Guinée: les autorités démentent toute responsabilité dans la mort de deux jeunes

Le 7 novembre, deux jeunes Guinéens étaient tués devant leur concession dans le quartier de Wanidara, en banlieue de Conakry. Selon les témoignages recueillis par notre correspondant sur place, les proches des victimes imputent le drame à des « militaires portant des bérets rouges ». La diffusion de ce reportage a entraîné l’annulation de l’accréditation de notre confrère par la HAC, la Haute autorité de la communication, après une plainte du ministère de la Défense. Mouctar Bah a tenté, dès le lendemain, de joindre les autorités civiles et militaires pour obtenir leurs commentaires sur ces témoignages, sans succès. La HAC a demandé que la parole soit donnée au ministère de la Défense.

L’information selon laquelle l’armée guinéenne a tué des citoyens en banlieue de Conakry est totalement fausse, infondée. Il n’y a aucune preuve qui prouve que l’armée guinéenne a tué deux citoyens dans ce quartier.

 Nouveau dispositif sécuritaire

Après des semaines de violences en marge de manifestations, les autorités ont annoncé la création de patrouilles mixtes composées de policiers, de gendarmes et de militaires. Les premières ont commencé à circuler, mais elles sont critiquées par la société civile. Deux semaines après la mort de deux jeunes manifestants et celle d’un policier, battu à mort par des habitants le lendemain, plusieurs organisations considèrent que ce dispositif risque d’aggraver encore les tensions sociales dans la capitale guinéenne.

Des policiers, des gendarmes et des militaires patrouillant ensemble sur les grands axes de Conakry, l’image inquiète de nombreux habitants des quartiers réputés favorables à l’opposition. De nombreuses organisations de la société civile s’inquiètent également, notamment le Balai citoyen qui voit dans ce dispositif une violation flagrante de la Constitution selon laquelle l’armée ne participe pas aux opérations de maintien de l’ordre.

Face aux critiques, le directeur de l’information du ministère de la Défense a pris soin de préciser que cette opération de sécurité avait pour unique but de lutter contre la criminalité. D’ailleurs, explique une source sécuritaire, aucune patrouille ne sera placée sous le commandement d’un militaire, mais sous le commandement du plus haut gradé de police ou de gendarmerie.

Mais cette même source précise cependant que si les jours de manifestations, seuls les policiers et les gendarmes seront mobilisés, des militaires pourraient quand même participer à des opérations nocturnes.

Inquiétude de la société civile

Une situation qui inquiète le Balai citoyen. L’organisation exige l’immatriculation de tous les véhicules des patrouilles mixtes, dans le but, dit le Balai citoyen, d’éviter d’éventuelles « bavures et dérives ».

Ce nouveau dispositif sécuritaire inquiète également l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH). D’autant plus que pour l’instant, les patrouilles mixtes sont déployées uniquement sur l’axe qui traverse les quartiers réputés favorables à l’opposition. « On ne les voit pas sur les autres grandes routes de Conakry », explique Alseny Sall, chargé de programme à l’OGDH.

« J’ai trouvé cette mesure d’abord illégale et inopportune. Si nous prenons la loi sur le maintien d’ordre public, notamment dans l’article 3, cette loi est claire et dit : le maintien d’ordre public en temps normal, c’est la police qui est chargée de maintenir l’ordre public. Et en fonction des intensités des violences, la gendarmerie peut intervenir subsidiairement. En aucun cas, en temps normal, les forces armées ne peuvent intervenir directement dans le cadre du maintien de l’ordre public. C’est inquiétant parce que, si vous constatez dans les faits, c’est un seul axe qui est occupé, notamment l’axe Hamdalaye-Bambeto-Cosa. C’est là que ces patrouilles sont déployées en grande force. Dans les autres axes de la capitale, vous ne les trouverez pas. Pour moi, c’est une sorte de stigmatisation de cet axe. Et je pense que le fait de déployer aujourd’hui l’armée le long de cet axe ne va pas apaiser davantage. »

Dispositif justifié, selon les autorités

Les autorités guinéennes assurent de leur côté que ce nouveau dispositif est tout à fait légal et justifié, compte tenu du contexte sécuritaire.

« Quand il y a des situations exceptionnelles, la loi est claire : sur réquisitions, on peut bien faire appel à l’armée pour appuyer les forces de sécurité et de gendarmerie, explique Elhadj Cellou Camara, le directeur de l’Information et des relations publiques des armées. La loi est très claire là-dessus. Donc il est totalement faux de dire qu’il n’est pas écrit que l’armée peut participer à des patrouilles mixtes pour sécuriser une zone où il y a l’insécurité galopante. »

Le directeur de l’Information et des relations publiques des armées estime que « lorsque la sécurité d’un territoire est menacée, lorsqu’une partie d’un pays est menacé, lorsque les forces de défense et de sécurité constatent qu’il y a menace sur la vie des personnes, sur leurs biens, ce rôle de sécuriser le pays revient à l’Etat. Et l’Etat a pris des dispositions dans ce sens. »

Elhadj Cellou Camara ajoute que les patrouilles mixtes ne sont pas uniquement déployées dans les quartiers réputés favorables à l’opposition. « Ces patrouilles concerneront toute la ville de Conakry », assure-t-il.

RFI

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