Une enquête approfondie pourrait compliquer le départ de Rio Tinto du projet Simandou

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Rio Tinto suspend un de ses dirigeants soupçonné de corruption à Simandou

(Agence Ecofin) – Rio Tinto, deuxième plus grande compagnie minière au monde, a suspendu son directeur du pôle «énergie et minerais», Alan Davies, suite à la découverte d’un échange de courriels, datant de 2011, qui laisse penser que ce dernier a eu recours à des actes de corruption sur le projet Simandou dont il était le responsable à l’époque.

La compagnie a expliqué, dans un communiqué, après une enquête interne, que les courriels dévoilent «des paiements contractuels pour un total de 10,5 millions de dollars à un consultant fournissant des services de conseil sur le projet Simandou, en Guinée».

Une correspondance suspecte

L’échange de courriels, en question, révélé par Mediapart et relayé par Reuters ainsi que par d’autres médias, implique deux anciens PDG du géant minier, en l’occurrence Tom Albanese et Sam Walsh, en plus d’Alan Davies. Ces derniers y discutent du paiement de la somme mentionnée plus haut, à François de Combret, conseiller du président guinéen (Alpha Condé), ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée et ex-associé de la banque Lazard.

Si Rio Tinto, dans son communiqué, n’a pas confirmé les détails révélés par les médias, et a fait état d’un paiement contractuel, on ne sait exactement pour quels services de M. de Combret, ledit paiement a été effectué. Un des courriels fait référence, néanmoins, à «ses services uniques et irremplaçables et sa proximité avec le président guinéen».

Dans un échange où Davies dit avoir parlé à de Combret, il écrit : «Nous sommes parvenus à un point final, où François (de Combret, ndlr) a demandé un paiement de 10,5 millions $ pour les services de sécurisation des blocs 3 et 4 de Simandou». «Sam, j’admets que c’est beaucoup d’argent, mais j’avance aussi que le résultat que nous avons obtenu a été nettement amélioré par la contribution de François. Il s’est porté garant de notre intégrité quand il était nécessaire et a aidé à nous rapprocher quand les choses semblaient extrêmement difficiles.», poursuit-il. Dans la correspondance, M. Walsh a écrit qu’il n’y avait «aucun doute» sur le fait que M. de Combret ait été d’une utilité considérable.

Contactés par Reuters, aucun des intéressés n’a été disponible pour un commentaire.

Albanese a été démis de ses fonctions par le conseil d’administration de Rio Tinto, en 2013, après des investissements dans le charbon et l’aluminium, qui se sont transformés en milliards de dollars de dépréciations. Il a été remplacé par Walsh qui a pris sa retraite, en juillet dernier.

Une enquête approfondie pourrait compliquer le départ de Rio Tinto du projet Simandou

Si, dans son communiqué, Rio Tinto a déclaré avoir alerté les autorités compétentes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, un audit de corruption pourrait compliquer sa décision de quitter le projet Simandou. Rappelons, en effet, que le géant anglo-australien a récemment conclu un protocole d’accord pour vendre la totalité de sa participation à son désormais ex-partenaire, Chinalco, contre un paiement de 1,1 à 1,3 milliard $.

«La société a fait une enquête interne et des gens ont été écartés, mais cela n’éclaire pas beaucoup sur la gestion éthique au sein de Rio Tinto», a déclaré le président de Transparency International Australia, Anthony Whealy.

Simandou Sud est un projet d’extraction de minerai de fer auquel est intégré un projet d’infrastructures de transport. Ce gisement de fer, à haute teneur (65,5% Fe), dispose d’une capacité de production annuelle s’élevant à 100 millions de tonnes, en pleine production, pendant plus de 40 ans.

Louis-Nino Kansoun

Source agenceecofen.com

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