Photo alpha condé et said Fofana

Légèreté, cupidité, malhonnêteté, aucun qualificatif ne semble suffire pour nommer la pagaille enregistrée dans la mine de fer de Forécariah, précisément à Yomboéli. Avec des investisseurs douteux, difficiles à identifier, tant leurs ramifications sont nombreuses et confuses.

C’est du moins ce que nous retenons des révélations faites récemment, par le journaliste associé chercheur dans les mines, Aboubacar Akoumba Diallo, à la maison de la presse de Coléyah. Dans ce grand déballage, il ressort que les autorités   guinéennes, de la transition au régime actuel, ont facilité l’exploitation à la fois anarchique et frauduleuse du minerai de Forécariah exporté à partir du port de Konta. Les noms des ministres de la transition (versions Dadis et Konaté), Boubacar Barry, des travaux publics (actuel président du parti UNR), Mamadou Sanden des Finances et Mamoudou Thiam des mines y reviennent en boucle. Et à en croire le conférencier, les actuelles autorités se sont inscrites dans la même logique que les responsables de la transition dont elles dénoncent portant la mal gouvernance économique.

C’est ainsi que d’anciens et actuels  hauts perchés du régime d’Alpha Condé sont cités dans le dossier.  C’est par exemple le cas de Bah Ousmane et Mohamed Lamine Fofana (ex-ministres des travaux publics et des mines) et du premier ministre Mohamed Saïd Fofana. Le nom de l’actuel président de la République, Alpha Condé y apparaît parce qu’ayant pris un décret octroyant un permis d’exploitation à la société contre l’avis des services compétents qui ont invalidé les études de faisabilité dudit projet.

Introduit en Guinée en pleine période de troubles (transition militaire ndlr), avec une licence obtenue par China Sonangol International, contre 100 millions de dollars US cash promis à la junte d’alors, ce projet  s’est révélé une véritable ‘’mafia’’. Avec des tentacules créées dans les domaines du transport, de l’immobilier, de l’énergie… une multitude de projets, avec une option de troc -infrastructures contre mines- complique davantage la lisibilité de ces projets. En plus, le capital de la société déclaré à hauteur de 100 millions de francs guinéens s’est avéré être seulement 25 millions. Les autres montants annoncés au compte du trésor public ou ailleurs sont tout simplement introuvables.

L’autre anomalie toujours selon le conférencier, porte sur le fait que le permis d’exploitation de Yomboéli (Forécariah) appartient à GDC Mining and Oil and Gas, alors que les travaux d’exploitations ont été exécutés par Bellzone, indique un procès-verbal de la direction des projets miniers en mars 2012. En plus, Forécariah Mining Guinea SA a fait une joint-venture avant que China Sonangol International ne prenne le contrôle de Bellzone le 18 novembre 2014. Et c’est dans ce flou artistique que le décret accordant le permis  d’exploitation d’une superficie de 319 km2 à la société Guinea Development Corporation Mining and Oil and Gas pour 15 ans, a été pris, révèle-t-il. Et d’ajouter qu’il s’agit « d’un décret signé dans la précipitation et la confusion, car, il portait aussi la codification d’un autre acte présidentiel ».

Cette société envisageait de produire 4 millions de tonnes pendant le 1er trimestre de 2012, avec comme option de porter la production à 10 millions de tonnes par an à partir du 2ème trimestre 2013. Des ambitions qui ont été nettement déçues car entre 2012 et 2013, la performance atteinte a été respectivement de 13 260 et 33 149  tonnes, regrette Akoumba Diallo.

Présent à cette cérémonie, Mamadou Taran Diallo, président de Publiez Ce Que Vous Payez Guinée (PCVP) et membre du comité de révision des contrats et conventions miniers, a affirmé aussi que ce projet est flou. Et relève la responsabilité de l’Etat : « tout le monde parle d’estimation, parce que l’Etat a été absent », dit-il. Et de poursuivre : « il n’y a  eu aucun représentant de l’Etat pour contrôler l’évolution des activités sur le terrain. » Et pire,  « personne ne connaît le volume de production. Les montants payés au titre de taxes et impôts non plus ». Sans oublier « les dégâts sur l’environnement et les citoyens», déplore-t-il.

Autres défaillances du projet

Cette société n’a pas fait de consultation sociale pour informer et sensibiliser les populations riveraines de la zone d’exploitation. Et pourtant, c’est l’une des nouvelles normes de la responsabilité sociétale de l’entreprise. Sur un document signé du préfet de Forécariah, la société ne s’est engagée qu’à dédommager chaque village à hauteur de 13. 000 000 GNF par an et à compenser chaque arbre fruitier se situant dans les  concessions à 6 000 GNF seulement. Au-delà de ces tares, les citoyens des villages environnants se plaignent d’énormes problèmes sanitaires. L’apparition de la sinusite chez  une bonne partie des habitants de cette contrée, en ferait foi. Et contrairement au code minier guinéen  amendé, la société transporte la terre par camion à une distance de plus de 75 km. Côté dégradation de l’écosystème, à première vue, les dommages sont tout aussi énormes. Tout cela, sous l’œil complice des autorités.

Que de violations !

Guinea Developpemnt Corporation (GDC), est une entreprise dont les actionnaires sont peu ou pas connus. Ils ne paient pas des taxes, a laissé entendre le conférencier. Selon lui, malgré que l’étude de faisabilité n’a pas eu lieu, des services spéciaux  guinéens, ont autorisé Bellzone et Chine International Found (CIF) à exploiter le minerai de fer de Yomboéli.  A cet effet, GDC a violé les obligations contenues dans la lettre 823 du ministère des Mines et de la Géologie du 21 mai 2012. Ella n’a absolument rien fait de la construction du chemin de fer et des routes RN4 prévues dans le cadre du projet.

En dépit de ces graves manquements, au lancement des travaux d’exploitation, Guillaume Curtis, alors  Secrétaire Général ministère des Mines, affiche toute sa satisfaction, invoquant de façon plutôt maladroite « l’esprit du code minier ». Quant au premier ministre Mohamed Saïd Fofana, il s’est réjoui du « lancement du premier maillon de production des minerais de fer de la Guinée ». Mais malheureusement, ‘‘le rêve réalisé’’ dont parlait Jack Cheung de Guinée Developement Corporation (GDC) à cette occasion, a tourné au cauchemar.

Fin 2014, la société arrête totalement ses activités minières, après avoir abusivement limogé la quasi-totalité des travailleurs locaux. Du coup, aux yeux de maints observateurs, pour rétablir la Guinée et les Guinéens dans leur droit, le simple retrait du permis prévu en cas de manquement aux obligations légales en la matière ne suffirait plus. Tant les dégâts sont importants.

Aujourd’hui, avec ces acrobaties de cette pléthore de sociétés affiliées à des groupes basés en Asie, notamment en Chine, les autorités guinéennes ne parviennent même pas à dire à l’opinion,  qui détient la licence de Yomboyéli.

In Les Mines

 

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