»Tous les Escrocs de la Terre se Donnent Rendez-vous à Conakry », Département de la Défense Américaine

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La Guinée a le bonheur d’être dotée d’abondantes ressources minérales. Elle est la deuxième exportatrice mondiale de bauxite, l’élément essentiel entrant dans la production de l’aluminium. Cependant selon pratiquement toute mesure, la Guinée est l’un des pays les plus pauvres du monde. Son PIB annuel par habitant n’est que de 460$US. Moins de la moitié de la population de la Guinée a accès à l’eau courante et à l’électricité, et à peine 30% de la population adulte est alphabétisée. Près de 15 pour cent des enfants nés en Guinée meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans.

Une des causes reconnues de la situation de la Guinée est la mauvaise gouvernance. L’abus de pouvoir et la mauvaise gestion des ressources et des institutions publiques ont été la norme en Guinée depuis des décennies. Le pays se classe régulièrement presque à la queue de peloton sur l’Indice Annuel de Perception de la Corruption de Transparency International. La corruption a paralysé la capacité de l’Etat à assurer les services publics de base et a créé un climat d’impunité.

Presque depuis l’indépendance en 1958, la Guinée a été soumise à un régime autocratique. Entre 1984 et 2008, la Guinée a été gouvernée par le régime notoirement rapace du président Lansana Conté, caractérisé par son opacité, des pratiques de prédation, et le manque de reddition de comptes. Lui et ses associés ont régulièrement procédé à des retraits en espèces de la banque centrale du pays, en plein jour. La corruption mineure était également très répandue, vu que les fonctionnaires se trouvant dans les bonnes grâces du Président étaient libres de surfacturer, détourner des fonds, et de solliciter des pots de vin, sans crainte de conséquences ou d’enquêtes.

Dans la soirée du 22 Décembre 2008, le Président Conté est décédé des suites d’une longue maladie. Six heures après l’annonce de la mort de Conté, un groupe d’officiers militaires s’est emparé des ondes pour annoncer la formation d’un gouvernement militaire qui se fait appeler Conseil National pour la Démocratie et le Développement, (CNDD). Leur premier acte fut de suspendre la constitution et dissoudre l’Assemblée Nationale. Le coup était dirigé par le Capitaine Moussa Dadis Camara, un officier subalterne qui a dirigé l’unité chargée du ravitaillement de l’armée en carburant. Le 24 décembre 2008, il a été annoncé que Camara était le président du CNDD.

Un régime désespéré et isolé.

L’Union Africaine (UA) a, sans tarder, condamné le coup. La Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a suspendu la participation de la Guinée. Les Etats-Unis et l’Union Européenne ont mis en attente certains importants programmes d’aide bilatérale.

Héritant d’un Etat au bord de la faillite, le CNDD a promis d’entreprendre de vastes réformes. Camara a promis que la junte allait organiser « des élections libres, crédibles et transparentes » dans un délai de deux ans, affirmant aux journalistes «Le Conseil n’a pas l’ambition de se maintenir au pouvoir ». Le CNDD a également promis de sévir contre le trafic de drogue et la corruption. « Toute personne qui a détourné des actifs de l’État à son profit, une fois prise, sera jugée et punie devant le peuple », a déclaré Camara devant un auditoire de plusieurs centaines de représentants du public, y compris les syndicats, les politiciens et le clergé. Le secteur minier devait faire l’objet d’une attention particulière quand les responsables du CNDD ont promis d’entreprendre une révision de tous les contrats existants et de renégocier ceux qui étaient défavorables.

Les promesses de réformes par la junte sont restées sans effet. Les alliés de Camara occupaient de hautes fonctions au sein du Gouvernement et dans les Conseils d’Administration des sociétés étrangères opérant en Guinée. La junte a remplacé les administrateurs régionaux par des agents fidèles qui coiffaient les institutions de l’Etat par décret. Les institutions du secteur public déjà en déconfiture ont sombré dans l’insignifiance. La junte a réduit au minimum les libertés civiles et l’opposition politique. Ceux qui critiquaient le gouvernement ou tentaient de s’opposer au CNDD ont été intimidés, harcelés ou malmenés. La corruption, quant à elle, s’est en fait exacerbée. Quand il a pris fonction en 2011, le Président Alpha Condé a estimé que la junte a dépensé plus durant son mandat de 2 ans que tout ce que le pays a effectué comme dépenses au cours des cinq décennies précédentes.

Le contrôle du secteur minier lucratif du pays était concentré dans les mains du Ministre des Mines nouvellement nommé, Mahmoud Thiam, un ancien banquier de Wall Street jouissant de la double citoyenneté américaine et guinéenne. Bien qu’il passe beaucoup de temps à l’étranger, même après son entrée en fonction, Thiam s’est montré extrêmement influent. Il a conçu une réorganisation du secteur minier qui a introduit plusieurs affaires s’exprimant en plusieurs millions de dollars et suscité l’audit des activités des grandes entreprises minières étrangères en activité en Guinée. En réalité, les changements ont simplement remodelé de vieux réseaux de clientélisme à la convenance des nouveaux dirigeants de la Guinée.

Les frustrations ont connu une réelle exacerbation parmi les Guinéens. Le 28 septembre 2009, des dizaines de milliers de Guinéens organisés par des militants de la société civile se sont réunis à l’occasion d’une manifestation au plus grand stade de football de Conakry pour protester contre la junte après qu’il soit devenu évident que Camara n’honorait pas sa promesse de ne pas participer aux élections présidentielles prévues pour Janvier 2010. Peu de temps après que les dirigeants de l’opposition soient arrivés au lieu de la manifestation, un contingent d’éléments de la garde présidentielle, des soldats, des policiers, et des milices se sont regroupés au niveau des différentes issues du stade et lancé des gaz lacrymogènes sur les manifestants avant de charger le stade et ouvrir le feu. Selon Human Rights Watch, les assaillants ont tué 157 manifestants, violé des dizaines de femmes et filles, et ont fait plus de 1.400 blessés au cours du massacre qui s’en est suivi. Les gouvernements étrangers et les organisations régionales ont renforcé les sanctions et exigé une transition rapide vers un régime civil.

Alors que de nombreux investisseurs se détournaient d’un tel contexte politique mouvementé en raison de préoccupations au sujet du risque politique et une atteinte à la réputation de l’entreprise, le Groupe Queensway y a trouvé une opportunité.

Tous les Escrocs de la Terre se Donnent Rendez-vous à Conakry.

Pour accéder aux gisements miniers lucratifs de la Guinée et aux droits d’exploration dans ses domaines potentiels de pétrole offshore, le Groupe Queensway a établi des liens avec la junte dès après le coup de décembre 2008 en prenant contact avec l’envoyé de la Guinée en Chine, l’Ambassadeur Mamadi Diaré. Au début de 2009, le Groupe a envoyé une délégation à Conakry pour rencontrer la junte. Le contact principal du Groupe à Conakry était le Ministre des Mines, Mahmoud Thiam. Initialement Thiam fait montre d’un certain scepticisme, en déclarant que «Quand un nouveau gouvernement arrive au pouvoir, surtout quand il est inexpérimenté, il se produit un phénomène inéluctable: tous les escrocs du monde s’y rencontrent. Et chaque escroc que compte la terre se présente avec les plus grandes promesses, l’accès à des milliards de dollars de lignes de crédit et aux prêts « . Cependant, ses inquiétudes se sont estompées quand le PDG de Sonangol, Manuel Vicente, s’est rendu à Conakry peu de temps après.

Toujours est-il que d’autres hauts fonctionnaires du nouveau Gouvernement sont restés sceptiques. Après tout, le Groupe Queensway était simplement un des nombreux investisseurs internationaux en lice pour une tranche des abondantes ressources de la Guinée. Pour réussir à se distinguer des autres prétendants, Queensway a parrainé une nouvelle compagnie aérienne nationale, Air Guinée International. Queensway a organisé une cérémonie à l’aéroport international de Conakry pour commémorer le lancement de la nouvelle compagnie aérienne. Camara y était l’invité d’honneur. Étaient présents Sam Pa et Lo Fong Hung, représentant CIF et China Sonangol, les promoteurs de la compagnie aérienne nationale. Le Groupe Queensway a été accompagné par une délégation qui comprenait François Chazelle, alors vice-président des ventes d’Airbus, Executive and Private Aviation, qui avait une relation d’affaires existant déjà avec Sam Pa depuis l’achat par China Sonangol de trois jets d’Airbus. Faisaient également partie de la délégation Ian Lee, alors Directeur Régional pour l’Afrique et le Moyen-Orient à l’entreprise internationale de Singapour, un organisme gouvernemental qui assure la promotion des intérêts des entreprises de Singapour à l’étranger.

Le partenariat a pris de l’importance la semaine suivante, le 12 juin 2009, lorsque CIF et le CNDD ont signé un Accord-Cadre qui a présenté les plans de mise en place d’une société de joint-venture qui servira de véhicule pour les investissements du Groupe dans le pays. CIF serait le partenaire majoritaire dans la coentreprise, détenant 85 pourcent des actions de la société. (Cette prise de participation de 85 pour cent a été finalement divisée entre CIF et China Sonangol.) Le Gouvernement de la Guinée détiendrait au départ une participation de 15 pourcent avec l’option d’achat de 10 pourcent supplémentaires des actions de la société chez Queensway à une date ultérieure.

L’Accord-Cadre stipule que la coentreprise réaliserait des projets dans un large éventail de secteurs, y compris « l’énergie, le traitement de l’eau, l’électricité, le transport, le logement, l’agriculture, la pêche, ou dans tout autre domaine d’intérêt commun. » En effet, comme il l’avait fait ailleurs, le Groupe a promis d’entreprendre un ensemble ambitieux et extravagant de projets, y compris une nouvelle centrale thermique et plusieurs grands barrages, ainsi que la construction de somptueux immeubles à usage de bureaux gouvernementaux, d’une valeur de $650 millions. Il construirait un chemin de fer Transguinéen pour transporter les minéraux de l’intérieur du pays à un port sur la côte. Le Groupe a promis de livrer 100 autobus à Conakry dans les 45 jours qui suivent la signature de l’accord. Air Guinée International, la compagnie aérienne inaugurée récemment, faisait également partie de ce paquet.

Comme en Angola, CIF s’est engagé à financer les projets et serait en charge de leur conception et mise en œuvre. Le gouvernement guinéen, à son tour, devrait faciliter à CIF les conditions d’obtention de tous les permis et autorisations nécessaires, et les «exonérations applicables».

L’Accord-Cadre a précisé en particulier que pendant une période de 12 mois (la «période d’exclusivité»), la société de joint-venture aurait des droits exclusifs d’entreprendre des projets dans tous les secteurs indiqués. En effet, le gouvernement a accepté « de n’entreprendre à aucun moment pendant la période d’exclusivité, des discussions, des négociations ou la conclusion de contrats ou d’accords avec des tiers sur des projets concurrents. » Surtout, une clause de confidentialité stipule que «toutes les informations échangées entre (les parties à l’accord) dans le cadre de cet Accord-Cadre et tous les documents, matériels et autres informations … resteront strictement confidentiels aux parties, tant au cours de l’exécution qu’à la fin du projet « .

Aussi radical soit-il, l’Accord-Cadre est et demeure le cadre d’un partenariat. Beaucoup de détails concernant l’organisation et le fonctionnement restent encore à régler. Le Groupe Queensway a envoyé deux émissaires, Jack Cheung Chun Fai, un proche collaborateur de Sam Pa, et Adrian Lian, pour représenter ses intérêts à Conakry. Du côté guinéen, Camara a créé un « comité de pilotage » pour coordonner les investissements de CIF et China Sonangol dans le pays. Mahmoud Thiam a été l’un des vice-présidents du comité de pilotage.

Le « Contrat du siècle »

Le 10 Octobre 2009, seulement 2 semaines après le massacre du 28 septembre, des représentants du Groupe Queensway et la junte guinéenne ont signé un Pacte d’Actionnaires pour finaliser les termes de leur partenariat. Vicente et Cheung ont signé l’accord au nom de Queensway. Deux représentants du CNDD – Le ministre des Finances Mamadou Sandé, et le Ministre de la Justice Siba Loalamou – ont signé l’accord au nom de la junte.

Thiam a qualifié le Pacte d’Actionnaires de « contrat du siècle ». Bien que les documents régissant le partenariat n’aient pas été rendus publics, Thiam a fourni à la presse un aperçu de l’accord, comparant la transaction à l’accord de partenariat conclu entre le Groupe Queensway et l’Angola.

Les 7 milliards de dollars qui seront financés par CIF par le même mécanisme que celui utilisé pour les 11 milliards de dollars investis par les Chinois en Angola depuis 2005: une combinaison de leurs fonds propres, des lignes de crédit privées, de banques d’État chinoises et de banques internationales dès après leur signature ».

Le Pacte d’Actionnaires a officiellement créé une joint-venture entre le Groupe Queensway et l’État guinéen appelé Africa Development Corporation (ADC). Les filiales de China Sonangol et CIF enregistrées à Singapour devraient chacune détenir une participation de 42,5 pour cent dans la transaction, et au Gouvernement de la Guinée devrait revenir les 15 pour cent restants. L’accord stipule que l’ADC aura plusieurs filiales pour les divers secteurs d’activités opérant sous le label  » Guinea Development Corporation (GDC)”. ADC détiendra 85 pour cent de chaque filiale, et l’Etat guinéen contrôlera les 15 pour cent restants. Parmi ces entreprises figurent GDC Mines, Pétrole et Gaz, GDC Commerce et Logistique, GDC Eau et Energie, et GDC Transport.

A voir de plus près, les termes de l’accord étaient manifestement défavorables au peuple guinéen. L’accord a effectivement concédé à ADC et aux GDC des droits exclusifs sur des projets dans une gamme étendue de secteurs. Deux clauses illustrent l’ampleur de ce deal:

Les parties proposent que l’ADC et les GDC servent de véhicule à la coentreprise pour notamment (a) (sic) construire et / ou fournir des services dans les secteurs suivants: l’eau, l’électricité (y compris les centrales électriques, les ouvrages hydroélectrique (sic) barrages) l’habitation, les ports, la pêche, les télécommunications, les aéroports, les compagnies aériennes, la logistique, le transport routier, ferroviaire, et tout type de transport, d’infrastructures et d’autres services publics; (ii) investir et exploiter des concessions de diamant, de fer, de bauxite, d’or, de pétrole et de gaz et ainsi que des minéraux et (iii) les autres projets qui pourront être convenus par les parties de temps à autre (les Projets) en République de Guinée …

Sous réserve des lois et règlements en vigueur, la République de Guinée accordera l’exclusivité à l’ADC et aux GDC en ce qui concerne les secteurs identifiés et approuvés par les Parties, comme indiqué dans les projets proposés à être exécutés par les GDC aux termes du présent Accord et de l’Accord-Cadre («Projets Sectoriels») …

En substance, le Pacte d’Actionnaires a accordé à ADC le droit de contrôle sur l’ensemble de l’économie du pays selon le bon jugement de la junte.

La composition du Conseil d’Administration de trois membres de l’ADC fournit un second exemple de conditions extrêmement désavantageuses. Conformément au pacte des d’actionnaires, le Conseil d’Administration sera composé de trois membres, dont deux nommés par CIF et China Sonangol et le troisième, nommé par le Gouvernement guinéen. Selon Africa-Asia Confidential, les trois premiers membres du Conseil d’Administration étaient Adrian Lian, Jack Cheung et Thiam. Ne nécessitant qu’une majorité simple pour les grandes décisions ayant trait aux investissements, cette structure du Conseil assure au Groupe Queensway un contrôle permanent sur toutes les décisions d’investissement d’envergure pour l’entreprise (et le pays).

Le Pacte d’Actionnaires contenait une clause de confidentialité qui stipule que chaque partie « traitera de façon confidentielle et s’abstiendra de divulguer ou d’utiliser des renseignements de nature confidentielle relatifs à l’ADC et aux GDC ou aux autres parties, reçus ou obtenus à la suite de la conclusion du présent Accord. » La junte avait conclu un accord qui aurait des implications majeures pour presque tous les secteurs de l’économie du pays qui, cependant, serait incapable de discuter en détail avec ses citoyens sur les investissements ou les parties avec lesquelles il a conclu cette affaire. Selon The Economist, le Groupe Queensway était « tellement heureux qu’il aurait offert au dirigeant militaire de la Guinée un hélicoptère comme cadeau. »

Le Groupe Queensway a également aidé à soulager la junte de difficultés financières à court terme. Selon la presse, en fin Octobre 2009, la filiale de CIF enregistrée à Singapour a transféré 100 millions de dollars d’un compte à Hong Kong à la Banque Centrale de Guinée. Thiam a demandé que 50 millions de dollars de ce transfert soient utilisés à des fins « d’appui budgétaire d’urgence » aider le gouvernement à court d’argent à se maintenir à flot. Une correspondance entre China Sonangol et la Banque Centrale de Guinée établit un lien entre Sam Pa et ce transfert bancaire. Une lettre du 21 juillet 2010 d’Alhassane Barry, alors Gouverneur de la Banque Centrale de Guinée, à «M. Antonio Famtosonghiu Sampo Menezes « – un pseudonyme connu de Sam Pa – a confirmé qu’un virement bancaire d’au moins $45millions a eu lieu à partir d’un compte de la Banque de Chine (Hong Kong) sous le même pseudonyme.

La critique internationale contre les offres du Groupe en Guinée ne s’est pas fait attendre. La Chambre des Représentants des Etats-Unis a adopté une résolution condamnant l’affaire et demandant son annulation. Le Ministre Britannique chargé de l’Europe, David Lidington, a emboîté le pas, critiquant l’accord dans un exposé des motifs. Une analyse publiée par Chatham House a déclaré que CIF « ne semble pas considérer l’instabilité du régime militaire comme un frein à son ambition. Loin de là, la société s’est saisi du coup pour conclure des accords qui lui accordent potentiellement un contrôle quasi-absolu sur l’économie  »

Compte tenu des insuffisances indéniables dans cette affaire, le «contrat du siècle » semblait devenir une débâcle économique pour les guinéens.

Les Critiques réprimées ou ignorées.

Le 8 Octobre 2009, plusieurs jours avant l’annonce de la transaction, le Conseil des Ministres de la Guinée s’est réuni pour discuter « des divers documents qui devaient régir les relations contractuelles » avec le Groupe Queensway. Au cours de cette réunion, qui a été présidée par le Premier Ministre Kabiné Komara, le Conseil des Ministres a formulé des commentaires de fond et a soulevé plusieurs préoccupations au sujet du projet de Pacte d’Actionnaires. Cependant, lors de l’examen de la version finale, le Premier Ministre Komara a fait observer que la directive du Conseil des Ministres avait été largement ignorée et que « de nouvelles dispositions (qui sont allées) bien au-delà du mandat confié au Comité de Pilotage du Conseil … ont également apparu. » Le 4 Novembre 2009, le Premier Ministre Komara a ensuite écrit au comité chargé de coordonner les investissements de CIF et China Sonangol, insistant pour que le Ministre des Mines renégocie « certaines clauses qui étaient plutôt déséquilibrées pour la partie guinéenne « .

Lorsque des préoccupations exprimées dans la première lettre du Premier Ministre sont restées sans suite, il a adressé une deuxième lettre au Président du Comité de Pilotage. Le 2 décembre 2009, des copies ont également été envoyées au Ministre des Mines ainsi qu’aux Ministres de la Justice et de l’Economie. Etait jointe à la deuxième lettre une note de six pages qui contenait une analyse détaillée des lacunes du Pacte d’Actionnaires et des directives « pour faciliter et accélérer la révision et la négociation » du contrat. Selon la note de service, le Conseil des Ministres avait spécifiquement décidé lors de sa réunion du 8 octobre, que l’exclusivité ne doit pas être accordée à l’ADC ou aux GDC, bien qu’il ait reconnu que CIF et China Sonangol pourraient servir conjointement en tant que partenaire stratégique. « La priorité serait accordée au partenaire stratégique », a écrit le Premier Ministre Komara, « à condition que les prix qu’il propose soient plus avantageux et que sa compétence et sa réputation dans les secteurs concernés soient prouvées. » En outre, le Premier Ministre a soutenu que l’exclusivité devrait être accordée à ADC seulement pour une durée fixe ne dépassant 12 mois et que ce statut ne devrait concerner que les projets convenus lorsque l’Accord-Cadre a été négocié.

La note révèle que le Conseil des Ministres ne savait pas que le Comité de Pilotage avait prévu de créer une société minière nationale avec CIF.

Le Conseil des Ministres n’a pas … discuté de la question de la création d’une société nationale minière. En outre, il est inacceptable de promettre maintenant qu’un investisseur étranger sera actionnaire dans une telle société étant donné que ceci lui donnerait la propriété ipso facto de toute les richesses actuelles et futures du pays

Le Premier Ministre a remis en doute l’ensemble du principe et de la validité de l’Accord. « Le gouvernement n’accordera de concessions en contrepartie de l’investissement, » le mémo a déclaré sans ambages, avant de conseiller au Comité de Pilotage, « cette clause doit être purement et simplement abandonnée. » Par ailleurs, le Premier Ministre Komara a soutenu que le Pacte d’Actionnaires ne peut pas être considéré comme définitif, indiquant que « le document ne peut pas être juridiquement contraignant dans le contexte actuel de la transition dans la mesure où les domaines et les sujets abordés sont sensibles, diversifiés et stratégiques».

Bien que peu de Guinéens aient été au courant des détails sur le partenariat avec le Groupe, au moins un militant a eu à subir des conséquences pour s’être exprimé contre l’accord. Yéro Baldé, alors Directeur du financement de projets à la Guinea Alumina Corporation, a perdu son emploi après avoir exprimé des préoccupations concernant le marché que la junte avait négocié avec le Groupe Queensway. Le 27 février 2010, Baldé est apparu à la télévision nationale et a critiqué l’accord. « Il y avait quelque chose de grave. » at-il rappelé plus tard. «Le gouvernement venait de violer des femmes et tuer des civils innocents, tous les investisseurs pliaient bagages et pourtant, ce Groupe est resté et a signé. Il est difficile de savoir ce qui est vraiment dans ce contrat pour la Guinée. » Après l’apparition de Baldé à la télévision nationale, Thiam a demandé aux gestionnaires de Guinea Alumina Corporation de prendre des mesures contre leur employé qui ne mâche pas ses mots. Baldé a été congédié peu de temps après.

Le CNDD fait la chasse aux sorcières dans le secteur pétrolier et minier.

Comme si les droits exclusifs à l’ensemble des gisements de pétrole et de minéraux non réclamés de la Guinée ne suffisaient pas, Queensway a également contribué à accélérer la réorganisation par le CNDD du secteur pétrolier et minier en souscrivant aux audits des sociétés pétrolières et minières qui opèrent déjà dans le pays. RUSAL Plc, une compagnie basée à Moscou, la plus grande compagnie d’aluminium au monde, et un acteur majeur dans le secteur minier de la Guinée, a été le premier objet des audits.

En 2006, RUSAL a racheté du Gouvernement Conté l’Usine de Bauxite de Friguia, l’un des actifs les plus lucratifs de RUSAL en Guinée. En mai 2009, Thiam a affirmé aux journalistes que le gouvernement Conté avait vendu le complexe à RUSAL pour seulement $20 millions – une fraction de la valeur réelle de Friguia – justifiant des poursuites judiciaires par le Gouvernement pour remédier à la situation. Au début de septembre 2009, un tribunal guinéen a décidé que la vente du complexe de Friguia en 2006 est nulle et non avenue. Selon Momo Sacko, un conseiller juridique de la Présidence à l’époque, cela signifiait « qu’à partir de maintenant, le complexe Friguia est à 100 pour cent détenu par la Guinée. »

Le 14 octobre 2009, six semaines après la décision du tribunal annulant la propriété de Rusal Friguia et quelques jours seulement après la signature du Pacte d’Actionnaires de l’ADC, la junte a conclu un accord de prêt avec le Groupe Queensway. L’accord stipulait que la filiale de CIF enregistrée à Singapour accorderait un prêt allant jusqu’à 3,3 millions de dollars servant exclusivement à engager Alex Stewart, Cabinet de conseil international « pour réaliser un audit sur les opérations minières spécifiques en République de Guinée, y compris RUSAL ». L’accord de prêt a été signé par Thiam, qui a insisté que CIF « était le seul endroit où (le gouvernement de la Guinée) pourrait obtenir cette somme. » En signant l’accord, Thiam engage également l’Etat Guinéen à verser à CIF deux pour cent de tous les fonds que la junte aura récupérés du géant minier russe à travers l’audit exécuté par Alex Stewart comme un «droit sur les frais de conclusion de transaction. »

Le 13 janvier 2010, Alex Stewart a signalé au gouvernement qu’il a le droit d’imposer quelque 860 millions de dollars de dommages et intérêts à RUSAL. Cela signifiait que CIF pourrait réclamer des frais de conclusion de transaction s’évaluant potentiellement à $19,2 millions, un chiffre qui vaut environ six fois le prêt initial. En conséquence, conformément au Pacte d’Actionnaires de l’ADC, ADC était sur le point de recevoir des droits exclusifs du complexe Friguia saisi sur RUSAL.

Rusal n’était qu’un sur plusieurs investisseurs ciblés par la vérification ordonnée par le CNDD des contrats pétroliers et miniers. Hyperdynamics Corporation, une Compagnie pétrolière basée à Houston, est de façon similaire devenue impliqué dans un différend avec la junte qui a abouti à la confiscation d’environ 70 pour cent de sa superficie de pétrole offshore. Selon Africa-Asia Confidential, ce Holding a été directement absorbé par China Sonangol.

Ousmane Kaba, Président du Comité d’Audit du CNDD, a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse que les vérifications ne devraient pas être considérées comme « une chasse aux sorcières ». Les audits, selon Kaba, visaient à comprendre comment et par qui les décisions majeures ont été formulées auparavant. « Si nous ne cherchons pas à savoir comment notre pays a été géré hier, » at-il poursuivi, « nous ne pouvons pas prétendre léguer à nos enfants une Guinée prospère ».

Le rôle du Groupe Queensway – un concurrent potentiel de RUSAL – dans le financement de l’audit était, on ne peut mieux, un conflit d’intérêts qui a miné l’intégrité du processus de vérification des contrats. Un autre aspect problématique de la vérification de Friguia (et la restructuration du secteur minier de manière plus générale) consistait en des rapports selon lesquels le Ministre des Mines Thiam, allié principal de Queensway à Conakry, a bénéficié de grâces financières pour faire en sorte que la restructuration soit à l’avantage de CIF et China Sonangol.

Thiam a été impliqué dans un autre scandale de corruption impliquant un investisseur étranger majeur qui a bénéficié de la revue du secteur de l’exploitation minière. Plusieurs rapports affirment que Thiam a servi comme interlocuteur pour BSG Resources Ltd, une compagnie minière contrôlée par le milliardaire israélien Benny Steinmetz, pour verser des pots de vin à de hauts fonctionnaires de l’armée. Le rôle présumé de Thiam dans ces transactions est ensuite devenu l’objet d’une enquête du FBI.

Les changements d’allégeances de Queensway à Conakry.

Le 3 décembre 2009, le commandant de la garde présidentielle a ouvert le feu et grièvement blessé le Capitaine Camara, le chef de la junte en Guinée. Le lendemain, Camara a été transporté au Maroc pour un traitement médical. Le général Sékouba Konaté, vice-président du CNDD et Ministre de la Défense, est intervenu pour prendre les reines du gouvernement. Bien que beaucoup craignaient que la tentative d’assassinat n’enfonce davantage la Guinée dans une crise, les dirigeants de la région ont travaillé en tandem avec Konaté pour hâter la transition du pays vers un régime civil. En janvier 2010, Konaté a promis que des élections auraient lieu dans les 6 mois et, surtout, qu’aucun élément des forces armées de la Guinée ne ferait acte de candidature. Peu de temps après, Jean-Marie Doré, un leader de l’opposition qui a pris part à l’organisation des manifestations du 28 septembre, est devenu Premier Ministre par intérim et a dirigé la préparation des élections présidentielles.

Bien que plusieurs alliés du Groupe Queensway aient conservé temporairement leurs postes à Conakry, il est devenu clair que des changements majeurs dans le paysage politique en Guinée étaient imminents. Le Groupe a cherché à forger de nouvelles relations qui auraient contribué à ce que sa présence en Guinée ait survécu au CNDD.

À la fin de Juin 2010, le Directeur de la Cellule de Communication du Premier Ministre par intérim a publié un communiqué de presse annonçant une déclaration d’engagement entre CIF et le Gouvernement intérimaire. La déclaration a précisé que Sam Pa et Thiam (toujours Ministre des Mines) étaient venus pour rencontrer le Premier Ministre intérimaire Doré. Lors de la réunion, Sam Pa a apparemment vanté la Chine comme un exemple de modèle économique pour les pays africains et loué la valeur des investissements du Groupe Queensway ailleurs sur le continent. « Ce que la Chine a réalisé, l’Afrique peut le faire aussi», dit Sam Pa à Doré. Dans une présentation de diapositive, Sam Pa a présenté les réalisations dont se réclame le Groupe Queensway en Angola, pour essayer de donner la preuve de la « puissance et la fiabilité » de CIF. Il a été rapporté que Sam Pa aurait suggéré au Premier Ministre par intérim que les projets en Guinée pourraient démarrer rapidement avec la détermination requise. Doré aurait répondu à Sam Pa avec enthousiasme en disant, «Nous voulons affirmer notre engagement à travailler avec la Chine et, en particulier, avec vous. »

La cour que Sam Pa faisait au bureau du Premier Ministre contrastait fortement avec les relations tendues du Groupe Queensway avec la Banque Centrale de Guinée au cours de la même période. Peu de temps après la rencontre de Sam Pa avec le Premier Ministre par intérim Doré, le Groupe Queensway a pris des mesures pour récupérer les fonds qu’elle avait transférés à la Banque Centrale de Guinée en novembre 2009 au cours des derniers mois de la junte dirigée par Camara. Dans une série de lettres en Juillet 2010, Jack Cheung, le représentant de Queensway à Conakry, a écrit au Gouverneur de la Banque Centrale de la Guinée exigeant que le solde du prêt de 45 millions de dollars consenti à la banque comme « appui budgétaire d’urgence » soit transféré à China Sonangol. Cheung a menacé qu’il y aurait des «conséquences politiques et juridiques graves » si le gouvernement ne répondait pas aux préoccupations de China Sonangol. Dans sa lettre de réclamation finale, Cheung a expliqué que le vérificateur de la société n’était « pas satisfait de la ‘contrôlabilité’ de l’argent déposé à la Banque Centrale de Guinée … Il est très important de transférer l’argent immédiatement … Sinon, notre Commissaire aux Comptes et la direction des finances de notre Groupe va perdre confiance à venir investir en Guinée « .

Pendant ce temps, au fur et à mesure qu’évoluait la transition politique en Guinée, le Groupe Queensway faisait une cour assidue aux deux principaux candidats aux élections présidentielles, très attendues dans le pays. Selon Africa Confidential, le Groupe Queensway a nommé l’épouse d’un des candidats, Mme Halimatou Diallo, comme membre du Conseil d’Administration d’Air Guinée International. Après la victoire d’Alpha Condé à l’élection présidentielle de novembre 2010, les efforts de Queensway à lui faire la cour se sont intensifiés. Un peu plus d’un mois après son investiture, Condé s’est rendu en Angola pour une visite d’Etat. En plus de sa rencontre en privé avec le Président Dos Santos, le Président Condé a rendu visite à plusieurs sites de projets CIF et GRN. Le Ministre des Affaires étrangères de l’Angola George Chikory a accompagné le Président Condé au Novo Centradidade do Kilamba, le projet de logement public controversé lié à CIF dans les périphéries de Luanda. Plus tard, il a été escorté à l’usine de ciment de Queensway dans les périphéries de la capitale.

Partenariat avec Bellzone

Couvrant ses risques, CIF a, en mai 2010, également forgé un partenariat avec Bellzone Mining, une entreprise relativement inconnue détenue pour l’essentiel par des investisseurs australiens. Le Directeur Général de l’entreprise et principal actionnaire était un ressortissant australien, Nikolajs Zuks, qui détenait 31,5 pour cent de participation. CIF a signé le 4 août 2010, une série d’accords avec Bellzone pour réaliser conjointement des projets dans les secteurs des mines et de la construction des infrastructures de la Guinée. Le contrat pour la transaction avec Bellzone a été contresigné par le Ministre des Mines Mahmoud Thiam et le Ministre de l’Economie et des Finances Kerfalla Yansané – deux représentants survivants de la junte en Guinée.

Suite à la finalisation de l’accord, le Directeur Général de Bellzone décrit CIF comme  » un groupe très apprécié des entreprises avec des preuves d’avoir réalisé de grands projets d’infrastructures en Afrique. » Enumérant les avantages d’un partenariat avec CIF, Gram Fyfe, le Directeur de l’exploitation de Bellzone, a souligné la profondeur des poches de l’entreprise, indiquant que « du point de vue de la trésorerie, en effet, ils disposent de beaucoup d’argent. » Prenant la parole lors d’une conférence sur l’exploitation minière en septembre 2011, Fyfe a également cité «les relations intimes du Groupe Queensway avec Sinopec (l’une des plus grandes compagnies pétrolières gouvernementales de la Chine) et a déclaré que l’entreprise a probablement « des relations au plus haut niveau en Chine. » Le fonctionnaire a fait allusion à l’équipe juridique et commerciale de CIF comme «une bande de gars difficile mais motivante » prêts à participer à des « négociations difficiles », mais a déclaré que dans l’ensemble, Bellzone a constaté que CIF était «de commerce facile. »

CIF et Bellzone ont convenu d’explorer conjointement de minerai de fer sur deux sites en Guinée, Kalia et Forecariah. CIF a accepté de financer le projet de fer de Kalia, qui coûterait environ $ 4,45 milliards, en échange de droits à acheter la totalité de la production de la mine au prix du marché. Après la signature de l’accord CIF-Bellzone, le Président de la Transition Konaté a signé un décret qui a accordé à Bellzone « un corridor exclusif » pour la réalisation des installations ferroviaires et portuaires pour exporter la production de minerai de fer de Kalia. » Dans le cadre de son accord avec Bellzone, CIF a accepté de financer et de développer les infrastructures nécessaires. En même temps, CIF et Bellzone ont formé une coentreprise « pour entreprendre le programme accéléré d’exploration et de développement à Forécariah des permis de fer sur les permis de fer de CIF à Forécariah qui sont situés entre 30 et 80 kilomètres de la côte guinéenne. »

Même après avoir obtenu deux concessions minières productives en partenariat avec Bellzone, le Groupe Queensway a poursuivi ses tentatives pour arracher des mains de firmes rivales le contrôle des opportunités d’exploitation minière. Lors d’une réunion en septembre 2011 avec des représentants du gouvernement de la Guinée, les responsables de l’équipe CIF-Bellzone ont tenté de persuader le gouvernement de Condé de lui accorder les droits sur la mine de fer de Simandou, la riche concession gérée par Rio Tinto. Lorsque le Sunday Times (RU) a cherché à savoir si en fait sa compagnie essayait de d’arracher des mains du géant minier concurrent le contrôle de Simandou, Zuks a simplement répondu: «Où est le problème avec ça? »

Tri dans le désordre.

Après de nombreuses promesses de campagne et déclarations publiques dans les semaines suivant son investiture en décembre 2010, le Président Condé a pris des mesures concrètes pour réformer le secteur de l’exploitation minière. Le président nouvellement élu a fait appel aux services d’un milliardaire philanthrope, George Soros, fondateur de l’Open Society Institute, pour apporter son assistance dans un processus de révision du secteur de l’exploitation minière. La Guinée connaît actuellement une nouvelle ère », Soros a déclaré aux journalistes.  » Dans le passé, ses ressources naturelles n’ont pas été utilisées au profit du peuple. La Guinée a maintenant la possibilité de changer cette situation.  »

Le processus de révision a commencé peu de temps après. Dans une lettre d’intention du 30 juin 2011 adressée au FMI, le Gouvernement a constaté qu’au cours des deux années d’engagement seulement un seul prêt de $78 millions a été contracté par le Groupe Queensway avec la promesse de milliards. Plus loin, le gouvernement de la Guinée a promis de « s’abstenir de tous emprunts non concessionnels ou de l’émission de garanties au titre du contrat (CIF et China Sonangol). »

Un nouveau code minier élaboré par le régime Condé a été approuvé le 9 septembre 2011. Les organisations internationales de la société civile, dont plusieurs ont servi de conseils au gouvernement de la Guinée tout au long du processus de réforme, ont salué le nouveau code, soulignant à la fois le contenu et le processus par lequel il a été élaboré. Le code minier a autorisé la publication de tous les contrats du secteur minier et consacré un engagement formel aux principes de l’Initiative de Transparence des Industries Extractives. Il a établi des « procédures d’adjudication, de renouvellement, de cession et d’annulation des titres miniers. » claires et transparentes. Le code exige de toutes les entreprises dans le secteur minier de la Guinée la signature d’un « code de conduite » et l’élaboration d’un plan de contrôle de la lutte contre la corruption en coordination avec les autorités guinéennes. Mohamed Lamine Fofana, le Ministre des Mines du Gouvernement Condé a déclaré aux journalistes que « Le nouveau code minier permettra aux investisseurs futurs en Guinée de travailler dans la transparence « .

Le 22 Janvier 2012, le Gouvernement de la Guinée a publié les termes de référence du Processus de Révision des Contrats de la Guinée qui donne un aperçu sur les institutions et les procédures impliquées dans le processus. De cette façon, les termes de référence visaient à: renforcer la légitimité des contrats miniers; éliminer les soupçons incontrôlés sur les contrats; empêcher que la confiance des investisseurs ne soit sapée par les réformes et ; renforcer la base juridique des contrats. Le document a également présenté des plans pour la mise en place de deux comités chargés de superviser le processus – le Comité Technique et le Comité Stratégique – et défini les rôles dévolus à chacun. En bref, une tournure des événements heureuse qui a servi de catalyseur à la première élection démocratique du pays depuis l’indépendance en 1958 a ouvert une fenêtre d’opportunité pour des réformes dans le secteur minier.

Le 15 Février 2013, le gouvernement de la Guinée a mis en ligne les contrats du secteur minier existants, ce qui en fait l’un des premiers Etats africains à mettre tous ces documents à la portée du public. En outre, l’administration Condé a reconnu les contraintes en matière de capacités institutionnelles auxquelles il est confronté et a demandé une assistance technique et stratégique à partir d’éminents experts internationaux dans le domaine de la transparence dans les industries extractives. Revenue Watch Institute (devenu Institut sur la Gouvernance des Ressources Naturelles) s’est mis en partenariat avec l’Institut de la Banque Mondiale de Colombia University pour créer le site Web où les contrats miniers de la Guinée ont été mis en ligne. La même organisation a également établi un partenariat avec l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication et la Fondation Thomson Reuters pour exécuter un programme de formation de 10 jours pour 15 journalistes guinéens sur l’élaboration de rapports sur les industries pétrolières et minières.

Même après le retour du pays à un régime civil, les enquêtes sur la corruption sont restées périlleuses. En seulement huit mois en tant que Directrice du Trésor, Aïssatou Boiro s’est forgé la réputation d’être farouche adversaire de la corruption et avait ordonné des enquêtes officielles sur la disparition de millions de dollars provenant des caisses de l’Etat guinéen pendant la durée des régimes précédents. Le 9 novembre 2012, Boiro a été tuée par balle par un groupe d’hommes portant des uniformes militaires. D’anciens collègues croient que l’assassinat était une tentative de contrecarrer une enquête en cours. ‘’En Guinée tous les cas de détournement de fonds à grande échelle ont lieu à la Direction du Trésor,’’ a déclaré un ancien fonctionnaire du Trésor à Reuters. « Boiro est devenue gênante pour certains prédateurs économiques qui sont dans le Gouvernement ».

Maintenir la cadence.

Alors que le processus de réforme s’est efforcé de maintenir son élan, Queensway a continué à faire avancer son programme dans le secteur minier de la Guinée à travers son partenariat avec Bellzone. Le 23 mars 2012, Bellzone a annoncé qu’elle avait commencé la production et le stockage des produits sur sa mine de Forécariah. Le 9 août 2012, Bellzone a signé un accord de prélèvement avec Glencore, une firme suisse de négoce de produits, permettant à cette dernière d’acheter une part de 50 pourcent du minerai de fer produit sur la mine de Forécariah. Moins d’un mois plus tard, le 4 septembre 2012, West African Iron Ore Group, également basée en Suisse, a annoncé avoir conclu un accord similaire avec CIF pour l’achat de l’autre part de 50 pour cent du minerai produit à la mine.

Cependant, le partenariat de China Sonangol avec Bellzone n’est pas allé entièrement sans heurts. S’échangeant à £ 92 (environ 147 $ US) l’action au début de 2011, les actions de Bellzone ont chuté au cours des 4 années suivante à seulement £ 0,50 (environ 0,80 $US) l’action dans un contexte de chute des prix et des préoccupations autour de la viabilité des projets de Bellzone en Guinée. Lorsque la capacité de la société à financer ses activités a été mise en cause, Bellzone s’est tourné vers China Sonangol pour un prêt à court terme de £4 millions (environ 6,4 millions de dollars) en août 2014. Le prêt était garanti contre la totalité des actifs miniers de la société en Guinée et, une fois finalisé, exigerait de Bellzone le transfert d’un actif non précisé, d’une de ses filiales à l’autre. Cependant, Bellzone a suspendu la vente de ses actions le 12 septembre 2014, lorsque les pourparlers avec China Sonangol la facilité de prêt ont connu un blocage.

Le désarroi a persisté au niveau de Bellzone pendant plusieurs mois après la suspension du négoce. Le 15 septembre 2014, Africa Mining Intelligence a signalé que Bellzone avait conclu un « accord de prêt secret » avec PRV.SA basée à Panama, un cabinet de conseil dirigé par un homme d’affaires angolais nommé Ezequiel da Cunda. Le prêt de $860 millions n’a pas été divulgué sur le marché, ceci en violation des règles de la Bourse de Londres. En novembre 2014, China Sonangol a négocié une participation de 51 pour cent dans Bellzone et rapidement remplacé le Conseil d’Administration de l’entreprise par le sien.

Au début de décembre 2014, Bellzone a connu des ennuis avec les autorités guinéennes chargées de la réglementation. Le Ministère des Mines a averti la société qu’elle avait injustement congédié des employés locaux et manqué de produire un plan de sécurisation du transport de minerai de fer. Pendant ce temps, le nouveau Comité Technique du gouvernement chargé de la vérification du secteur minier de la Guinée a constaté que Bellzone s’était engagé dans le transfert non autorisé d’une de ses licences d’exploitation à une société affiliée et, à une autre occasion, à la vent de ses droits miniers sans autorisation.

Au début de mars 2015, Bellzone et China Sonangol ont finalisé les conditions d’un prêt pluriannuel pour financer les opérations de l’entreprise en Guinée. Lors de la négociation sur le stock de Bellzone qui a repris le 5 Mars 2015 – après un hiatus de cinq mois – le prix de l’action de la société a bondi de 587 pour cent en une seule journée.

Les opérations de Queensway indiquent jusqu’où il compte aller pour préserver sa source de richesse mal acquise d’un gouvernement illégitime, même après que ses alliés aient été chassés du pouvoir. La transition politique de la Guinée lui a donné l’occasion de devenir un des rares cas de réussite parmi les États fragiles cherchant à mettre en place des systèmes efficaces de gestion du secteur extractif. En même temps, l’expérience de la Guinée démontre la bataille acharnée à laquelle les Etats en voie de démocratisation sont confrontés lorsqu’ils cherchent à opérer de telles réformes. En fin de compte, la capacité de la Guinée à traduire sa richesse minérale en résultats tangibles pour le développement sera fonction de la volonté et de la capacité du gouvernement à mener à terme les réformes.

Source: Département de la Défense Américaine : Centre Africain pour les Etudes Stratégiques

Tony Blaire Alpha Condé
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