Le ministre de la justice guinéen Cheick sacko
Le ministre de la justice guinéen Cheick sacko
Bien sûr, après la démission surprise du ministre de la Justice, la tentation est très grande de le peindre tout de suite en héros. Cette tentation est d’autant plus grande que Me Cheick Sako, dans sa lettre de démission, s’est présenté en opposant de la « modification ou du changement de la constitution ». Du côté des anti-nouvelle constitution, on pourrait voir en l’avocat un nouvel allié. Ce serait vite aller en besogne et cela reviendrait surtout à faire montre d’amnésie. Car, de toute évidence, le ministre n’a pas décliné les vraies raisons de son départ. Mais qu’il a tout simplement tenu à surfer sur la vague anti-troisième mandat. Le premier trait qui trahit l’ex-ministre de la Justice est paradoxalement un passage de sa lettre de démission. Dans cette lettre datée du 20 mai dernier et destinée au président Alpha Condé, la première raison qu’il invoque pour justifier son départ, c’est le fait qu’il n’a pas été « associé à la rédaction de la nouvelle constitution ». Outre le fait qu’il confirme là l’existence d’un projet de nouvelle constitution, on se demande si son attitude n’aurait pas été différente s’il avait été associé à ce travail. Autrement, s’il est, comme il le prétend, opposé au changement de la constitution, comment se fait-il qu’il soit affecté par le fait d’avoir été écarté du travail de rédaction d’une nouvelle constitution ? Il faut admettre que c’est loin d’être cohérent. Mais il y a plus incohérent de sa part quand il se présente si soudainement comme un ardent défenseur de la démocratie. A moins que celle-ci ne se ramène à la seule défense de l’ordre constitutionnel. Sinon, on peut bien se demander où était Cheick Sako quand, à la suite des manifestations politiques se soldant systématiquement par des meurtres, tout le monde dénonçait l’immobilisme de la justice. Au total, il y a eu plus d’une centaine de morts, manifestants et forces de l’ordre confondus. MeCheick Sako ne s’en est jamais ému. Il devrait même se rappeler que face à son attitude passive, les femmes de l’opposition étaient directement allées l’interpeller. On n’a pas non plus oublié ses sorties mémorables au lendemain des élections communales, pour défendre des magistrats qui s’étaient rendus coupables de fraude électorale. Par ailleurs, il n’est pas exclu que son repos qu’il espère tranquille à Montpellier, soit troublé par le fantôme de feu Mamadou Koula Diallo, notre confrère de Guinee7. En effet, le ministre s’en va sans avoir apporté la lumière sur le scabreux assassinat du journaliste, un certain 5 février 2016. De même, on retiendra ses nombreux rendez-vous manqués par rapport au dossier sensible du 28 septembre. Finalement, il s’en va sans avoir organisé le procès sur lequel il était le plus attendu. Et si après tout ça, il se proclame habilement aujourd’hui comme un ardent défenseur de l’ordre constitutionnel, et conséquemment de la démocratie, eh bien qu’on nous permette d’en douter.

En réalité, ce qui semble être les véritables raisons de son départ est à chercher dans les camouflets et désaveux à lui dernièrement infligés par le régime auquel il appartenait et qu’il défendait bec et ongle. Un de ces fameux camouflets a notamment trait à la détention de notre confrère Lansana Camara. Lors du tout premier conseil des ministres qui a suivi sa libération, ‘’le Chef de l’Etat (avait) réitéré la volonté du Gouvernement à faire appliquer les dispositions légales en vigueur dans le strict respect des droits et des libertés consacrés par la Constitution. Il a tenu à rappeler que la Loi sur la Presse ne prévoit pas, pour la répression des délits de diffamation, de peines privatives de liberté en dehors des délais éventuels de garde à vue par ailleurs strictement limités par la Loi’’. On précisera que ledit Conseil des ministres s’était réuni le 4 avril, autrement deux jours après l’entretien avec le chef de l’Etat que le ministre de la Justice a évoqué dans sa lettre de démission. On notera également qu’au sein de l’opinion publique, il avait été distillé que cet extrait du compte-rendu du conseil des ministres était un recadrage explicite du ministre Cheick Sako par le président de la République. Et quand récemment, l’occasion nous a été donné de requérir sa réaction, sa réponse, empreinte d’un d’agacement manifeste n’était pas pour rassurer. A ce premier différend, est venu se greffer le bras-de-fer avec le chef de la majorité présidentielle au parlement, Amadou Damaro Camara. Or, là aussi, on sait que c’est Cheick Sako, le parrain des magistrats qui a été laminé. Défaite d’autant plus humiliante qu’Amadou Damaro Camara qui n’est pas particulièrement tendre avec ses victimes avait, à l’occasion de l’adoption récente du code civil, subtilement mais publiquement glissé à l’intention du ministre de la Justice : « c’est un risque de s’attaquer au patron de la majorité qui vous soutient ». Bien entendu, dans tout pays qui se respecte, après une telle série de déconvenues, qui plus est vis-à-vis de son propre camp, la démission n’est plus qu’une option, mais la seule issue. De ce point de vue, la démission de Me Cheick Sako n’est donc pas nécessairement une surprise. Le fait qu’il relie cela à sa prétendue opposition contre l’adoption d’une nouvelle constitution s’apparente alors à de l’opportunisme. Il a voulu faire d’une pierre deux coups. D’une part, il renvoie à Alpha Condé et à son camp la pièce de leur monnaie. De l’autre, il tente une ultime reconquête de l’opinion publique. A-t-il réussi ? Seul l’avenir le dira !

Libreopinionguinee avec ledjely

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  1. soucier de l’avenir meilleur de ma nation la république de Guinée, je trouve en l’expression de la lettre démission de Monsieur Cheick SACKO, celle d’un honnête citoyen qui vivait dans un ensemble qui ne convenait pas à sa réputation intellectuelle ni son dévouement pour la liberté et l’indépendance de la Justice et son implication dans la traque des prédateurs de nos économies et des artisans de la mauvaise gouvernance et de la corruption.
    Monsieur Cheick SACKO BRAVO. je souhaite que des guinéens souciés du développement de la Nation, la gestion dans la transparence des affaires de l’Etat et des véritables défenseurs de la démocratie, des libertés et des droits humains puissent emboîter vos pas dans les prochains jours.
    BRAVO

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