Accord sur le nucléaire iranien : Donald Trump et Emmanuel Macron à l’épreuve de leurs désaccords

Les divergences d’approche sur la question du nucléaire iranien sont apparues d’entrée de jeu, mardi 24 avril, au second jour de la visite d’Emmanuel Macron à Washington. Mais les positions de Paris et Washington ne sont pas inconciliables.

C’est une mutation sémantique, mais elle fait sens. « Nous souhaitons pouvoir désormais travailler sur un nouvel accord avec l’Iran », a lancé M. Macron, lors de la conférence de presse, qui a suivi ses entretiens avec son homologue américain. Ils ont tous les deux évoqué leur volonté d’aboutir à un nouveau texte constatant leur désaccord sur l’accord existant de juillet 2015 signé par les « 5 + 1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne) et Téhéran, gelant pour dix ans le programme nucléaire iranien.

Les deux chefs d’Etat sont, néanmoins, restés évasifs sur les contours et la portée de ces nouvelles négociations qu’ils appellent de leurs vœux mais qui devraient se heurter à la vive opposition de Téhéran.

Une voie étroite

« On ne déchire pas un accord pour aller vers nulle part, on construit un nouvel accord plus large », a précisé le président français soulignant sa volonté d’aborder « tous les sujets de la région », dont la Syrie et les activités balistiques de Téhéran. Les autorités françaises partagent pour l’essentiel les préoccupations de Washington et soulignent que la différence est avant tout tactique : c’est-à-dire sur les moyens d’y arriver. Une équipe du département d’Etat américain animée par Brian Hook, un de ses plus hauts responsables, discute avec les Français, les Britanniques et les Allemands – les autres européens signataires de l’accord – pour trouver des moyens de compléter l’accord actuel.

Le président français a répété les quatre points défendus par Paris : maintenir l’accord de 2015 qui gèle le programme pour dix ans, mais le compléter avec d’autres mesures pour le prolongercréer un nouvel accord à propos du programme balistique lancé par Téhéran et surtout établirles conditions d’une stabilité régionale en contenant l’influence iranienne.

D’où l’idée d’intégrer la question syrienne dans un éventuel nouvel accord au risque de le rendre encore plus problématique. Le président français défend depuis le début de son mandat sa volonté de créer les conditions d’une solution politique inclusive en Syrie, en y associant aussi la Turquie et la Russie. Emmanuel Macron a le mérite de la persévérance pour promouvoir cette voie étroite. Mais jusqu’ici sans succès.

Peu d’espoir d’une « percée diplomatique »

C’est aussi une réponse directe à Trump qui pourfend la main iranienne derrière toutes les crises du Moyen-Orient et veut rompre l’accord s’il n’est pas durci contre Téhéran. « Nous n’avons pas les mêmes positions de départ sur ce point » et « nous avons eu une discussion très approfondie sur le sujet », a déclaré M. Macron lors de la conférence de presse.

Ces deux derniers jours, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne ont plaidé pour son maintien. Donald Trump a publiquement promis à son électorat de « déchirer » l’accord. Il ne faut pas espérer en deux jours « une percée diplomatique », selon Paris où l’on rappelle néanmoins que les positions ne sont pas incompatibles. Il y a urgence : c’est le 12 mai que Donald Trump annoncera s’il maintient ou non la levée provisoire des sanctions contre Téhéran scellant le destin de l’accord.

Les divergences sur l’Iran entre les deux chefs d’Etat avaient été palpables d’entrée de jeu. Dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, côte à côte sur un grand canapé blanc, les deux présidents – tout en prenant la pose devant les photographes avec une longue poignée de main – ont répondu à quelques questions. Et aussitôt Donald Trump s’est enflammé, pourfendant l’accord de juillet de 2015. « Un désastre », a-t-il martelé. Interrogé sur les menaces iraniennes de relancer leur programme si les Américains sortent de l’accord, Donald Trump s’est même montré menaçant, affirmant que « si l’Iran recommence son programme, le pays aura des problèmes comme jamais il n’en a eu ».

Emmanuel Macron n’a guère apprécié cette passe d’armes qui a énervé Donald Trump avant même que ne commence l’entretien. « Il faut intégrer le problème de l’Iran dans l’ensemble des défis régionaux, dont notamment la Syrie ; il faut éviter une escalade et la prolifération nucléaire ; toute la question est de trouver le meilleur chemin pour y arriver », a nuancé le président français.

LEMONDE

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