Macron sort du silence sur l’affaire Benalla : «Le responsable, c’est moi et moi seul»

Benalla et Macron
Benalla et Macron

Invité surprise du pot de fin de session des députés de la majorité, le président a fustigé «la République des fusibles, la République de la haine ». Il a parlé, mais pas aux Français. Presque une semaine après le début de l’affaire Benalla, le président de la République est sorti de son silence, mais devant un auditoire choisi. Invité surprise du pot de fin de session parlementaire des députés de sa majorité à la maison de l’Amérique latine, Emmanuel Macron a endossé devant eux l’entière responsabilité de la crise qui fait trembler l’Élysée, le gouvernement, la majorité, voire la République, à en croire du moins les attaques de l’opposition. «La République exemplaire n’empêche pas les erreurs. S’ils cherchent un responsable, c’est moi et moi seul! Qu’ils viennent me chercher, a asséné le chef de l’État devant les députés LaREM. C’est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla. C’est moi qui ai confirmé la sanction».

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Une façon de se placer en première ligne alors que la commission d’enquête parlementaire a auditionné mardi le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, qui faisait figure de lampiste idéal après avoir assumé les sanctions contestées à l’égard d’Alexandre Benalla.

Prise de parole tenue secrète

Pour défendre ses troupes, le chef de l’État a fustigé «la République des fusibles (et) la République de la haine». Pas question de se réfugier derrière qui que ce soit pour se protéger. «On ne sacrifie pas des têtes de fonctionnaires, de ministres ou de collaborateurs sur l’autel des émotions populaires», a martelé Emmanuel Macron, en reconnaissant toutefois que «la République exemplaire» dont il s’était fait le chantre pendant la campagne présidentielle, «n’empêche pas les erreurs». À commencer par celle commise avec le choix d’Alexandre Benalla.

Si Emmanuel Macron a assuré ne pas oublier «qu’il a été un militant très engagé pendant la campagne», il a toutefois expliqué avoir «ressenti les actes du 1er mai comme une déception et une trahison». Dans la foulée, il a démenti plusieurs rumeurs circulant sur le compte de son ancien collaborateur depuis une semaine: «Alexandre Benalla n’a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n’a jamais occupé un appartement de 300 m2, Alexandre Benalla n’a jamais eu un salaire de 10.000 euros, Alexandre Benalla n’est pas mon amant».

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Cette prise de parole du chef de l’État avait été préparée bien en amont et tenue secrète jusqu’à la dernière minute. Une façon de provoquer un effet de surprise alors que des voix ne cessent de s’élever dans les oppositions pour que le président de la République prenne la parole devant les Français. La venue du chef de l’État était en réalité programmée depuis près d’un mois. Le patron des députés de la majorité, Richard Ferrand, l’avait personnellement invité pour remonter le moral des troupes après une année parlementaire d’une rare intensité.

C’est Ferrand qui a accueilli le président de la République, mais par une porte dérobée, bien à l’abri des regards, pour éviter les journalistes présents à l’entrée de la maison de l’Amérique latine. Signe que la rencontre avait été préparée très en amont, l’ensemble des membres du gouvernement avaient également été prévenus pour pouvoir assister à cette mise au point du chef de l’État. «Ils rêvent tous d’une affaire d’État, alors qu’il s’agit en réalité d’une petite affaire Benalla», commentait d’ailleurs le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, peu avant la prise de parole d’Emmanuel Macron. Dans les couloirs de l’Élysée, l’intervention du chef de l’État n’a pas déçu ses plus proches conseillers. «Ce que les Français reconnaissent au président, c’est de trancher et d’assumer la réalité des choses. Et bien là, il le fait. Il vient mettre fin à la corrida malsaine où beaucoup attendent la mise en scène de l’exécution de tel ou tel collaborateur», s’est réjoui un membre de son premier cercle.

Car en réalité, trois objectifs se cachent derrière cette prise de parole d’Emmanuel Macron. D’abord, il s’agit de détourner la focale vers l’opposition, dont il ne cesse de fustiger l’attitude en petit comité. Ensuite, il tenait à rassurer et ressouder sa majorité, alors que quelques doutes commençaient à se faire sentir ces derniers jours. Enfin, il espère réussir à temporiser et contenir la pression, en attendant que les enquêtes administrative (IGPN), judiciaire (parquet) et parlementaire (Assemblée et Sénat) arrivent à leur terme.

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Une sortie qui lui fera peut-être gagner du temps mais qui ne suffira pas à le dispenser d’une explication devant les Français. Lesquels commencent à donner des signes d’impatience dans les différentes enquêtes d’opinion, où la popularité du chef de l’État baisse fortement. «Le président s’exprimera à chaque fois qu’il le jugera utile», répète à l’envi son entourage, en refusant de dévoiler son calendrier. Il devait en tout cas aller au contact des Français mercredi, sur la 17e étape du Tour de France, dans les Hautes-Pyrénées. Il a annulé.

Lefigaro

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