Interview: Mouctar Diallo de NFD dévoile ses ambitions

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Mouctar Diallo NFD
Mouctar Diallo NFD
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Libreopinionguinee.com vous propose ci-dessous l’interview de l’honorable Mouctar Diallo président de NFD. c’est une interview de nos confrères d’Africaguinee Lisez plutôt.

CONAKRY- Le parti Nouvelles Forces Démocratiques dirigé par l’ancien Ministre Mouctar Diallo s’inscrit dans une nouvelle dynamique. Au terme de sa retraite tenue récemment dans la capitale Belge, cette formation politique s’est fixée de nouveaux objectifs. Dans cette interview exclusive accordée à notre rédaction, le leader des NFD, Mouctar Diallo, revient sur les conclusions de leur retraite à Bruxelles, et sur plusieurs autres sujets liés à l’actualité politique guinéenne. Sans tabou, l’ancien Ministre de l’élevage revient sur l’alliance entre son parti et l’Union des Forces Démocratiques de Guinée dirigée par Cellou Dalein Diallo…

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Honorable Mouctar Diallo

MOUCTAR DIALLO : Bonjour Monsieur Souaré !

Vous rentrez d’un séminaire du parti NFD dont vous êtes le leader, que pourrait-on retenir de ce conclave qui s’est tenu dans la capitale Belge ?

C’était une grande rencontre organisée à Bruxelles par l’ensemble des fédérations des NFD. Cette retraite a connu la participation des délégués et des responsables venus des fédérations de l’Amérique du Nord et du sud. Des pays européens, de l’Asie, de l’Australie et de l’Afrique. Et bien entendu une délégation du Bureau Exécutif venue de Conakry. C’est une rencontre qui nous a permis d’avoir trois jours de travaux intenses au cours desquels nous avons réfléchi globalement sur la situation de la Guinée, sur la gouvernance actuelle, sur l’opposition et bien sûr notre parti NFD. Il y a eu des débats houleux qui ont abouti à des conclusions qui seront entérinées par un congrès national extraordinaire qui sera tenu à Kindia les 30 et 31 Avril prochain. Entre autres conclusions, il y aura la participation aux élections communales et locales sous les couleurs des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD), la restructuration du bureau exécutif national. Voici entre autres des grandes décisions qui ont été prises. Ces grandes décisions, j’en suis sûr, permettront d’assurer davantage la visibilité des NFD et de renforcer ses capacités, mais aussi d’élargir et d’approfondir ses bases, tant en Guinée qu’à l’extérieur du pays.

Qu’est-ce qui a motivé l’organisation de cette retraite, qui n’était pas prévue ?

Il était opportun d’organiser cette rencontre parce qu’elle permettait de mettre ensemble toutes les structures du parti. C’est ce qui a motivé d’ailleurs son organisation en Europe plus précisément à Bruxelles. Il fallait faire aussi le bilan du parti NFD depuis sa création en 2008. C’était donc une belle opportunité de passer NFD à la loupe, afin de revoir son orientation. Comme je l’ai dit, ce bilan nous a permis de déceler nos faiblesses et de les corriger. Bien entendu il nous a permis aussi d’identifier nos atouts et les renforcer. C’est aussi dans la perspective de mieux outiller NFD en vue de lui permettre de jouer plus efficacement son rôle dans la construction d’une Guinée véritablement unie et prospère. Il était nécessaire qu’on fasse cette revue, sous la proposition de nos fédérations.

Votre parti NFD compte désormais défendre ses propres couleurs lors des prochaines consultations électorales. Peut-on dire que votre alliance avec l’UFDG c’est du passé ?

C’est vrai que NFD a eu trois alliances importantes avec l’UFDG à l’élection présidentielle de 2010. Des législatives de 2013 et à la présidentielle de 2015. Ce sont des alliances que nous assumons et pour lesquelles nous sommes fiers. Nous sommes convaincus des valeurs, des compétences incarnées par Elhadj Cellou Dalein Diallo qui est à la tête du plus grand parti politique de la Guinée, qu’est l’UFDG. Donc nous n’avons aucun problème à cela. D’ailleurs nous nous félicitons de ces alliances qui étaient fructueuses et qui étaient nouées sur la base de critères objectifs et pertinents, cela est un fait. De l’autre côté, nous estimons que maintenant, au regard d’un certain nombre de facteurs parmi lesquels nous constatons que maintenant, l’appréciation de l’importance d’un parti est faite sur la base principale du critère de participation aux élections (…), c’était d’ailleurs, l’un des arguments majeurs des responsables des fédérations, dire qu’aujourd’hui, il y a des partis qui sont considérés plus importants que les NFD sur le simple critère d’avoir participé à une élection, même si ces partis n’ont eu qu’1 % de l’électorat exprimé. Même si nous sommes convaincus qu’en dehors de l’UFDG et du RPG, il n’y a aucun parti en Guinée mieux structuré et mieux organisé avec des bases et des fédérations tant en Guinée qu’à l’Etranger comme NFD. Nous sommes théoriquement la troisième force politique. Mais dans l’opinion cela n’est pas perçue en tant que tel. Bref c’était l’un des arguments majeurs de gens qui ont souhaité, pour l’image, la crédibilité des NFD et pour le futur, de participer aux prochaines échéances électorales sous notre propre bannière. Nous allons bien entendu le faire et nous sommes convaincus que beaucoup de guinéens, de toutes les composantes de la Nation nous font confiance. Riche de cette réalité, nous sommes optimistes quant au futur des NFD.

Le parti NFD s’ouvrira t-il aux autres formations politiques pour d’éventuelles alliances ?

Oui, à condition qu’on aille sous les couleurs des NFD. C’est cela effectivement la décision majeure ; c’est de présenter des candidats au nom et pour le compte des NFD.

Vous revenez en Guinée, où vous trouvez une situation politique très confuse avec ces différentes manifestations annoncées par l’opposition pour dénoncer le non-respect des accords signés, mais aussi la libération des militants de l’opposition. Quelle appréciation faites-vous de cette nouvelle crise politique ?

La Guinée se porte mal et même très mal à cause de la mal gouvernance que nous connaissons actuellement. A cause notamment du pilotage à vue d’Alpha Condé et de son manque de clairvoyance et de leadership. Aujourd’hui tous les secteurs sont au rouge. Les guinéens sont plus divisés et ont faim. Ils sont malades sans pouvoir se soigner. Les populations sont frappées de plein fouet par le chromage. Nos étudiants et élèves sont victimes d’un système éducatif dégradé et dévalorisé. L’insécurité bat son plein, l’insalubrité nous déshumanise. Tout cela fait qu’aujourd’hui la destination Guinée n’est pas la bonne. Moi je viens d’un voyage. Pour l’anecdote, on a fait escale à Freetown, pratiquement une fois dans ce pays, l’avion s’est presque vidé de ses passagers notamment de tous les pays du monde. Tout cela montre que c’est l’impasse, caractérisée par la mauvaise gouvernance, de la violation constante de la loi, de la violation des droits humains et surtout, le non-respect des engagements pris par l’Etat, notamment la violation encore des accords du 20 Août qui prévoyaient entre autres l’assainissement du fichier électoral la restructuration de la CENI et de la tenue des élections communales et locales dans le premier semestre de 2016. Aujourd’hui, le processus électoral est enclenché mais sur fond d’un processus qui est déjà biaisé à travers la mise en place des démembrements de la CENI au niveau des communes, des préfectures et des sous-préfectures. Avec tous ses problèmes, nous constatons que nous sommes loin de sortir de l’ornière.

Selon vous ces manifestations annoncées par l’opposition pourront-elles faire fléchir le Gouvernement ?

Vous savez, un bon chef d’Etat ou un bon leader doit être à l’écoute de son peuple et des forces vives. Il a le sens de l’écoute et doit gérer le pays de façon inclusive avec des consultations par le respect des lois et des accords. Evidemment quand il y a des cris, il écoute et doit prôner le dialogue en vue de trouver une solution. Malheureusement, ça ce n’est pas Alpha Condé, il est complètement hostile et sourd au dialogue, il l’obstrue. Et quand il ne peut se soustraire des pressions et qu’il soit obligé d’organiser le dialogue, il viole systématiquement les conclusions issues du dialogue. Nous avons plusieurs fois souhaité le dialogue qu’il a refusé. Sinon, le conciliabule est l’instrument primaire du management de la gouvernance. C’est pour cela que l’opposition républicaine n’a que le seul moyen de manifestation pacifique prévue et garantie par l’article 10 de la constitution.

De nombreux observateurs prévoient l’échec de ces manifestations annoncées par l’opposition. Qu’en dites-vous ?

L’opposition est majoritaire dans ce pays.

N’empêche que beaucoup de personnes estiment que vous avez été désavoués avec les deux journées ville-morte ?

Ce n’est pas vrai. Personne ne peut dire que ces deux journées ville-morte, ressemblaient aux jours ordinaires. Il y avait une différence fondamentale, notamment au niveau de la circulation, au niveau de l’administration, au niveau des marchés. Cela veut dire que les populations favorables majoritairement à l’opposition ont suivi le mot d’ordre. Bien sûr qu’une ville morte ne peut pas réussir à 100%. Même si les gens le voulaient, avec la conjoncture actuelle dans laquelle croupis la population, à cause du quotidien très difficile même si les citoyens soutenaient l’opposition, il serait très difficile pour eux de rester à la maison sans aller travailler. Cependant la majeure partie des guinéens ont suivi le mot d’ordre des journées ville morte. Croyez-moi, nous allons continuer, non seulement par d’autres journées ville morte, mais aussi par d’autres formes de lutte plus efficaces pour amener Alpha Condé et son Gouvernement à entendre raison pour accéder aux revendications légitimes et légales de l’opposition républicaine dans l’intérêt des citoyens pour lesquels ils sont au pouvoir.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’opposition guinéenne est désorientée, désunie avec notamment les positions affichées par Lansana Kouyaté du PEDN et même Jean Marc Teliano récemment avec ces histoires de démembrements. Est-ce que tout cela pourrait concourir à faire réussir vos différents mouvements de protestation ?

Même au sein d’un seul parti politique, il peut y avoir des velléités et des différences de point de vue. A fortiori quand c’est une plateforme qui réunit plusieurs partis politiques qui n’ont pas fondamentalement les mêmes façons de comprendre. Mais rassurez-vous que l’opposition se porte très bien. Elle est renforcée par la venue de nouveaux membres. Vous parlez de Jean Marc Teliano, je vous informe qu’il a participé à notre dernière réunion. Le PEDN avait aussi son représentant en la personne de Monsieur Cissé. Nous sommes tous d’accord sur les points essentiels, notamment par rapport à la mise en place des démembrements et sur bien d’autres sujets. Je vous garantis que l’opposition ne sera jamais désavouée tant qu’elle est dans la voie de la défense des intérêts des populations, spécialement l’exigence de réduire le prix du carburant à la pompe qui va impacter sur le prix des produits des denrées de premières nécessités, qui va améliorer le pouvoir d’achat des guinéens. Ce sont des actions qui sont légitimes et qui montrent que l’opposition Républicaine est proche du peuple de Guinée et est soucieuse de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Il y a bien sûr des faiblesses que nous reconnaissons.

Lesquelles par exemple ?

L’opposition souffre souvent par son manque d’anticipation sur des questions très importantes. Mais c’est un problème que nous sommes en train de résoudre. Je pense que nous y arriverons parce que récemment nous avons mis sur place une charte qui prévoit la mise en place de quelques structures qui pourront travailler là-dessus.

Comment voyez-vous ce bras de fer entre Cellou et sidya Touré au sujet de ces démembrements ?

Il est clair que l’UFDG porte la position de l’opposition républicaine, partagée même par le PEDN qui pour l’instant n’est pas membre de l’opposition républicaine, mais qui est de l’opposition. Sur ce point, il y a une unanimité de l’ensemble des partis de l’opposition membres ou pas de la plateforme de l’opposition républicaine. Comme quoi, au regard des articles 27 et 30 de la loi portant ‘’charte des partis politiques en Guinée’’, l’UFR ne peut pas aujourd’hui se réclamer de l’opposition, dès lors qu’elle participe à la gestion du pouvoir et qu’elle soutient le pouvoir. Donc la loi, pour être simple, situe un parti dans l’opposition, c’est lorsqu’il ne participe pas au pouvoir et qu’il ne soutient pas ce même pouvoir. Et dans le cadre de l’UFR, ce n’est ni l’un ni l’autre, parce que l’UFR participe au gouvernement et soutient l’action du gouvernement. Donc l’opposition républicaine considère que ce qui est pour la mise en place des démembrements, l’UFR ne doit pas se situer du camp de l’opposition. C’est aussi clair que ça.

2020, c’est encore loin, mais de plus en plus des langues se délient sur une éventuelle volonté du président Alpha Condé à modifier la constitution. Ce qui lui permettrait de briguer un troisième mandat. Pensez-vous qu’une telle idée anime aujourd’hui le Président Alpha Condé ?

Moi je n’ai jamais voulu me mêler dans ce débat. Parce que pour moi ce n’en est pas un. Monsieur Alpha Condé, même s’il le voulait, il ne peut pas modifier cette norme de la constitution pour briguer un troisième mandat, c’est vraiment impossible. La constitution guinéenne contrairement à d’autres, où des chefs d’Etats ont modifié ou ont tenté de modifier l’article fixant la durée et le nombre de mandats, comme c’était le cas du Burkina-Faso où cet article n’était pas verrouillé. Donc juridiquement le parti au pouvoir pourrait engager une procédure prévue par la constitution en vue de modifier cet article. Mais dans le cas guinéen, cet article est verrouillé, le nombre et la durée du mandat, comme le caractère laïc, républicain (…), d’autres aspects sont verrouillés. Cet article ne peut faire l’objet de modification. Donc pour moi ce n’est pas du tout un débat, c’est impossible même si Monsieur Alpha Condé voulait et avait ce rêve, malheureusement il serait obligé d’aller dans un autre pays.

Croyez-vous à une victoire de l’opposition en 2020 ?

C’est clair qu’il y aura une alternance. Parce que primo, Monsieur Alpha Condé, c’est sûr qu’il ne pourra pas être candidat. Secundo il n’y a pas un leader charismatique du côté de la mouvance présidentielle actuellement pour être candidat du RPG-Arc-en-ciel. Donc cela contribuera à créer des conditions pour une transparence, surtout que nous savons qu’actuellement que l’opposition regorge en sein des leaders charismatiques, visionnaires, patriotes et qui bénéficient de la confiance des millions de guinéens. Donc pour moi, il est évident qu’il y aura une alternance au pouvoir en 2020 dans l’intérêt du peuple de Guinée.

Merci Honorable !

C’est moi qui vous remercie !

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou

Source Africaguinee.com

 

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