Cour constitutionnelle, concession du PAC, Faranah : Mohamed Lamine Kaba s’exprime 

Mohamed Lamine S Kaba Fidel

Dans un entretien qu’il a accordé à notre rédaction, le président du parti FIDEL dénonce la motion de défiance à Kélèfa Sall. Par ailleurs, Mohamed Lamine Kaba appelle le gouvernement à revenir sur le contrat de concession du Port autonome de Conakry. Le conseiller communal de Faranah dénonce également la marginalisation de sa région administrative par le pouvoir en place. Il s’est aussi exprimé sur le retard de l’installation des exécutifs communaux et du gap des 21 millions de dollars à la Banque centrale. Lisez !

La Cour constitutionnelle traverse une crise. Quelle lecture faites-vous de cette crise ?

Il est regrettable ce que nous sommes en train d’assister au niveau de la Cour constitutionnelle. Parce que, ce qui est enjeu, c’est la constitution. Et c’est l’institution poumon. Elle a une crise aujourd’hui qui nous mène directement à un blocus. Lorsqu’il y a un blocus institutionnel au niveau de cette Cour devant laquelle, les commissaires de la CENI doit prêter serment ce qui veut dire c’est impossible, les commissaires ne peuvent pas être installés. Les candidats pour les législatives, pour les présidentielles doivent être validé par cette Cour. En cas de contentieux, c’est elle qui doit trancher. En un mot, cette crise nous prive de l’expression démocratique, de la souveraineté du peuple. Donc, il est important qu’on trouve une solution juridique.

Cependant, nous déplorons et dénonçons les frondeurs qui ne se sont pas référés sur une base légale pour évincer le président en exercice.

D’ailleurs, nous sommes en train de s’organiser au sein d’une entité que nous voulons renommer ‘’forces vives’’ pour nous permettre de s’exprimer là-dessus et faire appel à toute la population guinéenne de s’impliquer fortement, de jouir de leur influence en vue de faire revenir les frondeurs à la raison.

Certains estiment vu la « forfaiture » des signataires de la motion de défiance, ceux-ci devraient démissionner de la Cour constitutionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Ils ont fait montre de leur degré de probité morale. A partir du moment où sans motif juridique, ils ont fait montre de leur mauvaise foi et du coup demander leur départ ne serait pas trop. Mais ce que la conséquence aussi ce que ça nous replonge dans une crise plus longue. Donc ce qui serait facile, c’est demander juste qu’ils reviennent à la raison.

En dehors de la Cour constitutionnelle, il y a cette affaire de concession du Port autonome de Conakry qui défraie la chronique. Quel est votre point de vue ?

Je pense que dans ce dossier, c’est la souveraineté de l’Etat qui a été trainé dans la boue. Lorsque je vois que ce projet n’a été signé que par la directrice et son adjoint je crois que c’est une humiliation. La logique voudrait que certains chefs de départements ministériels soient impliqués parce que ce projet à une incidence financière. Donc du coup, ce sont les départements des Finances, du Budget et du Transport qui devaient engager ce dossier, pas une directrice.

Vu la taille du projet, ça méritait aussi l’approbation de l’Assemblée nationale, ce qui n’a pas été fait. Ça, c’est une question de forme. Maintenant, sur une question de fond, vous vous rendrez compte qu’aussi le business plan d’Albayrak n’a pas été détaillé et ne permet pas d’évaluer sa capacité financière. Donc ce qui est un handicap sérieux.

Ils disent aussi qu’ils vont investir plus de 500 milliards dans une fourchette de 30 ans, ça ne se justifie pas. Et dans le document qui fait plus de 69 pages, vous vous rendez nettement qu’aucun ne vient d’Albayrak, ces recettes seront amassées pendant l’exécution du contrat. Ça veut dire que les 500 milliards viendront de la Guinée. Ce qui suppose que les gens n’ont pas fait montre de leur capacité financière. Mais aussi nulle part dans le contrat on ne se rend compte de l’intégration du personnel. Donc, ce projet n’honore pas le pays. Le gouvernement doit revenir sur la raison en vue de revoir bien le projet. Parce que quand ils disent qu’ils vont avoir une recette de 15 millions de dollars, mais la recette du port en 2017 a fait 40 milliards GNF.

Par ailleurs aussi, selon certaines informations que nous avons, il parait qu’elle aurait été classée parmi une liste noire d’entreprises qui coopèrent avec les terroristes.

Il y a aussi ce gap de 21 millions de dollars au niveau de la Banque centrale qui fait du bruit dans la Cité ?

Selon les informations que nous avons, le gouverneur de la BCRG aurait reconnu qu’il y a eu une tentative de fraude, mais que les sommes là seront récupérées. Ce qui prouve que ça eu lieu. Ce qui est déplorable, à chaque année ou 6 mois, nous avons toujours un scandale révélé à l’extérieur du pays. Le cas PALARDINO a été révélé par un journal Britannique, les 8 millions de dollars de Mahmoud Thiam a été révélé aux Etats Unis, les 150 millions de dollars d’Angola, a été faite à partir de l’étranger, de même que les 20 millions de dollars à Dakar. C’est déplorable.

Nous qui nous sommes battu bec et ongle pour que le président Alpha soit là, notre rêve ce n’était pas ce que nous sommes en train de subir actuellement. Je crois qu’en 2010 tous les Guinéens même ceux qui ont voté contre le président Alpha avaient l’espoir, mais aujourd’hui la déception est totale.

Justement à Mandiana, il y a eu des manifestations, une personne même a été tué, pour simplement avoir réclamé le respect des engagements du pouvoir en place. Comment trouvez-vous cela ?  

Ce qui s’est passé à Mandiana est regrettable. Aucun Guinéen ne mérite cette répression, surtout Mandiana qui a été parfois la seule préfecture à voter 98% pour le RPG. Voir aujourd’hui cette population réprimée dans le sang, c’est inhumain, irresponsable et sadique.

C’est regrettable à chaque fois en Guinée, lorsqu’on demande l’amélioration des conditions de vie ou une réforme soit économique ou sociale, ceux qui revendiquent se voient réprimer, comme la réponse à leurs requêtes. Je pense que c’est décevant, ce n’est pas de cette manière qu’on construit un Etat de droit.

Nous présentons nos sincères condoléances aux parents des victimes. Nous demandons l’autorité de mettre en place une commission d’enquête en vue de situer les responsabilités dans cette barbarie.

Par ailleurs, vous êtes élu à Faranah. 7 mois après la tenue des élections locales, aucun exécutif communal n’a été installé. Quel est votre point de vue ?

C’est une observation qui nous mène à la déception. Avant la tenue de ces élections, il a fallu des morts. Les élections sont effectuées, mais les élus n’ont pas accès à l’exécution de leurs projets et programmes. En conséquence, il y a beaucoup de partenaires de la Guinée, qui ne veulent pas remettre l’argent à l’Etat, mais remettre directement aux élus locaux, lorsque ceux-ci prendront fonction. Donc, c’est une façon de priver les populations, les avantages, les solutions, qu’elles peuvent bénéficier pour réduire la pauvreté. Donc, nous regrettons, nous demandons au ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation de faciliter l’installation des exécutifs communaux.

Mais le ministre promet l’installation après le retour des pèlerins. Est-ce que vous croyez à cela quand on sait qu’au sein des grands partis surtout du RPG, l’accord politique signé récemment a créé des frustrations chez certains conseillers élus ?

Il n’y a aucun lien entre le pèlerinage et l’installation, ce n’est qu’un alibi qu’ils trouveront. Mais ceux- ci sont maintenant revenus. Lorsqu’on a voulu installer les députés, tous, n’étaient pas sur place, mais ça n’a pas empêché leur installation.

Certainement cette installation des conseillers communaux peut avoir des conséquences. Vous savez nous, nous avons dénoncé, désapprouvé les deux lois qui nous ont permis d’aller aux élections.

Le code électoral a prévu les tribunaux pour trancher les contentieux électoraux. Le RPG et l’UFDG qui ont voté cette loi, ont refusé l’application de cette loi. Parce que les tribunaux ont tranché, ils n’ont pas accepté.

Le code de collectivité locale aussi n’a pas prévu une date réelle pour dire par exemple que deux semaines, trois semaines ou un mois après les résultats définitifs, qu’il faut procéder à l’installation, ça n’a pas été fait. C’est pourquoi je dis la logique voudrait que le RPG et l’UFDG présentent leurs excuses publiques à la population. Parce que, quelque part ils sont responsables de ce retard.

Votre message

Comme vous le savez, je suis élu de Faranah. Cette région administrative est abandonnée pour compte. Le président Alpha dans l’organisation de la fête tournante de l’indépendance, il a commencé par Boké, je ne suis pas contre. S’il l’a fait, c’est parce qu’il est de Boké il est né là-bas, il se sent beaucoup plus de là-bas que même de Kouroussa qu’on l’attribut. Mais la fête de l’indépendance, ce n’est pas une affaire personnelle à lui, mais plutôt de la nation. S’il y a une ville qui devait être la première bénéficiaire des festivités de l’indépendance, ça devait être la région administrative de Faranah.

Le président Ahmed Sékou Touré et Barry Diawadou qui se sont donnés la main, ceux-là, sont de cette région de Faranah. Donc, elle devait être la première ville bénéficiaire. Mais, le pire, elle n’est même pas dans le programme. Nous avons commencé à Boké, ville natale du président Alpha, de là à N’Nzérékoré, puis à Mamou, après à Kankan, et cette année ça sera Conakry. Après Conakry, il y aura Labé, Kindia. Finalement dans une fourchette de son mandat de 10 ans, Faranah sera en 2021, ce qui ne sera pas en présence du président Alpha. Donc, du coup Faranah n’est pas dans son programme. Si elle n’était pas la première a bénéficié, elle ne devait pas être la dernière.

Le président Alpha a combattu le président Sékou Touré peut-être que c’est ce règlement de compte que nous sommes en train de subir.

Par ailleurs, les festivités de l’organisation de la coupe d’Afrique, les stades ont été prévues dans toutes les régions administratives sauf Faranah. Donc nous demandons au comité d’organisation de la CAN de prévoir la ville de Faranah, nous sommes aussi une région administrative. Nous sommes à près de 250 km de Labé, et à plus de 200 voire 300 km de Kankan, ou de N’Zérékoré. On ne peut pas se déplacer. Donc compte tenu de tout ça, j’ai l’impression que si les fils de Faranah ne se lèvent pas, on risque de perdre le chef-lieu de la région administrative de cette ville. En tant qu’élu de cette ville, mon devoir est de mettre en exergue celui de Faranah et c’est ce que je suis en train de faire.

Entretien réalisé par Sadjo Diallo

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