L’opposition et les victimes du Camp Boiro se font voix : Le ‘‘sans état d’âme’’ d’Alpha Ibrahima Keira indigne

Le nouveau ministre de la Sécurité et de la protection civile n’a pas attendu d’être installé dans ses nouvelles fonctions pour annoncer ses couleurs. Alpha Ibrahima Keira promet d’être «sans état d’âme» dans le maintien de l’ordre public.

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Dès après sa nomination, le samedi 26 mai 2018, le remplaçant de Me Abdoul Kabèlè Camara s’est empressé à livrer ses sentiments dans la presse. «C’est avec une foi ardente et une volonté farouche que j’accepte cette confiance», a-til dit en substance, estimant que c’est une lourde responsabilité. Toutefois, il s’est engagé à jouer son rôle avec «zèle, compétence et loyauté» et à ne pas décevoir le chef de l’Etat. Sa nouvelle fonction, promet-il, «je l’assumerai sans état d’âme dans le respect des règles républicaines pour que l’ordre public soit une règle quotidienne de vie du peuple de Guinée». Cette déclaration n’aurait certainement pas suscité autant l’inquiétude des populations dans la situation actuelle marquée par la recrudescence de l’insécurité dans le pays avec le phénomène de kidnapping. Mais le passé de l’homme fait que l’opinion reste septique et redoute une déclaration empreinte de haine et qui ne tardera à se muer en action contre certains citoyens. Alerte Depuis 2010, 94 militants de l’opposition ont été tués lors des manifestations politiques à Conakry sans qu’aucune enquête ne soit faite pour traquer les auteurs de ces tueries et les sanctionner à la hauteur de leur forfaiture. Pour les opposants, le nouveau ministre de la Sécurité n’est pas à son premier dérapage, puisqu’il s’était montré favorable à une modification constitutionnelle pour offrir un 3e mandat à Alpha Condé. «On le connait très bien et on connait le rôle qu’il a joué en 2007 au temps de Lansana Conté. Il était l’acteur principal de la grève 2006-2007 et ça a coûté ce que ça a coûté au président Lansana Conté du point de vue légitimité. On sait qu’il a demandé à M. Alpha Condé ce poste en lui promettant qu’il va empêcher les manifestations et mâter les citoyens.

Je voudrais dire à M. Keira que nous l’attendons de pied ferme. Nous allons lui rappeler que les temps ont changé, les hommes ont changé, les époques aussi. S’il ne connait pas sa mission, nous allons lui rappeler qu’on est gouverné par la loi. Cette loi, c’est dans la Constitution qui donne le droit aux partis politiques de manifester», promet le président du groupe parlementaire Les libéraux démocrates. Indignation Rien qu’à entendre les propos – des menaces à peine voilées contre les opposants – de ce ministre dont le père, Karim Keira est présenté à tort ou à raison, comme un des tortionnaires au Camp Boiro, les victimes du régime de Sékou Touré sont terrifiées. Le président de l’Association des victimes du Camp Boiro, le député Fodé Maréga exprime, à propos, son indignation. «Nous sommes surtout choqués par la nomination d’Alpha Ibrahima Keïra. Keïra, c’est quand-même une famille qui a porté la mal-gouvernance, surtout l’atrocité dans ce pays. Le père était un tortionnaire du Camp Boiro. C’était un thuriféraire d’Ahmed Sékou Touré et nous savons les dégâts qu’il a commis dans ce pays. Nous avons vu son fils aussi agir sous Conté. En 2006, si le pays a été enflammé, c’est par le fait de ce Keïra-là. C’est quelque chose qu’il a apprise dans sa maison et ce sont les germes qui sont restées. Ce qui est difficile à admettre, c’est justement cela». Karim Keira, le père du nouveau ministre de la Sécurité qui promet d’être «sans état d’âme» fut membre de la Commission d’enquête du Camp Boiro, présumé responsable de la mort des milliers de personnes.

Avec Lepopulaire

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