Voici les 10 langues africaines les plus parlées

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La diversité linguistique passe par l’enseignement. Ici une école à Gao, au Mali. AFP/Joel Saget

« Si on écarte les langues indo-européennes et malayo-polynésiennes introduites en Afrique durant les deux derniers millénaires dont les principales sont l’arabe, le malgache, l’afrikaans, le portugais, l’anglais, le français, l’espagnol, le hindi, le bouchpouri, l’ourdou, le chinois, il reste un peu plus de 2 000 langues qui se répartissent en quatre grandes familles », explique l’Académie africaine des langues (Acalan), créée en 2005 par l’Union africaine (UA) et basée à Bamako. Cette institution projette d’élaborer un atlas des langues africaines qui serait le premier du genre à émaner du continent lui-même, et non du Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) de Tervuren à Bruxelles.

D’entrée de jeu, l’arabe, né dans la péninsule arabique à l’âge de fer (1200 ans av. J.-C.), serait ainsi exclu par l’Acalan, car perçu au sud du Sahara comme une langue de conquête importée. Il figure pourtant dans l’une des quatre grandes familles de langues africaines identifiées jusqu’à présent.

La plus prolifique provient de la très grande zone « Niger-Congo », avec 1 456 langues dont 500 relèvent du sous-groupe bantou où l’on trouve les langues les plus parlées d’Afrique.

Dix pays swahiliphones

S’y trouve ainsi le kiswahili, qui sert de lingua franca (langue véhiculaire) dans toute la partie orientale de l’Afrique. Il compte de 100 à 150 millions de locuteurs dans dix pays, qui l’utilisent le plus souvent comme seconde langue. Cette zone swahiliphone va des cinq provinces orientales de la République démocratique du Congo au Mozambique, en passant par les Grands Lacs (Rwanda, Ouganda, Burundi, Tanzanie), le Kenya et la Somalie.

« Hakuna matata », « pas de problème », est sans doute l’expression la plus connue du kiswahili, dont les proverbes figurent sur des pagnes vendus de Lamu au Kenya jusqu’au Cap en Afrique du Sud. Popularisée à travers le monde, grâce au dessin animé Le roi lion de Walt Disney, cette langue, née chez les planteurs de girofle de l’archipel de Zanzibar, dans l’actuelle Tanzanie, comporte de nombreux mots d’arabe, en raison de la forte influence d’Oman sur les rives orientales de l’Afrique. D’abord transcrite en arabe, elle est maintenant écrite en alphabet romain. L’une des tâches de l’Acalan dans son futur atlas consistera à trancher sur le shikomor, langue officielle des Comores, tenu pour un dialecte du swahili par certains et pour une langue à part entière par d’autres.

Le lingala, transporté aux quatre coins du monde par la rumba congolaise et l’importante diaspora congolaise, compte environ 13 millions de locuteurs dans les deux Congo, en Centrafrique et en Angola. Toujours dans le sous-groupe bantou, les deux langues cousines que sont le kinyarwanda et le kirundi sont parlés par près de 20 millions de personnes, avant le zoulou (20 % des Sud-Africains, soit 10 millions de personnes) et le xhosa (9 millions). Non bantoues, le yoruba (30 millions de Nigérians, Béninois et Togolais) et l’ibo (24 millions de Nigérians) appartiennent néanmoins au grand groupe du Niger-Congo. De même que le Al Pulaar, une langue parlée sur une vaste étendue de bande sahélienne par environ 4 millions de Peuls, de la Guinée au Cameroun.

Le hausa ou l’amharique, seconde ou troisième langue d’Afrique ?

La famille « afro-asiatique », autrefois appelée « chamito-sémitique » comprend de son côté 371 langues, dont l’arabe (parlé par 150 millions de personnes en Afrique et manifestement perçu à tort comme une langue exogène par l’Acalan), le berbère et le tamachek, parlé et écrit par les Touaregs. On y trouve aussi le haoussa (35 millions de locuteurs du Niger au Togo en passant par le Nigéria), l’oromo (25,5 millions de personnes en Ethiopie, Somalie, au Kenya et Djibouti) et l’amharique (au moins 29 millions de personnes en Ethiopie, Erythrée, Soudan, Djibouti et jusqu’au Yémen).

Il faut prendre les chiffres avec des pincettes, tant les statistiques font défaut ou varient d’une source à l’autre sur le continent. Selon le recensement général de 2007 fait en Ethiopie, l’amharique est parlé en tant que langue maternelle par 29 % de la population, soit 28 millions de personnes. Mais elle est comprise et maîtrisée comme seconde langue par au moins la moitié des ressortissants du pays, soit 50 millions de personnes, ce qui la propulse au second ou troisième rang des langues les plus parlées d’Afrique après le swahili, selon la prise en compte ou non de l’arabe.

L’ensemble « nilo-saharien » contesté

Autres querelles de chapelle chez les linguistes : la famille des langues dites « nilo-sahéliennes » existe-t-elle vraiment ? Et si oui, le songhaï, parlé au Niger, au Tchad et au Mali en fait-il partie ? Dessinée par l’Américain Joseph Greenberg en 1963, cette famille n’est pas considérée comme homogène par d’autres spécialistes, qui la taxent de « poubelle de Greenberg » parce qu’on y trouve des langues parlées depuis le paléolithique en Nubie, au sud de l’Egypte, au Soudan et une partie de la Libye et du Tchad. Leur point commun : elles n’appartiennent à aucun des autres grands groupes identifiables de langues africaines.

Vient enfin la famille originelle des langues Khoisan (35 dialectes en voie de disparition, avec 100 000 locuteurs seulement en Afrique du Sud, Namibie et Botswana). Ce dernier pilier en nombre a sans doute été le premier dans l’histoire de l’Afrique. Il a donné à l’Afrique du Sud sa devise nationale : « !ke e: /xarra //ke », « les peuples divers vivent ensemble ». Cette retranscription, qui pourrait aujourd’hui faire penser à un langage informatique, tient compte des différents clics propres au Khoisan, et qui eux, ne se sont pas perdus. On les retrouve en isixhosa (8 à 9 millions de locuteurs), une des grandes langues bantoues d’Afrique du Sud, célébrée par Miriam Makeba dans sa célèbre chanson The Click Song.

Auteur: Par Sabine Cessou – RFI

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