Affaire Benalla : l’étau se resserre sur l’Élysée

Benalla et Macron
Benalla et Macron

VIDÉO – Le ministre de l’Intérieur et le préfet de police de Paris renvoient la responsabilité de la crise vers le directeur de cabinet du chef de l’État, Patrick Strzoda. Circonscrire l’incendie. Depuis l’embrasement de l’affaire Benalla, l’Élysée, le gouvernement, la majorité et l’ensemble de la macronie ne parviennent pas à reprendre la main. À tel point que l’Assemblée nationale a dû reporter à la rentrée la réforme constitutionnelle dont Emmanuel Macron voulait faire un marqueur de son quinquennat. Face aux révélations en cascade sur le rôle et la place d’Alexandre Benalla au côté du président de la République, les ministres paraissent désorientés. À l’instar de Christophe Castaner, interrogé lundi matin sur BFM à propos de la présence du garde du corps dans le bus de l’équipe de France. «J’ai entendu dire qu’il était en charge de la logistique des bagages», a assuré le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement. Burlesque, la réponse a renvoyé au second plan la contre-offensive lancée par l’exécutif.

Lundi matin, ils se sont déployés sur les ondes et les antennes des chaînes d’info pour tenter de reprendre la main. Selon Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement et proche du chef de l’État, Emmanuel Macron est «calme et extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie». Et puis, «l’opposition cherche à faire d’une banale histoire de confiance trahie une affaire d’État», ajoute le député LaREM Gilles Le Gendre. Voilà pour la ligne de défense érigée dimanche soir par Emmanuel Macron lors d’une réunion à l’Élysée avec le premier ministre, Édouard Philippe, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, Christophe Castaner et Benjamin Griveaux. Devant eux, le président de la République avait reconnu «des dysfonctionnements à l’Élysée» et avait jugé l’attitude de son ancien garde du corps «choquante et inacceptable».

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Ce sont les seules paroles du chef de l’État sur la crise, qui a choisi de s’exprimer en distillant des propos off. «Soit il ne parle pas et on dit qu’il n’ose pas parler. Soit il parle et on dit qu’il gêne une enquête judiciaire. […] C’est compliqué pour lui de trouver la bonne solution», a plaidé la députée LaREM Aurore Bergé. Pas question donc pour Emmanuel Macron de s’exprimer de façon plus officielle, du moins pas tant que l’ensemble des éléments de l’affaire ne sont pas sur la table.

Or lundi après-midi, au cinquième jour de crise, Alexandre Benalla est sorti de son silence par l’intermédiaire de ses avocats. L’ancien garde du corps y dénonce «l’utilisation médiatique et politique» de son intervention contestée du 1er mai à Paris et livre sa version de l’algarade qui a provoqué la crise.

Trouver le bon timing

Si l’incendie fait toujours rage et ne cesse de prendre de l’ampleur, l’Élysée espère désormais réussir à le circonscrire au sein des commissions d’enquêtes parlementaires. Celle de l’Assemblée nationale a démarré lundi matin avec l’audition de Gérard Collomb suivie, en début d’après-midi, par celle du préfet de police de Paris, Michel Delpuech. C’est désormais au sein de cette enceinte que les députés de l’opposition concentreront leurs tirs contre Emmanuel Macron, et plus dans l’Hémicycle comme les cinq derniers jours.

Au cours de ces deux auditions, les deux hommes ont assuré qu’il ne relevait pas de leur responsabilité de saisir la justice après avoir pris connaissance des agissements d’Alexandre Benalla, renvoyant ainsi la faute sur l’Élysée.

«C’est l’Élysée qui doit apporter une explication»

Marine Le Pen

En coulisses, Emmanuel Macron est à la manœuvre et prépare les prochaines étapes avec ses proches. Notamment les auditions de son directeur de cabinet Patrick Strzoda, qui sera entendu ce mardi à 16 heures 30. Car c’est vers lui que pointent désormais tous les regards pour ne pas avoir saisi le procureur de la République après les agissements d’Alexandre Benalla, ne lui infligeant qu’une suspension temporaire. C’est le dernier bouclier du président. Encore faut-il trouver le bon timing. Mais Patrick Strzoda est un fusible à un coup. D’autant plus pratique que son départ en retraite est prévu pour octobre. Seulement sans lui, c’est le président qui est directement exposé, à moins que l’audition du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, prévue jeudi devant la commission d’enquête du Sénat, ne le place, lui aussi, en première ligne.

Car derrière, certains députés comme Jean-Luc Mélenchon (LFI), Marine Le Pen (RN) ou Olivier Faure (PS) menacent désormais de demander l’audition du chef de l’État par la commission d’enquête de l’Assemblée. Selon eux, c’est le chef de l’État en personne qui aurait couvert les agissements d’Alexandre Benalla le 1er mai. «Macron sait tout. Il doit être auditionné», a demandé le patron des députés Insoumis sur son compte Twitter, sur la même ligne que la présidente du RN Marine Le Pen selon qui «c’est l’Élysée qui doit apporter une explication».

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Dans ce contexte cataclysmique, Emmanuel Macron a renoncé à la visite qu’il avait programmée mercredi sur le Tour de France dans les Pyrénées. Raison officielle: le premier ministre a déjà assisté la semaine dernière à une étape du Tour. Difficile de prendre le risque d’envenimer la crise en y ajoutant les images éventuelles d’un président sifflé sur l’un des événements les plus populaires du pays, sans parler des interpellations immanquables des journalistes sur le sujet.

Le reste de l’agenda officiel du chef de l’État reste inchangé, avec notamment des déplacements en Espagne puis au Portugal en fin de semaine. Malgré de fréquentes entorses, il s’est fait une règle de ne pas commenter les affaires intérieures françaises depuis l’étranger.

Ce qu’il faut retenir de l’audition de Collomb sur l’affaire Benalla
Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, était convoqué ce lundi par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, pour faire la lumière sur l’affaire Benalla. Il a plaidé sa cause et renvoyé les responsabilités à l’Élysée et au préfet de police.

Ce qu’il faut retenir de l’audition de Collomb sur l’affaire Benalla – Regarder sur Figaro Live

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