L’ambassadeur de France en Guinée Marc Fonbaustier a livré jeudi, 13 juillet un discours fort sur les relations franco-guinéennes à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet en sa résidence à La Minière. Le diplomate français qui a plusieurs fois cité le président Ahmed Sékou Touré, père de l’indépendance nationale a dit qu’ « en ayant décidé d’accompagner cette Transition en Guinée, de ne pas nous retirer après le coup d’Etat du 5 septembre 2021, de ne pas répéter l’histoire, de ne pas rompre une troisième fois, comme en 1958, comme en 1965, la France a engagé un capital politique dans ce pays. Elle a jugé qu’il fallait, dans l’intérêt supérieur des populations, maintenir un partenariat global, en dépit des circonstances, ou peut-être à cause de ces circonstances, car on ne doit pas laisser tomber un pays ami quand il traverse une période complexe ». Discours….
« (…) Je voudrais vous remercier d’avoir répondu à notre invitation ce soir. Je dis notre invitation, car Estelle est venue me rejoindre à Conakry et se tient à mes côtés, pour vous recevoir.
Je vous adresse, à toutes et à tous, les amitiés de la France, un salut déférent et affectueux.
Vous êtes ici en France, c’est-à-dire dans un pays ami de la Guinée, depuis bien longtemps.
Vous êtes ici en France, c’est-à-dire chez vous.
Vous êtes ici en France, c’est-à-dire dans un lieu de tolérance et de liberté, de respect des convictions de chacun, où toutes les opinions et toutes les différences sont bienvenues.
Je vous regarde et que vois-je ? Je vois ici rassemblés les autorités de la Transition, des autorités religieuses, des civils et des militaires, des cadres de partis politiques et des représentants des forces vives ; des personnalités connues ou moins connues de la société civile, des entrepreneurs, des femmes, des hommes, des jeunes aussi. Et je pense à la formule de Fernand BRAUDEL, qui écrivait dans l’Identité de la France : « Que la France se nomme diversité… ». Comment ne pas voir, dans cette Guinée du 13 juillet 2023, cette même diversité ?
Mon propos ce soir, que je tenter de concentrer afin de ne pas abuser de votre attention, s’ordonnera selon trois cercles :
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
I- Sur l’Afrique, l’année écoulée aura confirmé quatre lignes de fond, qui dessinent sans doute un bel avenir pour ce grand continent, à la fois jeune et ancien.
– souvent portées par le Président de la République française, Emmanuel MACRON. Ces partenariats d’un genre nouveau partent tous de besoins majeurs clairement identifiés sur ce continent. Il y a eu les initiatives autour de la vaccination contre la COVID-19, il y a deux ans. Il y a eu l’initiative FARM, pour parer aux risques d’insécurité alimentaire entraînés par l’agression de la Russie contre l’Ukraine, l’an dernier. Et tout récemment, l’Agenda de Paris pour les peuples et la planète, avec à la clé une nouvelle architecture financière en faveur des pays les plus fragiles et souvent aussi, les plus vulnérables aux chocs externes, au changement climatique ou aux conflits.
Bref, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs, l’Afrique est en pleine mutation. Elle se transforme sous nos yeux.
II- Et la République de Guinée, votre pays, le pays qui nous accueille si chaleureusement, n’est pas en reste.
Ahmed SEKOU TOURE, dans son discours historique du 25 août 1958, devant le Général de GAULLE, disait déjà de ce pays :
« La Guinée n’est pas seulement cette entité géographique que les hasards de l’Histoire ont délimitée, suivant les données de sa colonisation par la France, c’est aussi une part vive de l’Afrique, un morceau de ce continent qui palpite, sent, agit et pense à la mesure de son destin singulier ».
Comment ne pas trouver ces propos pleins de vérité et pour tout dire, prémonitoires ?
Car la Guinée semble à la pointe des réflexions de ce continent sur les relations qu’il se propose de nouer avec les pays tiers. Elle a payé, jadis, un lourd tribut à la politique du « tout ou rien ». Elle évolue à présent – après avoir essayé diverses formules – vers une large diversification de ses partenariats internationaux, en dehors de toute passion et de toute idéologie. Elle a montré jadis la voie du panafricanisme et des émancipations. Elle montre aujourd’hui la voie des partenariats pragmatiques, résultant d’une balance d’intérêts, dans ses relations avec le monde.
La singularité de la Guinée s’impose ainsi au grand jour, comme une évidence.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
Je me garderai bien de distiller des conseils – même si certains médias ou les réseaux sociaux me prêtent, parfois, cette propension – car vous êtes un pays souverain, nous autres Français le savons mieux que quiconque. C’est à la Guinée et son peuple, et elle seule, d’écrire son histoire, de maîtriser son destin, d’emprunter la route qu’elle voudra.
Je me bornerai à partager avec vous quatre convictions.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs,
III- J’en arrive aux relations franco-guinéennes.
Je suis persuadé – et je vous livre mon for intérieur – que nous avons trop longtemps payé le prix d’une séparation douloureuse et violente en 1958, de part et d’autre.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
Ahmed SEKOU TOURE avait déclaré, non sans de solides arguments, lors des discussions préliminaires sur le projet de Communauté entre la France et ses colonies de l’époque :
« Il nous faut un droit au divorce, sans lequel le mariage franco-africain pourra être considéré dans le temps comme une construction arbitraire imposée aux générations montantes ».
Le NON franc et massif de la Guinée à la proposition d’appartenir à la Communauté a alors retenti à la fois comme une exception, comme un acte fondateur et comme le « fait générateur » d’une rupture brutale, profonde et durable.
Le Général de GAULLE, que l’on a connu sans doute plus magnanime et mieux inspiré, aurait même fait répondre à Sékou TOURE : « Un divorce, mais sans pension alimentaire ».
Et il a décidé, dans la foulée du référendum du 28 septembre 1958, le retrait, en quatre mois, des 7000 fonctionnaires français qui travaillaient pour l’Administration de la Guinée ainsi que la cessation de toute aide budgétaire.
Je suis navré de vous infliger ces fragments d’histoire, mais l’Histoire a ainsi fait qu’à un moment précis, à un moment donné, il aura fallu que la Guinée pallie le retrait rapide, systématique et général, de l’ex-puissance coloniale qui occupait quasiment tout son espace ; et dans le même temps, que la France assume la perte totale d’une relation avec un pays ami, considéré comme l’un des plus en vue de l’Afrique de l’ouest.
Je veux seulement vous montrer par-là que nous revenons de loin, de très loin même et que nous avons, 65 ans plus tard, parcouru un grand chemin ensemble. Que nous nous sommes, heureusement, retrouvés.
D’ailleurs, Ahmed Sékou TOURE, toujours lui, déclarait en ce fameux 25 août 1958 : « Notre cœur, notre raison, en plus de nos intérêts les plus évidents, nous font choisir sans hésitation l’interdépendance et la liberté dans l’union, plutôt que de nous définir sans la France et contre la France ».
Finalement, le temps lui aura donné raison.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes ensemble donc.
La France n’est certes qu’un partenaire parmi d’autres, car la Guinée a d’énormes besoins et d’immenses potentialités. Bien d’autres pays sont venus, après le départ de la France, lui prêter aide et assistance.
Mais la France, mon pays, se remet en question, innove, repense, réaménage son approche, sa manière de se présenter à la Guinée. Elle lui offre simplement son concours, loyal et amical, pour sa construction, son émergence et son progrès.
A cet égard, nous avons mis cette année l’accent sur trois priorités :
Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs,
En ayant décidé d’accompagner cette Transition en Guinée, de ne pas nous retirer après le coup d’Etat du 5 septembre 2021, de ne pas répéter l’histoire, de ne pas rompre une troisième fois, comme en 1958, comme en 1965, la France a engagé un capital politique dans ce pays. Elle a jugé qu’il fallait, dans l’intérêt supérieur des populations, maintenir un partenariat global, en dépit des circonstances, ou peut-être à cause de ces circonstances, car on ne doit pas laisser tomber un pays ami quand il traverse une période complexe.
Cette prise de risques est, tout comme le clavier de Jean-Sébastien BACH, bien tempérée, en l’espèce, par la raison, par l’honneur et la parole donnée au peuple de Guinée, à la CEDEAO et à la communauté internationale et finalement, par l’esprit de responsabilité, je le crois, des dirigeants de cette Transition.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
J’en termine, si vous le voulez bien, par trois séries de remerciements, à celles et ceux qui auront permis cette soirée :
Pour conclure, je vous livre un scoop, je vous fais un serment et je vous donne trois rendez-vous.
Vive le partenariat entre la République de Guinée et la République française,
Vive la solidarité internationale,
Vive l’esprit d’ouverture, de tolérance et de concorde,
Je vous remercie.
