En janvier – février 2007, à l’appel du mouvement syndical guinéen, la population se déversait dans les rues, exigeant des réformes constitutionnelles et institutionnelles impératives pour normaliser la vie politique guinéenne. A la surprise paniquée d’un régime convaincu, à tort, que ses manœuvres et sa communication puériles trompaient quiconque, il fallut user et abuser de la force pour réprimer dans le sang la contestation. Des centaines des personnes furent tuées. C’était il y a 10 ans. De la même façon,en 1990, la population s’était déversée dans les rues, sonnant le départ de la longue marche des Guinéens vers la Démocratie. C’était il y a 27 ans. Ceux qui l’ont connu, savent combien ce départ fut héroïque, ceux qui l’ont connu, savent combien cette marche fut semée de martyrs, ceux qui l’ont connu savent combien elle fut près d’aboutir, et ce qu’il fallut pour qu’elle n’aboutisse pas. Il faut en avoir été éloigné, pour dire les Guinéens peureux, pour ne pas les comprendre aujourd’hui.

Ce 20 Février 2017, loin du souvenir même de ces efforts lointains ou proches, il pèse sur la Guinée une chape d’abattement ; effet direct de la mauvaise gouvernance perpétrée depuis l’avènement de monsieur Alpha Condé au pouvoir en 2010. Dans notre vie politique, qui pourtant n’en manqua pas, cette crise du système éducatif guinéen offrira un bouquet d’incompétences aux effets proprement apocalyptiques : de véritables révélations. On peut duper certains de temps en temps, on ne peut duper tout le monde tout le temps ; on peut se duper soi-même plus qu’à son tour, on ne se dupera toujours. Depuis des décennies, à cela en effet se résumait l’histoire de la Guinée : duperies, faux-semblants, auto-illusionnements : jeux de dupes.

D’évidence, nous sommes à la fin d’un cycle… Il faut prendre ses responsabilités et offrir aux Guinéens un nouvel espoir, un nouvel avenir.

Dans une démocratie, le peuple, souverain primaire, est respecté et jouit des libertés fondamentales. Dans une démocratie, le droit d’expression et la liberté de la presse sont garantis. Un pouvoir démocratique ne massacre pas ses propres citoyens qui expriment librement leurs opinions. La justice, dans un environnement démocratique, n’est pas assujettie au pouvoir exécutif, mais elle est indépendante. Et la loi, dans un tel contexte, s’impose à tous, dirigeants et simples citoyens. Dans une démocratie, le pouvoir parlementaire contrôle réellement l’Exécutif, mais n’est pas une simple chambre d’enregistrement, prête à se plier aux quatre volontés du chef de l’Exécutif. Dans une démocratie, les services de sécurité, l’armée et la police ne sont pas aux ordres d’un individu qui les manipule à son seul profit, comme c’est le cas en Guinée de monsieur Alpha Condé .
Qu’y a-t-il donc à consolider dans une telle république bananière où en plus, la corruption, le népotisme et l’impunité des puissants obstruent toute perspective de progrès pour le plus grand nombre? Que personne ne vienne dire demain qu’il ne savait pas. Chacun sera comptable de ses actes. Car, chaque guinéenne et chaque guinéen a le choix de rejeter la collaboration avec les ennemis de la république et de défendre la patrie.

Le refus de M. Alpha Condé de prendre ses responsabilités afin de résoudre définitivement cette crise éclaire son fonctionnement. Ceux qui, en toute bonne foi, se laissent prendre à sa propagande devraient y réfléchir. Il s’agit toujours de tromper son monde, de faire de vagues promesses faisant paraitre bonasse, moderne, bien intentionné. Mais dès qu’il faut prendre des engagements concrets, faire des réformes pouvant réduire tant soit peu l’emprise de sa camarilla sur le pouvoir, il se dérobe, s’y refuse et reste inflexible. Sous la botte d’acier de ce système agonisant, notre pays n’a cessé de s’enfoncer inexorablement.

Au vu de tous les maux dont souffrent les Guinéens avec ces corollaires de violence, il ne sera ni facile, ni de tout repos. C’est pourquoi, j’en appelle à tous les Guinéens épris de paix, de liberté et de justice, non pas à courir au devant des balles, mais de continuer à résister de toute votre lucidité de leur esprit, de toute la force de votre âme, de tout votre amour pour la Guinée. Et, parce que nous ne pouvons pas rester les bras-croisés à attendre qu’un homme providentiel vienne nous délivrer et faire notre bonheur, je nous appelle, à nous rapprocher, à nous associer, à chercher jours après jours ce que nous pouvons faire pour notre pays et les uns pour les autres, mutuellement, solidairement. Je nous appelle à reconquérir ainsi notre pleine et égale souveraineté. Parce que, même le voyage le plus long, commence par un premier pas.

Par TOB Baldé depuis Paris

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