Il est de notoriété publique que nombre de cadres de l’administration guinéenne font recours aux services des marabouts pour rentrer dans les bonnes grâces du chef de l’Etat. Parfois, cette aventure tourne à l’arnaque, au grand dam des cadres qui aspirent à se faire nommer à des postes de responsabilité. Ibrahima Bangoura, éphémère ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat du président Alpha Condé (entre 2013 et 2014), l’a appris à ses dépens. Tellement énervé de s’être fait arnaquer, le ministre a porté plainte au tribunal correctionnel de Dixinn où le ministre réclame des dizaines de millions de francs guinéens à son faux marabout, un certain Mamadou Saliou Bangoura.

Pour l’audience d’hier jeudi, 17 janvier 2019, c’est le prévenu qui a été entendu à la barre. Selon nos informations, Mohamed Saliou Bangoura aurait profité de la détresse que traverse l’ancien ministre en rapport avec sa situation administrative pour lui proposer ses services. Interrogé par le juge Aboubacar Kourouma, le prévenu ne nie pas les faits qui lui sont reprochés. Mais, la pomme de discorde tourne autour du montant soutiré au ministre. Selon Mohamed Saliou Bangoura, c’est plutôt la somme de 4 millions 46 mille francs guinéens qu’il a pris avec le plaignant, qui réclamerait plus de 250 millions de nos francs.

Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à soutirer cette somme des mains d’Ibrahima Bangoura, le prévenu a répondu en ces termes : « ma tante m’avait remis des bazins cousus à revendre. Je les ai donnés à Mr Bangoura, mais il ne m’a pas remis l’argent, parce qu’on ne se parlait plus. J’étais son petit sûr. C’est mon oncle qui nous avait mis en contact et je faisais beaucoup de ses courses, notamment à Boké. Mais, j’étais en désaccord avec mon oncle qui m’avait mis en prison. Depuis que je suis sorti de prison, Mr Bangoura a coupé tous les liens entre nous. Un jour, son chauffeur m’a appelé. Quand on a échangé, il m’a fait savoir qu’il ne travaillait plus avec Mr Bangoura. Le chauffeur m’a appris que des gens sont venus arnaquer Mr Bangoura. Ils lui ont retiré deux cent cinquante millions de francs guinéens. Moi aussi, j’ai dit au chauffeur que Mr Bangoura me devait 3 bazins appartenant à ma tante, madame Nabé. Ainsi, j’ai eu l’idée de l’arnaquer pour récupérer mon argent. Je me suis rappelé qu’on a été chez un de ses marabouts à Boké. Je décide de me faire passer pour son marabout. J’ai pris le numéro de mon frère pour y arriver. A chaque fois que je lui demande un million de francs guinéens pour des sacrifices, il le fait. C’est ainsi que j’ai pris 4 millions de francs guinéens avec lui. C’est ce que je connais », a expliqué Mohamed Saliou Bangoura.

L’avocat de la partie civile, maitre Dinah Sampil, va interroger le prévenu sur les raisons qui ont poussé son oncle à l’envoyer en prison. Dans sa réponse, Mohamed Saliou Bangoura dira avoir créé un compte Facebook au nom de son oncle, « parce que je voulais revendre des véhicules avec ce nom. Le marché allait être plus facile. Quand il a appris ça, il m’a mis en prison. Mais, c’est lui-même qui m’a fait sortir »

Maître Dina Sampil va dire aussitôt au président du tribunal de prendre acte de cette réponse « qui prouve à suffisance que le prévenu est un habitué des faits ». L’audience a été renvoyée au 31 janvier 2019 pour que la suite des débats, avec la comparution des témoins des deux camps.

Libreopinionguinee avec guineematin

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