Presse : le bras de fer entre patrons et journalistes aura-t-elle lieu ?

Le baroud qui oppose le gouvernement à la presse cache bien un duel, plus discret, dont les protagonistes ne sont autres que les hommes de plume et leurs employeurs. Les premiers, malgré de grandes avancées législatives sur leurs droits et conditions de travail, sont impitoyablement mis au harnais par les seconds grâce à la complicité de l’Etat. Mais la crise des redevances et les récents événements survenus sur le terrain syndical pourraient générer une nouvelle dynamique.

Si la démocratie a des orphelins en Guinée, c’est bien les hommes et les femmes de presse. On babille qu’elle constitue le quatrième pouvoir, mais en réalité la presse constitue le maillon le plus faible de la chaine démocratique. Son impact s’amenuise de jour en jour par le dénuement dans lequel ceux qui l’animent sont plongés, et dont la tête reste maintenue depuis trop longtemps sous l’eau par les mains de fer des patrons.

Rares sont les entreprises de presse guinéennes qui signent un contrat de travail avec leurs employés. Encore plus rares sont celles qui respectent la législation en la matière en immatriculant ces derniers à la Caisse Nationales de Sécurité Sociale. Quand on sait que les sociétés de gardiennage s’acquittent de ce devoir vis-à-vis des vigiles, il est aisé de constater le mépris avec lequel les journalistes sont traités dans ce semblant d’Etat de droit.

La principale raison à cette situation indigne réside dans le peu d’empressement des autorités à faire appliquer intégralement le code du travail dans notre pays. Cette complicité a été longtemps nourrie par la promiscuité, voire le rapport de vassalité qui existe entre les régimes politiques en place et certains des plus gros patrons de médias. Cette relation de quasi subornation naît elle-même du flirt entretenu par des propriétaires d’organes de presse, venus très souvent du monde politique ou des affaires. Pour la plupart d’entre eux les médias doivent êtres non seulement des entreprises rentables financièrement, mais surtout de redoutables instruments de lobbying autour d’autres activités commerciales.

Le régime naissant d’Alpha Condé l’avait compris très tôt et avait laissé faire, le temps d’avoir tous les leviers du pouvoir en main. Maintenant que l’enjeu porte sur la polémique question d’un troisième mandat, ils sont contraints soit de rallier le train soit de se taire et laisser faire. Les enjeux sont élevés pour les deux camps, et la récente grève des syndicats a sonné comme une répétions générale avant l’heure. La présente opération de fermeture des radios entre dans cette logique.

Mais ces événements pourraient bien servir la cause de ces journalistes, victimes collatérales de ce jeux viril. L’ire provoquée chez ces derniers par la réaction supposée molle des patrons face aux injonctions présidentielles contre le syndicaliste Soumah, est révélatrice de l’état d’esprit surtout chez les jeunes. Comme les enseignants, ils sont à la recherche de l’homme providentiel qui les conduira à braver, dans un tir au poignet rugueux, ce qui leur a été si longtemps confisqué : leurs droits.

Mais dans un pays où la division, la délations et l’intimidation sont des règles de jeu très prisées, il ne serait pas étonnant que les méthodes qui ont déjà fait recettes ne produisent pas à nouveau le même résultat, c’est-à-dire l’inertie. Comme pour donner raison à Bernard Tapie, qui s’interrogeait ainsi : « pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ? »

Mohamed Mara sur Radio Espace

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