Gouvernance en Guinée : le changement est bel et bien reporté

Le pessimisme vit dans nos murs et ne sera pas délogée de sitôt. L’annonce d’un nouveau gouvernement proche du peuple avait donné un brin d’espoir, de voir imprimer une nouvelle dynamique à la gouvernance actuelle. Les premiers signaux semblent bien confirmer la règle : le changement n’est pas pour demain !

Seul notre angélisme collectif nous incitait encore à espérer un changement radical dans la gestion du vieil opposant-président, hébergé depuis sept ans et demi au palais Sékhoutouréa. Il semble d’ailleurs que les vieux fantômes de ces lieux aient décidé de réhabiliter la mémoire de ceux que l’actuel hôte avaient passé des décennies à pourfendre.

Le père de l’indépendance de la Guinée a lui été blanchi dès les première heures du pouvoir d’Alpha Condé, quand celui-ci avait annoncé qu’il prenait la Guinée là où l’avait laissée Sékou Touré. D’ailleurs il semble bien partager le penchant prononcé de son prédécesseur à vouloir tout régenter, et surtout mouler les libertés publiques à sa convenance.

Pour le feu Lansana conté, ce fut plus long et plus fastidieux, tant de leur longue cohabitation est née une rancœur tenace chez le chef de l’Etat actuel. Des diatribes contre le défunt général, on est passé aux philippiques contre ses opposants, pour la plupart anciens dignitaires de l’ère du Lion de Bouramaya. Mais là aussi la réalité l’a rattrapé. Les ténors du régime Conté sont devenus les principaux orfèvres des maigres acquis de sa gouvernance. Et même, il vient de porter au pinacle l’un de ses emblèmes, dans ses réussites comme ses difformités.

On peut s’interroger logiquement sur ce que combattait Alpha Condé pendant quarante longues années. Tout porte à croire qu’il ne s’agissait nullement des systèmes de gouvernance qui ont mis le pays à genou et dont, par ailleurs, il s’échine à dupliquer les égarements. Peut-être que la lutte contre ceux qui l’empêchaient de réaliser son ambition d’occuper le fauteuil présidentiel a-t-elle fini par subjuguer celui qui a fait rêver des générations entières d’assoiffés de démocratie.

L’ethno stratégie embryonnaire de ses prédécesseurs a atteint sa pleine maturité sous son règne. Désormais la seule chose qui compte est la préparation de prochaines élections, pour lesquelles on n’hésite pas d’enflammer le tissu social, de vider les caisses de l’Etat et de mettre en péril l’avenir du pays. Le changement tant espéré est renvoyé aux calendes grecques ! Et ce n’est pas l’arrivée de Kassory à la primature qui changera la donne.

D’abord parce que personne ne change après huit ans à la tête d’un pays. L’apprentissage du pouvoir a duré si longtemps que la priorité semble bien accordée à sa conservation. Trente mois seulement avant la fin de son deuxième mandat, le président de la République ne donne aucun signe sur sa volonté de se plier aux dispositions constitutionnelles qui le contraignent à s’en aller en 2020. Bien au contraire, ses discours de plus en plus énigmatiques laissent peu de doute sur ses réelles intentions.

Ensuite parce que la gestation du gouvernement Kassory dans la cacophonie ne laisse pas présager de lendemains placides. L’arrivée mouvementée d’un ancien porte-parole de l’opposition, et la nomination d’un hyper ministre des affaires présidentielles interrogent sur la stabilité de ce gouvernement dont l’alter ego, celui des ministres conseillers à la présidence, semblent plus étoffé et plus proche du président.

Enfin, parce que Kassory Fofana représente plus la continuité de l’ancien et présent système, qu’un véritable gage de rupture. Son principal handicap risque bien d’être l’inflexible Alpha, qui ne le laissera pas caresser longtemps son rêve de lui succéder en 2020. Ni les leviers des finances ni ceux du pouvoir ne lui appartiennent. La vieille garde du parti présentiel qui occupe des postes stratégiques tout autour de la table de décisions veille au grain ; et peut compter sur sa jeunesse et ses femmes, alliées de circonstance qui se sont vues omises par les derniers actes présidentiels.

Il ne pourra d’ailleurs pas compter sur une paix des braves avec l’opposition dont le chef de file, loin d’être dupe, sait pertinemment qu’une triomphe du premier ministre compliquerait ses propres calculs dans la perspective de 2020.

Kassory tient donc la barre gouvernementale, mais la main qui dirige le navire est de fer fondu, même si on lui laisse croire qu’elle est de velours.

Mohamed Mara 

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