Renouvellement du bureau de l’INIDH ou l’illustration du carriérisme à la guinéenne

Le renouvellement du bureau de l’INIDH, mardi, a donné l’occasion à certains guinéens de donner notre nation en spectacle. Des calculs politiques mal fagotés et des arguties juridiques de bas étage concoctés par des personnalités qu’on croyait au-dessus de tout soupçon, ont exposé les méandres d’un système pseudo démocratique décadent. La Guinée souffre de ses élites !

Il y’a des singularités qui ne font pas sourire. Une fois de plus la Guinée se donne ridiculement en spectacle devant les autres nations. Cette fois-ci, ce sont des sommités du monde juridique devenus contorsionnistes de circonstance, qui se sont donné le plaisir de biaiser le droit à l’occasion du renouvellement du bureau de l’INIDH. Comme si la crise à la Cour Constitutionnelle ne leur suffisait pas, ils nous inventent une situation des plus burlesques au sein de l’Institution Nationale Indépendante des Droits Humains. Désormais, n’importe qui peut briguer la tête d’une institution dont il a perdu la qualité de membre. Il suffit pour cela d’avoir en sa faveur cette trouvaille que nos experts appellent pompeusement « jurisprudence ».

Or il serait même superfétatoire de rappeler que Dr Alia Diaby a perdu sa qualité de membre de l’INIDH depuis plus de trois ans. On se souviendra qu’il avait été promu à la Cour Constitutionnelle en 2015, et avait bénéficier d’un décret présidentiel dans ce sens. L’article 104 de notre Constitution ne dispose-t-elle pas que « les fonctions de membres de la Cour Constitutionnelle sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat électif » ?

Dans la même lancée, l’article 11 de la loi organique L 006/CNT/2011 dit que « les fonctions de membres de la Cour Constitutionnelle sont incompatibles avec la qualité de membre de Gouvernement, l’exercice de tout mandat électif… » entre autres. Malgré les rabotages et tripatouillages de la loi 008 portant Organisation et Fonctionnement de l’INIDH, sa version promulguée et publiée reprend le même principe en son article 31. Elle va plus loin en traitant de la vacance dans l’article 8, qui prévoit le remplacement d’une personne qui a perdu cette qualité, dans les mêmes conditions qui ont prévalu à sa désignation.

Le plus choquant dans l’histoire, c’est que Alia Diaby est signataire du procès-verbal qui récuse le tirage au sort l’a évincé à la Cour Constitutionnelle et qui « démet » par ailleurs Kèlèfa Sall de la présidence de l’institution. Ce qui revient à dire qu’il se considère toujours comme membre de cette dernière. L’argument donc selon lequel il pourrait briguer un mandat à l’INIDH puisque n’ayant pas fait l’objet d’un remplacement n’est pas cohérent ; et ne peut être motivé que par un calcul politique mal fagoté.

L’ancien président, Mamady Kaba, s’est certes rendu coupable de négligence, en ne faisant pas remplacer les deux commissaires partis pour la Cour Constitutionnelle. Mais mis à part quelques insuffisances dans son management, l’homme apparaissait comme un rempart solide contre les velléités de maintien antidémocratique au pouvoir et la mauvaise gouvernance en Guinée. Alia Diaby accepte donc, après être entré par effraction à la Cour Constitutionnelle il y’a trois ans, de faire le sale boulot pour l’exécutif qui se débarrasse du coup d’un homme gênant. Il peut aisément compter sur le soutien des quinze représentants de l’administration publique, auxquels on a frauduleusement accordé le droit de délibérer. Autant dire que l’INIDH est happée à son tour par l’irrésistible machine de caporalisation de nos institutions.

Mais l’ingénierie du mal ne s’arrête pas là. Le parachutage du Docteur en droit, qui par ailleurs a été promu au grade le plus élevé de son corps d’origine, met astucieusement fin à la fronde au sein de la Cour Constitutionnelle, où il laisse sur le séant ses collègues désormais à la merci des intempéries.

L’apprentissage de la démocratie dans notre pays est ralenti encore et toujours par les mêmes : l’élite guinéenne. Par une attitude carriériste éhontée, certains ont toujours du mal à se montrer dignes des principes qu’ils défendent pourtant au quotidien. Imposture quand tu nous tiens !

Il ne reste plus aux autres organisations de la société civile qu’à imiter l’exemple de l’OGDH qui s’était retirée de cette institution après le premier hold-up politico-juridique dont elle avait été l’objet dès sa gestation. La loi 008 devrait faire l’objet d’un toilettage législatif, à l’occasion de la session des lois qui s’ouvre cette semaine à l’hémicycle. Ainsi, la Guinée retrouverait un minimum d’honneur en se conformant aux Principes de Paris, qui régissent les institutions nationales de défenses des droits de l’Homme.

Mohamed Mara

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