Les secours libyens ont annoncé, vendredi, avoir repêché 62 cadavres de migrants, sur les 110 portés disparus après le naufrage de leur embarcation au large de Khoms. Les opérations pour récupérer les corps doivent se poursuivre durant 24 heures.

Un drame humanitaire se poursuit au large de la Libye. Au lendemain du naufrage d’une embarcation avec près de 250 personnes –  dont 145 ont été secourues et 110 portées disparues –  62 corps de migrants ont été repêchés, ont annoncé vendredi 26 juillet les secours libyens.

“Des unités dépendant du Croissant-Rouge libyen sont parvenues à repêcher 62 corps de migrants”, a déclaré à l’AFP Abdel Moneim Abou Sbeih, un responsable de cette organisation.

Le nombre exact de migrants présents à bord de l’embarcation ayant coulé dans la nuit de mercredi à jeudi demeure incertain, les chiffres fluctuant selon les sources.

“Nous allons poursuivre les opérations pour récupérer les corps rejetés par la mer cette nuit et demain”, a ajouté Abdel Moneim Abou Sbeih, confirmant qu’il n’était pas possible de donner un chiffre total des victimes du naufrage.

Au moins 426 personnes mortes depuis le début de l’année

Les autorités de Khoms, ville située à 120 km à l’ouest de Tripoli et d’où est partie l’embarcation, font face à des difficultés pour enterrer les corps récupérés, a confié une source dans la municipalité de cette ville.

Outre les “problèmes concernant les procédures juridiques”, elles peinent à “trouver un endroit pour l’enterrement des victimes” de ce nouveau drame, qualifié par l’ONU de “pire” tragédie en mer Méditerranée cette année.

“Nous avons besoin de routes sûres et légales pour les migrants et les réfugiés. Tout migrant cherchant une vie meilleure mérite sécurité et dignité”, a rappelé sur Twitter le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, se disant “horrifié”.

Le naufrage est un “terrible rappel” des risques pris par les migrants voulant quitter la Libye pour l’Europe, a affirmé, vendredi, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. “Chaque vie perdue est une de trop”, a-t-elle insisté.

Avant ce naufrage, le Haut-Commissariat aux réfugiés et l’OIM avaient fait état d’au moins 426 personnes mortes depuis le début de l’année en tentant de traverser la Méditerranée, devenue la voie maritime la plus meurtrière au monde.

“Nous sommes restés dans l’eau six à sept heures”

“Un homme originaire du Soudan nous a dit avoir vu sa femme et ses enfants se noyer. Il était totalement désorienté et restait assis là, en état de choc”, raconte de son côté Anne-Cecilia Kjaer, infirmière pour MSF, qui s’est rendue auprès des survivants du naufrage. “Beaucoup d’enfants ne savaient pas nager et même ceux qui savaient ont succombé à l’épuisement”, dit-elle.

Moins de deux heures après leur départ mercredi soir, l’embarcation s’est remplie d’eau et le moteur s’est arrêté. “Nous sommes restés dans l’eau six à sept heures”, a confié l’un des survivants, disant avoir vu près de 200 personnes périr, “des hommes, des femmes et des enfants.”

D’après le porte-parole de la marine libyenne, le général Ayoub Kacem, l’embarcation était “en bois” et “a fait naufrage à moins de 5 milles marins de la côte selon les témoignages de rescapés”. Les migrants secourus sont pour la plupart des Érythréens, mais il y a parmi eux des Palestiniens et des Soudanais aussi, a-t-il dit, dans un communiqué.

Non loin de Khoms, une trentaine de personnes sauvées des eaux attendent en silence, sous un abri ouvert aux quatre vents, au sol bétonné.

“Ils risquent de disparaître sans laisser de trace dans un pays en guerre”

Selon des chiffres de l’OIM, au moins 5 200 personnes sont actuellement dans des centres de détention en Libye. En dépit des risques que représente une traversée pour l’Europe, les migrants prennent la mer, préférant tenter leur chance plutôt que de rester en Libye, où ils sont soumis à des abus, extorsions et tortures, expliquent les ONG.

S’ils sont secourus en mer et ramenés en Libye, ils sont généralement d’abord accueillis par les ONG sur place qui leur offrent soins et nourriture, puis placés par les autorités libyennes dans des centres de détention, régulièrement décrits par les ONG comme des zones de non-droit. “Ils risquent de disparaître sans laisser de trace dans un pays en guerre”, s’inquiète Anne-Cecilia Kjaer.

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