Tibou Camara sur l’affaire du 28 septembre: Sidya Touré n’est plus un homme politique, c’est un romancier

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le 27 septembre 2009 à 1 heure du matin quand le capitaine Dadis m’a appelé pour me demander si on pouvait ne pas faire la marche de l’opposition ce jour-là au stade. C’était avec le téléphone d’un de ses conseillers qui était à côté et qui passait son temps à l’exciter’’.

Ces propos sont de Sidya Touré qui s’est confié samedi dernier à ses militants. Le leader de l’Union des forces républicaines déclarait qu’à ‘’Chaque fois que je disais quelque chose, c’est lui qui conseillait Dadis pour dire non, ce n’est pas comme ça. On doit respecter l’autorité de l’Etat. J’ai vu le même monsieur conseiller du général Konaté et même ministre. Après je vois que le même monsieur continue de donner des leçons à la Guinée. Il veut maintenant être le conseiller d’Alpha Condé’’.
Même si Sidya n’a pas cité de nom, bon d’observateurs s’accordent à dire que ce conseiller se nomme Tibou Kamara. Puisqu’il s’agit de lui, l’intéressé n’a pas tardé à réagir chez nos confrères de Lynx Fm ce mardi. ‘’Il a voulu parler de moi en laissant sous-entendre que j’aurai un rôle ou une implication dans le massacre du septembre. Je voudrai vous dire pourquoi M. Sidya Touré m’en veut et qu’il a profité de cette tribune pour régler des comptes personnels’’, déclare l’ancien bras droit du général Konaté.

La version des faits de Tibou…

‘’M. Sidya Touré a estimé que Dadis Camara aurait utilisé mon portable pour l’appeler. Et comme ce n’est plus un homme politique, c’est un romancier, il a dit m’avoir entendu dire à Dadis ‘faites respecter l’autorité de l’Etat, non, non !’’’, explique Tibou Kamara, qui apporte un démenti catégorique. ‘’Tous les guinéens connaissent M. Dadis Camara, personne ne peut interrompre une conversation de M. Dadis parce que l’homme est jaloux de son indépendance, et n’a pas envie qu’on lui dicte la marche à suivre et les propos à tenir. C’est un homme spontané, impulsif même parfois qui parle tout seul et qui s’est suffisamment majeur pour se laisser guider dans les choix et les décisions à prendre’’.

‘’J’ai dit au capitaine Dadis’’

‘’Le 28 septembre, l’opposition guinéenne en 2009, avait projeté d’organiser une manifestation de protestation contre la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle. Il a estimé que la manifestation avait un caractère subversif et qu’il n’était pas question de l’autoriser’’, aborde l’ancien ministre secrétaire général à la Présidence.
Et de préciser : ‘’J’ai commencé la discussion avec lui à Labé où il avait décidé d’aller faire un meeting d’explication, d’information sur la transition. Lorsque le meeting est terminé et que nous sommes arrivés à la station de Labé où il devrait faire le plein de son véhicule avant de reprendre la route pour Conakry, j’ai abordé le capitaine Dadis sur la question du meeting de l’opposition. Je lui ai dit M. le président, il faut laisser la manifestation se faire dans la mesure où depuis que vous êtes au pouvoir, il y a eu une série de manifestations de soutien en votre faveur, il n’y pas de raison que les autres ne manifestent pas (…)’’.
En réponse, poursuit-il, ‘’il m’a dit qu’il n’est pas question qu’ils marchent parce qu’il y a des intentions machiavéliques derrière ces manifestations. Sur le moment, le dialogue n’a pas été possible puisqu’il avait sa position’’.
De retour à Conakry, selon Tibou Kamara, l’ancien putschiste a engagé de nouvelles discussions sur la question. ‘’Il m’a dit de venir dans son bureau. Etaient présents l’actuel inspecteur général des forces armées, le colonel Tiegboro, un journaliste dont je ne vais pas citer le nom, Toumba et d’autres. Le président Dadis m’a demandé si je pensais toujours qu’il était bon d’autoriser la manifestation. Je lui ai dit qu’il fallait l’autoriser et que c’est à l’avantage de la transition parce que le régime aurait favorisé l’expression des libertés démocratiques dans le pays’’, raconte-t-il.
‘’Ceux qui étaient présents m’ont désapprouvé avec l’intention de plaire au chef. Il y en a même qui m’ont menacé en disant que j’étais un opposant et que je n’étais pas dans l’esprit du capitaine Dadis, en demandant de laisser l’opposition manifester. Je dois reconnaitre ce jour-là que le capitaine m’a défendu en disant que j’étais libre d’exprimer mes opinions, et que les autres qui ne pouvaient pas m’empêcher de donner mon avis sur une question précise’’, souligne M. Kamara, en exil au Maroc depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir.
Dadis accepte la manifestation mais pose deux conditions
‘’Comme j’étais minoritaire, je suis rentré. Il m’a fait encore venir pour recommencer les discussions. Finalement, il a accepté que l’opposition en posant deux conditions. Premièrement, que la date soit reportée parce qu’il a estimé que celle du 28 septembre était inappropriée, la fête nationale et que l’opposition n’avait pas le droit de prendre cette date à des fins personnelles. Deuxièmes, il a souhaité que la manifestation n’est pas lieu au stade du 28 septembre. Il a proposé à l’opposition le stade de Nongo’’, confie Tibou Kamara à la radio Lynx Fm.
Et les tractations pour la manifestation se sont poursuivies entre les deux personnalités : ‘’Je lui ai dit puisqu’il est d’accord sur le principe de la manifestation mais avait des réserves, je pense que vous devez partager ces réserves avec les organisateurs en vue de conclure avec eux un accord parce que vous ne pouvez pas prendre une décision unilatérale de délocaliser une manifestation que vous n’organisez pas sans en avoir discuté avec les organisateurs. Il a dit ‘tu as raison, donnes-moi ton téléphone, je vais les appeler l’un après l’autre pour leur faire part de ma décision d’autoriser la manifestation mais à des conditions qui consistent à reporter la date et aller faire la manifestation ailleurs. Voilà comment M. Sidya Touré a été appelé par le capitaine Dadis Camara de mon téléphone. J’ai entendu Dadis lui parler, mais je n’ai pas entendu ce que Sidya a pu lui dire. La conversation n’était pas sur haut-parleurs entre deux personnalités de notre pays. C’est après la discussion que Dadis m’a dit que M. Sidya Touré n’est pas contre la proposition mais comme tenue de l’heure tardive, qu’il n’avait pas le temps de consulter ses pairs de l’opposition pour parvenir à un consensus. La suite, on la connait, c’est la tragédie du 28 septembre’’.
Alors qu’il s’apprête à rentrer en Guinée, Tibou se dit très à l’aise par rapport aux évènements du 28 septembre. ‘’Parce que je n’étais dans la chaine de commandement militaire et je n’avais de pouvoirs étendus au sein de l’autorité civile. Donc pour être clair, je n’étais pas un donneur d’ordres, je n’étais pas organisateur de la manifestation comme M. Sidya Touré et d’autres l’étaient’’, indique-t-il. Mieux encore, ‘’je n’étais pas présent au stade à plus forte raison participer à la répression, et je n’ai jamais pris la parole pour défendre ce qui s’est passé. Au contraire, j’ai démissionné et dans ma lettre de démission, j’ai donné les explications par rapport à la position qui fut la mienne et la raison qu’elle a suscitée par rapport à l’autorité de transition’’.

Source VisionGuinee.Info

 

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