La plume de Excellence Mohamed Mara: « Pour les propos tenus par un mort, on violente des vivants »

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Excellence Mohamed Mara espace Fm
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Ceux qui croyait encore à un Etat de droit respectueux des libertés fondamentales sont servis. De mémoire de guinéen, jamais les hommes de presse n’avaient fait l’objet d’atteintes aussi grave de la part d’un régime en place. Ces violences gratuites résultent du courroux d’un négus heurté par de folles rumeurs qui l’ont donné pour mort. Le présumé responsable ? un journaliste décédé et enterré la veille. Mais ce sont bien les vivants qui paient pour ce péché posthume.

Le masque est tombé. Désormais nul ne se méprend sur les penchants autocratiques d’un pouvoir qui va déclinant. Il y a longtemps que les annonces ne font plus recettes, bien au contraire. On ne s’en amuse même plus, mais elles irritent de par leurs contours farfelus et leur caractère opaque. Le mal-être des guinéens débouche plus souvent sur des manifestations violentes dans les rues de la capitale, et s’étendent comme une trainée de poudre dans les cités minières de l’intérieur du pays.
Face à la contestation qui se généralise, la fébrilité gagne visiblement les cercles de décisions de notre empire. Depuis le début de l’année, combien de secteurs ont-ils été secoués par les mouvements de grève ? D’autres s’annoncent et épouvantent le régime de notre négus, qui voit approcher les échéances fatidiques de rendez-vous électoraux et de revues de conventions paraphées avec les partenaires sociaux et politiques. Comment dans une telle ambiance peut-on dormir peinard, quand on caresse secrètement l’idée de rejoindre le jouissif sport continental de tripatouillage des constitutions ?

La société civile a été annihilée, les parti politiques phagocytés, les institutions inféodées, les religieux compromis et les communautés retournées les unes contre les autres. Les rares sons de cloches discordants à se faire encore entendre restent dans le milieu de la presse qui, quoiqu’on dise, reste plurielle et des plus dynamiques du continent. Et Alpha Condé le sait. Des manœuvres massives tendant à faire main basse sur la presse semblent être un maillon essentiel de la stratégie déployée pour son maintien au pouvoir après 2020. Parmi elles, des tentatives de rachats de fleurons médiatiques guinéens, l’assèchement de sources de financement pour les médias jugés rebelles, les rachats d’actions ou la création pure et simple de radios et télévisions par des dévoués du président.

Mais la tâche n’est pas aisée, et notre négus s’impatiente. Désormais on déploie ce qu’on sait faire le mieux, et depuis si longtemps : les rumeurs et l’intimidation. Sinon comment comprendre qu’un animateur radio, décédé et inhumé dimanche, puisse lancer une rumeur sur la mort du Chef de l’Etat le lendemain ? Curieusement, de nombreux journalistes affirment avoir été contactés très tôt lundi, pour leur demander s’ils étaient au courant de cette funeste nouvelle. Et les auteurs de ces coups de fils ne seraient autres que personnes haut perchées dans l’administration actuelle.

Notre présidence de la République, peu encline habituellement à communiquer sur quoi que ce soit, a fait preuve d’une promptitude qui a surpris plus d’un observateur. Une procession populiste dans les rues et écoles de Kaloum a vite fait de démentir les rumeurs et d’attirer la sympathie des plus sceptiques. Mais non, cela ne suffisait pas, et ne pouvait suffire les architectes de cette tragicomédie. Le bouc émissaire tout trouvé reste la presse privée et cela ne surprend guère. Sinon comment comprendre ces chansons à la gloire de l’armée guinéenne distillées tout le long de la journée de lundi sur les ondes de la radio nationale, rajoutant ainsi à la confusion et la psychose ? N’était-ce pas une autre maladresse, comme l’on a qualifié l’élément audiovisuel diffusé par le Groupe Gangan ? Le ridicule ne tue pas, et les morts non plus. Duplex s’en est allé, mais son péché d’outre-tombe empêche certains de dormir.

Les forces de l’ordre, ou aux ordres, ont démontré encore une fois leur science innée d’être au service de la République, celle incarnée par ceux qui se repaissent de notre sang et s’abreuvent de notre sueur. Notre justice a aussi admirablement joué sa partition en sanctifiant l’iniquité et l’injustice. Mais le prix du meilleur serviteur de la Nation revient indubitablement à la Haute Autorité de la Communication, dont les décisions sont mues par tout sauf la préservation d’une presse indépendante dans notre pays.

Ceux qui contestent les rapports sur l’état calamiteux de la liberté de la presse dans notre pays pourront toujours jaser, mais la réalité est là, froide et figée. Mardi, les masques sont tombés pour chacun. L’intérêt général a tenu devant la politique du ventre. Et c’est là tout l’espoir. Ces jeunes journalistes ont magnifié la force de la volonté et de l’intégrité, face à la violence gratuite, à la lâcheté et à l’injustice.

Il est bon de craindre la mort. Mais il est meilleur de la préparer en évitant de broyer les plus faibles. Car comme l’écrivait Saint Paul dans une lettre aux persécutés de Rome en +60, « il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement. »

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