ADDIS-ABEBA- Alpha Condé charge Dalein:  « Cellou a été pendant dix ans au Gouvernement ministre des transports, de la pêche, puis Premier ministre. Demandez son bilan… » 

ADDIS-ABEBA- Juste après ses séries de réunion au siège de l’Union Africaine, le Président Alpha Condé a bien voulu accorder une interview à un certain nombre de médias dont nos confrères d’Africaguinee.com. De son bilan à la tête de l’Union Africaine à ses ambitions pour le continent africain, Alpha Condé s’est livré à cœur ouvert à nous. Dans cette interview, le Chef de l’Etat guinéen a également abordé la question liée à la tenue des élections locales le 4 février prochain. Alpha Condé a également mis l’occasion à profit pour répondre aux accusations de son opposition, notamment celles de son principal adversaire politique Cellou Dalein Diallo.

 Après un an passé à la tête de l’Union Africaine, vous avez passé le témoin au Président Paul Kagamé. Etes vous satisfait de votre passage à la tête de l’UA ?

Je suis satisfait, nous avons progressé sur certain nombre de points. La prise de conscience que nous devons nous-mêmes financer notre institution. Même s’il y a des discussions, il y a au moins 27 Etats qui ont intégré dans leur loi des finances les 0.2%. Nous avons progressé aussi dans le fait qu’il faut que l’Afrique parle d’une seule voix. A Genève à l’élection à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé, Ndlr), toute l’Afrique francophone et anglophone a parlé d’une seule voix et notre candidat a été élu. Sur la crise au Moyen-Orient par exemple, nous avons eu une position commune pour combattre le terrorisme mais aussi pour demander à nos frères de résoudre le problème de manière pacifique.

Le fait d’avoir aussi créé des Champions a permis non seulement de prendre en mains certains dossiers mais cela a également permis de faire en sorte qu’il n’y ait plus de cacophonie. Si on prend l’immigration, c’est le Roi du Maroc qui a présenté sa feuille de route, on l’a adopté (…), mais d’autre part, il y a des objectifs que j’avais, je pensais qu’on pouvait résoudre les problèmes de la Libye, on avait une feuille de route en janvier, on avait espéré qu’on allait mettre en place le Gouvernement de l’union en place, avant la fin de l’année, mais on n’a pas réussi. La crise de Bangui continue, on n’a pas encore tenue les élections au Congo Kinshasa même si on a pu résoudre certains problèmes. La CEDEAO a résolu le problème de la Gambie sans ingérence extérieure (…).

Mais vous savez, ce n’est pas facile parce l’Afrique n’est pas seule, il y a trop d’ingérence extérieure. Et les ingérences sont liées à des intérêts particuliers. Nous n’avons pas d’agenda caché. Notre agenda c’est de permettre à chaque Etat Africain d’être en paix et de se développer (…). Je suis satisfait sur certains points, mais sur d’autres on n’a pas réussi à résoudre certains conflits que j’avais espéré pouvoir résoudre.

Après avoir passé le témoin, on vous a aussitôt confié le poste de vice-président de l’Union Africaine. Est-ce une façon de vous garder ?

Non ! L’Union Africaine a toujours eu un Président et quatre vice-présidents. Il travaille avec eux. Mais aujourd’hui nous avons compris les insuffisances de l’Union Africaine.  On prenait beaucoup de résolutions qui ne sont jamais appliquées. Deuxièmement il y avait aussi trop de sujets à l’ordre du jour et beaucoup d’invités. Mais on a décidé qu’on invite que ceux qui nous invitent (…). On a aussi décidé que personne ne prenne la parole en dehors des dirigeants africains si ce n’est le secrétaire général de l’ONU et le président Abbas (…). C’est pour l’amélioration des conditions de travail de notre organisation y compris au niveau de la commission, les gens voyagent trop, les dossiers ne sont pas bien étudiés, il y a trop de bureaucratie, il y a des dépenses inutiles (…).

En Guinée, les élections locales arrivent à grands pas. Quel regard portez-vous sur ces élections ?

 Je m’occupe de la CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr) parce que je finance. Les élections locales ce n’est pas le rôle du Président. Le président ne peut pas intervenir aux élections ni locales, ni législatives. Mon seul rôle c’est de créer une situation pacifique, d’éviter qu’une élection ne se transforme en guerre. J’ai demandé à toutes les autorités de prôner la paix, la tolérance, etc. Le rôle du Gouvernement c’est de mettre à la disposition de la CENI les moyens matériels pour qu’elle puisse faire correctement son travail.

On dit souvent que ce n’est pas le Gouvernement qui organise les élections, c’est la CENI. Nous avons voulu une CENI professionnelle, ils ont voulu une CENI politique. On désigne des militants des partis politiques qui n’ont aucune notion d’élection si ce n’est qu’avoir leurs per diems. C’est ça aussi l’inconvénient.

Au Sénégal c’est le ministère de l’intérieur qui organise les élections avec une CENA qui contrôle. La CENI coûte excessivement chère. Une élection où il y a la CENI coute quatre à cinq fois plus chère qu’une élection organisée par le Gouvernement. Mais je pense que quand tout le monde tirera les leçons, on verra qu’il vaut mieux avoir une CENI professionnelle plutôt qu’une CENI politique. Ou bien laisser le ministère de l’intérieur organiser avec une CENA qui contrôle. Ce que je souhaite c’est que les élections se passent tranquillement. Le rôle aussi des maires a beaucoup changé, nous ne voulons plus que les gens vendent les terrains de l’Etat, nous ne voulons plus qu’il y ait une certaine dilapidation du patrimoine national.

L’opposition dénonce le fait que nombreux des membres du Gouvernement soient en campagne à l’intérieur du pays. Que répondez-vous ?

Je vous pose une question. Les membres du Gouvernement sont citoyens ou pas ? Est-ce que la Constitution interdit aux ministres de faire campagne ? Est-ce que vous voyez mon poster quelque part ? Ceux qui critiquent (…) ; je prends Cellou, est-ce qu’il ne faisait pas campagne au Foutah ? Il n’a pas été combattre Siradiou en disant que jamais l’opposition ne gagnera à Labé ? Et alors ? Eux ils étaient Premiers ministres et ministres. Ils étaient tous en campagne. Et mieux, ils menaçaient les fonctionnaires de leur ministère, ils les obligeaient d’aller en campagne. Moi je n’ai obligé personne à aller en campagne. Ils sont mal placés.

L’opposition guinéenne a une maladie infantile. Ce n’est pas une opposition, ce sont des gens, quand ils ont été nommés ministres par Conté, dès qu’ils quittent, ils forment des partis. Un opposant c’est celui qui se bat pour arriver au pouvoir. Mais vous êtes au pouvoir, nommé par un président, dès que vous quittez vous devenez politicien, mais et votre gestion ? Comment ils ont géré ? Cellou a été pendant dix ans au Gouvernement : ministre des transports, de la pêche, puis Premier ministre. Demandez son bilan.

C’est facile de dire que les ministres font campagne aujourd’hui parce qu’eux-mêmes ils étaient à la tête des campagnes du PUP (ancien parti au pouvoir, Ndlr). Je pense que tout le monde se rappelle de la campagne qu’il a menée au Foutah contre Siradiou (…). La jeunesse doit se cultiver et connaitre l’histoire de ce pays pour ne se laisser manipuler par des gens qui ont contribué à mettre ce pays à terre.

Lire l’interview en vidéo  ci-dessous avec Africaguinee

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