interview avec Me Audrey Guitierrez Fernandez, avocate aux barreaux de Paris sur l’asile et le droit des étrangers

0

votre quotidien en ligne Libreopinionguinee.com reçois pour vous une Avocate au barreau de Paris connue pour son courage dans l’exercice de son métier d’avocat. Depuis sa tendre enfance me Audray GUITIERREZ FERNANDEZ, ‘’dynamique et efficace, toujours en avance sur tout’’, rêvait de devenir une femme active dans l’univers judiciaire. Aujourd’hui, le destin lui a souri en réalisant ses désirs au parcours complexe mais construit… des études à la création de son propre cabinet. Découvrons ensemble son parcours de femme engagée pour le droit des étrangers au barreau de Paris.

Me Gutierrez, quel est votre parcours ? Pouvez-
vous vous présentez?

Depuis petite je voulais être avocate, pour défendre les petites gens, contribuer à la Justice. Mais je ne savais pas si je serais plutôt juge ou Avocat. Après un stage dans un cabinet d’avocats (en droit des affaires), j’ai opté pour mon métier, et j’ai développé une clientèle étrangère.
Le droit des étrangers m’a ouvert beaucoup de portes : en le pratiquant, j’ai acquis une meilleure maîtrise du pénal (pour tout ce qui est nullités de procédure), j’ai appris à manier le civil et l’administratif, c’est pourquoi, je suis restée généraliste (les étrangers ont des contentieux identiques aux français (divorce, immobilier, affaires…).
Aujourd’hui, je suis très satisfaite de mon parcours, je continue de relever les défis qui se présentent et à me battre aux côtés de mes clients, notamment les demandeurs d’asile que je trouve particulièrement vulnérables.
En quelques mots, pour me présenter, je dirai que je suis dynamique, volontaire, déterminée, et tenace, toujours en avance sur tout
!

Est-ce difficile d’être avocate en droit des étrangers?

Cela n’est pas évident, car c’est une matière qui regroupe plusieurs contentieux (ex : asile, expulsion, rétention, régularisation, naturalisation, visa…), et ces différents domaines ne cessent d’être modifiés par le législateur car l’immigration répond à des choix bien politiques. Il faut donc bien se tenir informé et travailler en réseaux avec les confrères pour être plus fort, ce que je fais au sein de l’ADDE, un réseau d’avocats spécialisés en la matière exerçant sur toute la France et à l’international.
Pour vous donner un exemple, la dernière réforme en date de cet été 2015 porte sur l’asile et je peux vous dire que tout est fait pour mettre des bâtons dans les roues des demandeurs d’asile, toujours suspectés d’être des fraudeurs (des migrants économiques ou autres…). Il va falloir se battre, avec le soutien des associations, pour informer et conseiller les demandeurs d’asile, pour que leurs droits ne soient pas bafoués et qu’ils ne soient pas des rejetés de cette politique qui se veut efficace en termes d’expulsion.

Pouvez-vous nous indiquer les grandes lignes de la réforme de l’asile ?


Ça ne va pas être facile …Concrètement, le demandeur d’asile va faire enregistrer sa demande en Préfecture et recevoir une Attestation de Demande d’Asile (et non plus les récépissés de demandeur d’asile comme avant) ; la première est d’un mois, puis de 9 ou 6 mois selon qu’il est placé en procédure normale ou accélérée, et renouvelable de 6 ou 3 mois, selon encore une fois le type de procédure. Il peut y avoir déjà à ce stade des contentieux : sur le refus de délivrance de l’ADA ou de son renouvellement, ou encore sur le placement en procédure accélérée, soit au début de la procédure soit en cours de route. Quant au Dublinés, ils vont faire l’objet d’une assignation à résidence et se voir délivrer une Attestation pour 4 mois, renouvelable jusqu’au transfert dans le pays responsable de la demande d’asile.
La procédure accélérée, qui est l’axe majeure de cette politique de refoulement à mon avis, c’est par exemple pour les demandes de pays d’origine sur, les demandes de réexamen, des cas de dissimulation d’identité ou de faux documents, ou encore lorsque la demande visait à faire échec à une procédure d’éloignement… cela multiplie donc considérablement les hypothèses, et permet un examen par la Cour Nationale du Droit d’Asile en moins de 5 semaines ! onpasse donc d’un examen en moyenne de 6 mois à 5 semaines… même si le recours est suspensif (c’est-à-dire que le demandeur d’asile ne peut faire l’objet d’une reconduite durant ce délai).
Les autres nouveautés sont des nouveaux barrages dans le parcours du demandeur d’asile :
1- la décision d’irrecevabilité que peut prendre l’OFPRA (contestable à la cnda mais le recours n’est pas suspensif) si le demandeur d’asile bénéficie d’une autre protection dans un autre pays, ou bien si l’élément nouveau de la demande de réexamen n’est pas jugé pertinent. La conséquence est le retrait de l’ADA et le possible éloignement.
2- La décision de clôture que peut aussi prendre l’OFPRA (contestable au Tribunal Administratif, après une demande de réouverture préalable obligatoire), si l’étranger n’a pas introduit sa demande d’asile dans le 21 jours ou 8 jours (en cas de demande de réexamen), ou si l’étranger ne s’est pas présenté à l’entretien, ou bien si il n’a pas donné les informations essentielles à l’examen de sa demande (titres de voyages, pays traversés, etc…), ou si il n’a pas communiqué une adresse dans un délai raisonnable, ou s’il s’est désisté de sa demande. La conséquence est le retrait de l’ADA et le possible éloignement !!! une nouvelle demande ensuite serait traitée en réexamen, avec le risque d’être irrecevable.
3- le retrait ou le refus de l’ADA : pour les raisons que je viens d’exposer (conséquence : procédure d’éloignement possible)
Après le rejet définitif de la CNDA, il y a une notification informatique automatique à la Préfecture dans le délai d’un mois pour lui permettre de mettre fin rapidement à l’ADA et au séjour de l’étranger en France par une mesure d’éloignement.
Bien sur dans les nouveautés, il y en a des positives comme par exemple la présence d’un tiers (avocat, psychologue, association) à l’entretien OFPRA et l’enregistrement sonore de l’entretien …mais nous pouvons nous interroger sur l’utilité d’un avocat qui n’a pas le droit de faire des observations et de l’enregistrement sonore consultable dans des conditions très strictes (uniquement si problème de traduction par exemple). En tout cas, il faut une demande écrite pour la présence du tiers au moins 7 jours avant l’entretien.
En mot de la fin, je dirai qu’il faut inviter les demandeurs d’asile à une extrême prudence. Alors qu’ils sont tous vulnérables de part leurs origines, les sévices reçues, leurs parcours, seuls les mieux accompagnés s’en sortiront vainqueurs. Je crains qu’il n’y ait de plus en plus de jungles à la Calaisienne pour les refoulés de notre système. Tant que nous aurons un système pensé en termes de protection contre une menace (d’immigration), alors que l’immigration est inévitable face aux conflits permanents dans le monde, il y aura des morts et des exclus. La responsabilité aux gouvernements politiques du monde entier ! J’œuvre à mon humble niveau pour en sauver le plus possible.

merci pour votre disponibilité.

Une réalisation de Macka Balde et Sidi Diallo depuis paris france
Contact
0033601064916

 

Comments

comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici