Mamadou Baadikko Bah cogne fort: « On va encore verser du sang pour absolument rien du tout. Ou uniquement monter les enchères et obtenir des avantages supplémentaires »

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MAMADOU BAH BAADICKO DE L'UFD
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Connu pour son franc-parler, le leader de l’Union des forces démocratiques (UFD), Mamadou Baadiko Bah, invité de la radio Lynx FM dans l’émission « Œil de Lynx », s’est prononcé, ce jeudi, sur les questions brûlantes de l’heure. Des extraits.

 Hommage à Assan Abraham Keita, directeur de publication du journal « Le Lynx »

Je l’ai connu en 2000, quand j’ai sorti mon livre. A l’époque, l’UFD était dirigé par le feu professeur Ibrahima Sow. Il était exceptionnel. Celui-là en était un. Il était attaché aux principes cardinaux de son métier. Il était d’une honnêteté extraordinaire dans son travail. Il était difficile de savoir son opinion quand il vous interviewait.

La Guinée est devenue un enfer pour ses habitants

« Notre pays sombre dans le chaos et la barbarie. Vous avez vu que chez nous, on vend des têtes, on coupe des têtes; on dépèce des corps, on viole des bébés. On est revenu à la barbarie à 6 000 ans en arrière. Le pays est en pleine décomposition physique et morale. Aujourd’hui, l’économie n’existe plus en dehors de la rente minière. Il y a une corrélation étroite entre la débâcle économique et l’explosion de la violence et la misère. Le pays est devenu un enfer pour ses habitants avec la pollution extrême et les ordures. C’est le symbole patent de l’échec de soixante ans d’indépendance. Autrefois, le riz quittait N’zérékoré pour Conakry. Nous sommes en pleine catastrophe économique, tout est à l’envers. A Labé, à cause de l’impunité et du vol des bétails, personne n’investit dans l’élevage du bétail.

Dans le domaine de l’agriculture, le président Alpha Condé, qu’on le veuille ou non, a fait des gros efforts en 2011, quand il a déboursé 300 milliards pour la paysannerie mais aujourd’hui, avons-nous du riz dans le pays ? Non, rien. Notre production régresse contrairement au Sénégal, qui tend vers l’autosuffisance alimentaire. La jeunesse n’est pas dans l’agriculture. Elle meurt, soit en voulant traverser la mer méditerranée. Soit, elle est à la recherche de l’or dans les contrées de Siguiri.

Nous sommes dans un système de condominium politico- ethnique

Le président Alpha Condé a des bons projets mais on raconte qu’on a fait l’année dernière 300 000 hectares d’anacarde mais c’est totalement faux. Il n’y a jamais eu toute cette culture. La bonne volonté du président est là mais on ne fait que raconter des bobards comme au temps de la première république. Le problème est là.

Nous sommes dans un véritable système de condominium politico- ethnique où l’élite politique s’est partagée le pouvoir et la bouffe. Ce qui fait que nous occupons, le plus souvent, le même rang que la Somalie, un pays en guerre depuis 27 ans. La Guinée ne relève plus de politologues, d’économistes, de sociologues, mais de psychiatres. La barbarie, l’insécurité et la terreur règnent presque partout. Aujourd’hui, je pose la question : quelle est la différence entre le pouvoir et l’opposition ? Si ce n’est le fait d’occuper le fauteuil. Aujourd’hui, notre élite a démissionné.

Pour moi, le président est le plus malheureux

Les causes de nos problèmes, c’est le système dans lequel nous nous sommes installés depuis 2010. Après la transition, on est rentré dans un système de condominium politico- ethnique, qui est en train d’achever la destruction du pays. On a fait fausse route. Au lieu d’aller de l’avant, on retourne arrière. A cette allure, c’est le président Alpha Condé qui est le plus malheureux. Il tempête, il crie, il menace. Aujourd’hui, il veut empêcher les gens de voler, que la corruption s’arrête mais rien avance. A un moment donné, il a voulu signer les décaissements de plus de 200 millions mais ça ne marche pas. Les milliards sortent tous les jours. Pour moi, il est malheureux. Vous avez vu la vente des vignettes, il a décidé d’y instaurer la transparence dans les recettes. Mais quel est le résultat ? Les fonctionnaires ont bloqué la vente des vignettes. Comme ça, les policiers pourront faire la fête. Pourtant, c’est une décision salutaire. Là, il est le prisonnier de son propre système.

C’est comme la décision interdisant la coupe abusive du bois mais le président a été obligé de reculer. Nous avons une véritable campagne environnementale dans nos campagnes. Puisque nous avons dispatché partout dans le pays des militants du RPG habillés en gardes forestiers. Ce sont eux, qui autorisent la coupe du bois moyennant d’argent. On coupe du bois partout, on fait du charbon partout.

Des manifestations de rue de l’opposition

La solution, c’est que chacun doit comprendre qu’on ne peut pas continuer ainsi sinon nous courons vers notre destruction totale. Les ONG ont disparu comme par enchantement. La Guinée est un trou, un panier percé. Nous devons sortir du parti- État. Il faut qu’on se retrouve, qu’on se regarde dans les yeux et qu’on se dise la vérité.

Dans un système ultra-corrompu où tout repose sur les avantages matériels ou le partage des privilèges, que voudriez-vous que ces manifestations donnent ? On va encore verser du sang pour absolument rien du tout. Ou uniquement monter les enchères et obtenir des avantages supplémentaires. Je n’en vois pas d’autres. La solution n’est pas là. Est- ce que l’urgence aujourd’hui, ce sont les élections. Enlever qui pour remplacer qui ? Vous avez vu les scandales dans toutes les mairies, opposition comme pouvoir. Quel vote-sanction dans un système comme le nôtre ? C’est un leurre. On doit faire un véritable dialogue national inclusif dans lequel on va décider comment sortir des soixante ans de catastrophe et de faux- départ.

Un décryptage de nos confrères de guineenews

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