Conakry : procès d’un chef de gang, 16 ans après le crime

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Au début des années 2000, des bandes de jeunes, plus connues sous le nom de clan, écumaient de nombreux quartiers de la banlieue de Conakry. Les bagarres et autres expéditions punitives étaient à la mode et conduisaient quelques fois à des pertes en vies humaines. C’est dans ce cadre que Mamadou Djouma Barry, présenté comme étant un ancien seigneur de clan, est jugé depuis hier, mardi 28 mai 2019, au tribunal criminel de Dixinn. Il est poursuivi pour assassinat et association de malfaiteurs.

Les faits pour lesquels Mamadou Djouma Barry est poursuivi remontent à l’année 2003 au quartier Dar-es-Salam, dans la commune de Ratoma. Détenu depuis bientôt 7 ans, il est accusé d’avoir participé à une bagarre au cours de laquelle le jeune Mamadou Saliou Diallo a perdu la vie.

Selon les informations, c’est le samedi 11 octobre 2003, que Mamadou Saliou Diallo, qui rentrait chez lui, est tombé sur un groupe de jeunes, notamment Mamadou Djouma Barry, Mohamed Diallo et Mamadou Moussa Sow, dit Japonais. L’accusé aurait retiré de force la casquette de Mamadou Saliou Diallo. Il s’en suivra une bagarre entre les deux. La bande de jeunes s’est alors ruée sur le jeune homme pour lui administrer 12 coups de couteaux. Il sera transporté d’urgence à l’hôpital Donka où il rendra l’âme. Après cet acte, la bande a fui le pays, espérant échapper à la justice.

En 2012, après avoir passé 9 ans en Côte d’Ivoire, Mamadou Djouma Barry revient en Guinée. Et, le 14 septembre 2012, il a été arrêté et inculpé pour assassinat et associations de malfaiteurs avant d’être conduit à la maison centrale de Conakry.

A la barre, Mamadou Djouma Barry a nié systématiquement les faits qui lui sont reprochés. « Je ne reconnais pas les faits. Un jour, j’étais assis dans un coin où on vend des galettes. J’étais en train d’en manger quand j’ai aperçu un groupe de jeunes en train de se battre avec une autre personne. La vendeuse m’a dit que ce sont mes amis, d’aller intervenir. Mais, je n’étais pas en bon termes avec eux. J’avais même quitté Dar-es-Salam pour loger à Kountia. Mais, je suis parti les séparer. Quand j’ai commencé à parler, mes amis m’ont dit de ne pas me mêler. En essayant de les séparer, j’ai été blessé aux doigts. J’ai également entendu la victime dire on m’a poignardé. Je suis parti à l’hôpital pour soigner ma main parce que beaucoup de sang sortait. Après l’hôpital, un de mes amis m’a dit d’aller avec lui au palais. On est allé. C’est là-bas que j’ai appris que la victime avait trouvé la mort », a dit l’accusé.

Devant l’insistance du Procureur Daouda Diomandé, l’accusé a reconnu son appartenance à un clan. « J’étais le chef du clan, mais pas le clan que vous pensez. On était tous artistes-chanteurs, c’est moi qui étais le chef. Mais, quand Bénédi Record a refusé de nous produire, le groupe s’est dispersé. Moi, je suis parti à Kountia, je n’ai pas participé à l’assassinat du jeune ». Le procureur Daouda Diomandé d’enchaîner : « si vous n’étiez pas coupable, pourquoi avez-vous fui la Guinée pour aller en côté d’Ivoire ? »

Dans sa réponse, Mamadou Djouma Barry dira que « mon voyage était prévu avant ce qui s’est passé. Le jour du drame, je devais voyager pour la Côte d’Ivoire. Je suis parti couper le billet à la gare routière, mais le bus n’était pas rempli. Ils m’ont dit d’attendre le lendemain. J’ai donc décidé d’aller à Dar-es-Salam pour dire au revoir à mon père. Après, je suis parti acheter des galettes. C’est pourquoi, l’acte s’est passé devant moi. Sinon, je n’en sais rien ».

Après ces explications, le juge Ibrahima Kalil Diakité a appelé à la barre Alpha Oumar Fadi Diallo, grand frère de la victime. « Monsieur le juge, c’est au mois d’août 2003, quand mon frère rentrait à la maison, il a rencontré Mamadou Djouma et sa bande au niveau des rails, à Dar-es-Salam. Il portait une casquette de publicité, Nescafé. Mamadou Djouma a retiré la casquette de la tête de mon frère. Celui-ci a essayé de la récupérer. Ils se sont battus. C’est ainsi que son clan est venu poignarder mon frère 12 fois. Les gens qui étaient sur place m’ont alerté. Je suis venu, on l’a amené à l’hôpital. Les médecins ont tout fait pour le sauver, mais il est décédé. On a diligenté une enquête. On nous a dit qu’ils sont sortis du pays. Mais, 9 ans après, Mamadou Djouma est revenu en Guinée. Ils m’ont signalé son retour et on l’a arrêté. Mamadou Djouma que vous voyez là, je l’ai connu quand il était bébé, je connais toute sa famille. Ceux qui ont tué mon frère, la plupart ont grandi devant moi. Je ne pensais pas qu’ils seraient capables de tuer mon frère. Tout ce que ce que je demande aujourd’hui, c’est la justice », a indiqué le frère de la victime. L’affaire a finalement été renvoyée au 17 juin 2019 pour les plaidoiries et réquisitions.

Libreopinionguinee avec Guineematin

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