Sommet du G7 au Canada : Donald Trump qualifie le premier ministre canadien, Justin Trudeau, de très « malhonnête » 

Justin Trudeau et Donald Trump au sommet du G7 au canada
Justin Trudeau et Donald Trump au sommet du G7 au canada

Alors que les pays du G7 avaient signé un compromis sur le commerce, le président américain a décidé de se retirer en raison de propos du Premier ministre canadien qu’il qualifie de «très malhonnête».

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Le G7 au Canada a tourné au fiasco samedi: d’un tweet rageur, Donald Trump a retiré son soutien au communiqué commun obtenu dans la douleur, rejetant la faute sur des propos du Premier ministre canadien Justin Trudeau qu’il a qualifié de «très malhonnête».

Après La Malbaie au Québec, le prochain sommet du G7 aura lieu à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, «à la fin de l’été 2019», a annoncé samedi le président français Emmanuel Macron à l’issue du G7 du Canada. Ce sera au tour de la France de présider le G7, à partir du 1er janvier. «Je souhaitais mettre à l’honneur une ville de province. Et c’est une ville qui m’est chère dans une région qui me l’est tout autant», a précisé M. Macron, qui s’est rendu plusieurs fois en vacances dans cette station balnéaire. Plutôt que le mois de juin traditionnellement choisi, le président français a évoqué la fin de l’été.
Dans l’un de ses revirements spectaculaires, le président américain a tweeté depuis Air Force One, qui l’emmène vers Singapour: «En raison des fausses déclarations de Justin à sa conférence de presse, et du fait que le Canada impose des taxes massives sur nos agriculteurs, travailleurs et entreprises américains, j’ai demandé à nos représentants américains de retirer le soutien au communiqué, tandis que nous envisageons des tarifs sur les automobiles qui inondent le marché américain!».

Donald Trump avait quitté le sommet depuis plusieurs heures, pour rejoindre Singapour où il doit rencontrer mardi Kim Jong Un. «Nous nous concentrons sur tout ce que nous avons accompli ici au sommet G7», a répondu le cabinet de Justin Trudeau dans un communiqué. «Le premier ministre n’a rien dit qu’il n’avait pas déjà dit auparavant, autant publiquement qu’en conversations privées avec le Président.»

Sauver la face

Concluant deux jours de débats laborieux à La Malbaie (Québec, est du Canada), Justin Trudeau avait réutilisé le terme d’«insultants» pour qualifier les taxes tout juste imposées par les Etats-Unis sur l’acier et l’aluminium importés, lors de sa conférence de presse finale. Et il avait promis d’y répliquer «sans sourciller».

Le tweet de Donald Trump fait voler en éclats la tentative du groupe des sept (Etats-Unis, Canada, Italie, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon) de sauver la face en publiant une déclaration commune sur le commerce. Ce texte pourfend le «protectionnisme», et s’engage à «moderniser» l’Organisation mondiale du commerce. Dans une scène un peu absurde, les équipes du G7 ont commencé à le distribuer au centre de presse installé à Québec alors même que la signature américaine était devenue caduque.

Que pesaient de toute façon ces quelques lignes difficilement négociées face à un Donald Trump prêt à toutes les confrontations pour réduire le déficit des échanges américains? Quitte à déclencher une guerre commerciale ouverte, comme le montre sa menace réitérée de taxer les importations de voiture.

Les Etats-Unis sont le premier marché étranger pour les marques européennes de voitures. L’Allemagne est particulièrement inquiète: les automobiles représentent en valeur le quart de ce que le pays exporte vers les Etats-Unis. La part de marché des marques allemandes pour le segment des voitures haut de gamme dépasse 40%, selon la fédération automobile allemande (VDA).

Les droits de douanes actuels sont effectivement différents entre l’UE et les Etats-Unis. L’Europe taxe les importations de voitures hors-UE, donc américaines, de 10%. Aux Etats-Unis, les Audi, Volkswagen et autres voitures étrangères sont frappées d’une taxe de 2,5%. «Pas étonnant que l’Allemagne nous vende trois fois plus de voitures que nous en exportons vers elle», a écrit le conseiller pour les questions commerciales de Donald Trump, Peter Navarro, dans une tribune récente dans le New York Times. Donald Trump s’est souvent plaint, en privé, de voir trop de Mercedes à New York… mais pas assez de voitures américaines dans les rues européennes.

«S’ils répliquent, ce sera une erreur»

«Nous sommes la tirelire que le monde entier pille. Cela va cesser», avait déjà tempêté le milliardaire de 71 ans avant de quitter un sommet où il est passé en coup de vent. Donald Trump a d’ores et déjà mis en garde les partenaires tentés de répondre à ses taxes: «S’ils répliquent, ce sera une erreur», avait-il dit à La Malbaie avant de partir, alors même que l’Union européenne ou le Canada ont confirmé des tarifs douaniers de représailles, dès juillet.

Le président français Emmanuel Macron a lui prévenu qu’il n’y avait «pas de changement» en ce qui concerne les contre-mesures européennes annoncées sur le bourbon ou les motos américaines. Ces tarifs sont leur réponse aux droits de douanes américains sur le métal.

Un «6+1» partiel

Comme lors de précédents grands sommets, Washington avait par ailleurs fait bande à part au Canada sur le climat, ne s’associant pas à un passage qui redit le soutien des six à l’accord de Paris de fin 2015.

Sur l’Iran, autre grande ligne de fracture, le groupe des sept s’engageait à empêcher Téhéran de développer l’arme nucléaire.

Le G7 appelait aussi la Russie à «cesser de saper les systèmes démocratiques» et à abandonner «son soutien au régime syrien». Mais il n’y figurait nul mot de la proposition provocatrice de Donald Trump de réintégrer Moscou à ce club qui l’avait exclu après l’annexion de la Crimée en 2014. Dans l’immédiat, la Russie est de toute façon plutôt occupée à accorder ses violons avec la Chine et l’Iran, à l’occasion de la réunion annuelle de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Malgré les sourires des dirigeants à la fin du sommet, le G7 a donc été dynamité par un Donald Trump qui goûte bien plus la confrontation bilatérale brutale que les longues négociations multilatérales. Jusqu’à provoquer le fiasco final de la rencontre.

Le président américain était arrivé le dernier et reparti le premier du cossu Manoir Richelieu, surplombant le fleuve Saint-Laurent. Il a aussi séché une réunion sur le climat. Donald Trump n’a jamais caché qu’il donnait la priorité à sa rencontre de mardi avec M. Kim. «C’est une occasion unique» d’arriver à un accord nucléaire avec Pyongyang qui «ne se représentera jamais», a-t-il assuré.

AFP

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