce mouvement en place, nous l’avons d’abord voulu comme une force d’élite constituée de jeunes leaders capables de remorquer le reste de la jeunesse vers une vision commune. Aujourd’hui force est de constater qu’il devient de plus en plus un mouvement de masse, dans lequel la jeunesse guinéenne se reconnaît majoritairement et qui se positionne comme le fer de lance dans notre combat pour le renouvellement générationnel de l’actuelle classe politique.

Libreopinionguinee quelles sont les vraies ambitions de votre mouvement ?

Siaka Barry : Notre mouvement se veut un instrument de fédération et de mise en synergies des forces juvéniles de notre pays afin d’en faire un véritable levier politique. La jeunesse représente au bas mot,  plus de 60% de la population guinéenne, ce qui en fait une immense force sociale. Comment faire en sorte que cette force sociale se mue en une véritable force politique en influençant la prise de décision (et en y participant d’ailleurs) dans toutes les sphères de la vie nationale ? C’est à ce défi que notre mouvement veut répondre. Cela passe par une synergie d’action, qui passe elle-même par une meilleure organisation des mouvements et associations de jeunes politiques ou apolitiques, que nous voulons mettre en alliance en vue de redonner le pouvoir politique, social et économique à une nouvelle génération de guinéens qui aspire au changement.

Libreopinionguinee : Allez-vous participer à la prochaine élection présidentielle ou législative ?

Siaka Barry : la question d’élection n’est pas centrale chez nous à ce stade de notre combat. Nous ne sommes pas (comme les partis politiques traditionnels) obnubilés ou hantés par l’occupation impérieuse d’un quelconque siège ou d’un fauteuil. Nous avons un but ultime, que nous poursuivons inlassablement, celui de redonner le pouvoir à son dépositaire légitime (c’est à dire le peuple). Et notre stratégie consiste à faire en sorte que la partie la plus vigoureuse de ce peuple, la jeunesse, soit désormais la force motrice essentielle de la nation et que les aînés jouent leur rôle consultatif auprès de cette nouvelle classe. Nous sommes d’accord que pour parvenir à cette fin, nous devons passer par des étapes qui incluent des élections (dans un système démocratique) nous ne nous déroberons pas à cette règle et nous participerons à des élections quand nous sentirons le moment opportun et après avoir donné les formes juridiques requises à notre alliance. Nous n’avons pas peur des élections, mais pour qui veut aller loin, ménage sa monture!

Libreopinionguinee : Avez-vous un regret d’avoir travaillé avec Alpha Condé ?

Siaka Barry : Non je n’éprouve aucun regret d’avoir travaillé avec le Président de la République, au contraire j’en suis sincèrement reconnaissant, d’abord pour le choix inestimable porté sur ma modeste personne parmi ces millions de guinéens beaucoup plus valeureux et expérimentés que moi, ensuite pour le soutien qu’il m’a personnellement accordé pendant les 20 mois d’exercice que j’ai passés au sein de son gouvernement. Certes notre méthode de séparation fut moins élégante, mais cet arbre amer de la séparation ne doit pas cacher la forêt de bonnes actions que nous avons entreprises et réussies ensemble.

Libreopinionguinee : si c’est à refaire aujourd’hui, allez-vous encore accepter d’appartenir à un gouvernement du président Alpha Condé ?

Siaka Barry : très franchement, cette question est beaucoup plus problématique aujourd’hui qu’elle ne l’était il y’a deux ans quand je faisais ma toute première expérience gouvernementale. Aujourd’hui, avec le recul, je ne crois pas que j’ai besoin d’un poste ministériel pour mener le combat qui me semble prioritaire pour notre nation. Je ne refuse pas de servir la nation, mais je pense qu’on peut valablement la servir même en étant hors d’un gouvernement. La question d’appartenir ou non à un gouvernement est la dernière idée qui me vient aujourd’hui en tête, quand je me regarde dans un miroir. Toutefois tout ceci me rappelle Jean Jaurès (Homme politique français) quand il disait « il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent et aucune certitude pour le futur… » !

Libreopinionguinee : Comment expliquez-vous que les autorités vous refusent très souvent l’accès à certaines villes de l’intérieur, notamment en Haute-Guinée ?

Siaka Barry : Bon écoutez, moi je mets cela au compte de l’excès de zèle de certains administrateurs locaux qui maîtrisent mal les textes rudimentaires qui fondent une démocratie. Sinon comment expliquer que certains administrateurs ferment les yeux sur ma présence dans leur localité et que d’autres me traitent en paria ? C’est de l’acharnement gratuit qui frisent souvent l’intimidation…mais lisez-vous dans ma figure, le regard de quelqu’un qu’on peut intimider ? À ces fonctionnaires zélés je dirais que c’est peine perdue, on n’intimide pas un révolutionnaire, car le don et le sacrifice de soi sont les caractéristiques fondamentales de toute révolution. Mais ces dérives et atteintes à notre liberté de circulation ne sont pas seulement circonscrites à la Haute-Guinée seulement, j’ai été aussi empêché à Kindia de tenir une conférence avec les étudiants… C’est un recul grave dans notre marche vers une démocratie apaisée et j’espère que ces autorités concernée sauront se ressaisir à temps.

Libreopinionguinee : Quel bilan attribuerez-vous à la gouvernance d’Alpha Condé ?

Siaka Barry : si je peux me permettre un petit rectificatif, je dirais « NOTRE » gouvernance au lieu de « gouvernance Condé ». N’oubliez pas que vous parlez à un ancien ministre d’Alpha Condé, qui doit avoir le courage et l’honnêteté d’assumer sa part de responsabilité (aussi minime soit-elle) dans ce bilan. Il était incontestable que le président Alpha Condé était initialement mû par une vision patriotique et une réelle volonté de changement tout azimut. Mais force est de reconnaitre avec le recul que les objectifs atteints (certes dans un contexte hostile et difficile) sont largement en dessous des attentes et de nos espérances telles que nous les rêvions en 2010 à notre accession au pouvoir. L’honnêteté voudrait qu’on reconnaisse qu’il y’a eu quelques réalisations salutaires (amélioration de l’accès à l’énergie, réforme des forces de défense, amélioration de l’offre hôtelière etc…) mais aussi il y a eu beaucoup de ratés et d’insuffisances dans notre gouvernance. Cela est dû certes à des contingences sociales mais aussi il y’a une grande part de responsabilité managériale du Chef de l’État qui a surtout montre ses limites notamment dans la lutte contre la corruption et la criminalité à col-blanc, dans la gestion des ressources humaines, dans la refonte du système administratif, dans la restauration de la justice et de l’autorité de l’État, dans la promotion de la cohésion sociale et du vivre-ensemble, mais surtout dans la lutte contre l’impunité… Il y’a beaucoup à dire sur notre bilan (qui me laisse personnellement sur ma soif) et nous en reparlerons au moment opportun !

Libreopinionguinee : Allez-vous cheminer avec l’opposition dans le cadre de la lutte politique ?

Siaka Barry : pour être franc avec vous, je ne me reconnais pas dans l’opposition guinéenne actuelle, ni dans ses visions, ni dans ses stratégies, ni dans ses méthodes. Je suis de ceux qui croient qu’il faut une réelle rupture avec les méthodes de la classe politique actuelle (mouvance comme opposition) pour rebâtir une nouvelle élite politique capable d’impulser le développement de notre nation en faisant la politique autrement par des méthodes plus vertueuses. Nous voulons rompre avec ces stratégies de politique politicienne à l’ancienne, de calculs machiavéliques bâtis sur la ruse, la duplicité et la duperie pour enfin forger une nouvelle classe politique soucieuse des questions sociales et sociétales qui interpellent, ayant une vision moderne de la chose politique et capable d’impulser le développement par son dynamisme et son leadership… Et croyez-moi, parmi ces jeunes cadres guinéens de l’intérieur et de la diaspora, il y’a des valeurs sûres à même de relever ce défi.

Libreopinionguinee : quelle est votre réaction par rapport aux assassinats lors des manifestations de l’opposition guinéenne ?

Siaka Barry : Écoutez, j’ai eu déjà à plusieurs reprises à faire des dénonciations et des cris de cœur concernant ces assassinats qui ont pris un caractère récurrent et dont la banalisation nous inquiète aujourd’hui. Je ne circonscris pas mon indignation aux seuls manifestants de l’opposition. Pour moi un mort dans la violence politique n’a pas de couleur partisane, c’est tout simplement un gâchis humain du fait de la bêtise politique. Quelque soit l’angle où on se placerait, on ne saurait dédouaner l’État face à ces monstruosités. Que les morts soient dues aux forces de l’ordre où à d’autres forces parallèles infiltrées, l’État a une grande part de responsabilité dans ce gâchis, d’autant plus que le pouvoir régalien de sauvegarde de l’intégrité physique de chaque guinéen lui revient indéniablement. Si les capacités techniques et logistiques de nos forces de maintien d’ordre ne permettent pas d’encadrer les manifestations et de prévenir les pertes en vies humaines alors l’État doit anticiper les crises sociales par l’instauration d’un dialogue franc et sincère avec tous les acteurs politiques et sociaux, comme gage d’une paix sociale durable. Car, comme le disait Nelson Mandela « pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi  » !

Merci pour cette interview et que Dieu sauve notre belle nation de toutes les dérives !

Une interview réalisée par Macka Baldé et Sidi Diallo depuis Paris pour libreopinionguinee.com

Contact : 0033601064916

E-mail : Libreopinionguinee@gmail.com

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