Election Présidentielle du 11 Octobre 2015 : La Vérité doit être dite, la justice appliquée

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La Guinée vient de connaître un moment fort important de sa vie politique, à savoir la tenue le 11 Octobre 2015, du scrutin présidentiel. Suivant la Constitution, Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, il est procédé, dans un délai de 14 jours, à un second tour.
Avant, pendant et après le scrutin, le pouvoir a été accusé de l’organisation d’une fraude massive aussi bien par une partie de la classe politique, par la société civile, que par des observateurs internationaux et experts envoyés auprès de l’institution électorale.
Pour mieux comprendre et pouvoir faire un jugement exhaustif, il est nécessaire de comprendre la notion de fraude électorale.
La fraude électorale implique toutes les irrégularités électorales ; par exemple, les opérations électorales elles-mêmes c’est-à-dire, le bourrage des urnes avec des bulletins en faveur d’un candidat.
Elle concerne tous les processus ayant pour objet d’influer sur les résultats de façon à garantir ou favoriser un résultat voulu.
Comment cela peut- être possible ?
La fraude sur la composition du corps électoral se réalise lorsque des électeurs a priori défavorables sont désinscrits volontairement du fichier électoral, alors que des électeurs a priori favorables à un candidat sont inscrits. Cette stratégie est en général mise en pratique conjointement et nécessite, pour son accomplissement, la complicité des services administratifs à la base.
La fraude sur l’organisation du bureau de vote :
Cette fraude vise le bourrage de l’urne. Dans ce cas, les bulletins de vote supplémentaires sont introduits dans l’urne avant l’ouverture, pendant le vote (introduction de plusieurs bulletins en même temps), ou après même le vote et cela en faveur d’une liste ou un candidat. Outre cette hypothèse, la fraude peut aussi consister à ne fournir pour l’un des partis en présence que des bulletins tachés ou endommagés ou facilement en dommageables de façon à les considérer comme nuls suivant les normes électorales en vigueur.
L’autre variante de cette espèce de fraude, c’est la maintenance défectueuse des machines. Il est dès lors difficile de prouver la fraude. La malchance ou la fatalité est invoquée pour camoufler cette fraude tant il est vrai que le problème concerne indistinctement l’ensemble des candidatures.

La fraude relative à la proclamation des résultats :
Le cas concerne une proclamation irrégulière des résultats. Il s’agit d’un vote souvent réalisé dans plusieurs endroits comme c’est le cas de notre pays. Il suffit donc, pourvu que l’information circule mal, de se tromper volontairement sur les totaux sans toucher aux résultats intermédiaires pour obtenir des améliorations éventuellement suffisantes.
Dans cette hypothèse, il est conseillé de se méfier de tout délai entre la fin du scrutin et la proclamation des résultats tout comme de la centralisation excessive des résultats nécessitant le transport sur de longues distances des bulletins dépouillés et des documents de scrutinage.
Le transport est un moment favorable à la disparition d’une partie des bulletins.
La fraude portant sur la campagne électorale :
Elle se caractérise par une propagande inégale. Elle s’accomplit dans le cas où un candidat influence voire contrôle les médias telle qu’il lui est aisé de s’assurer la maîtrise du discours, de limiter et voire d’empêcher la propagande électorale des partis opposés, et ce, en ayant le monopole des télévision et radios d’État.
La fraude relative aux candidatures
Partout, les campagnes électorales sont caractérisées par des coups bas, et entre autres de la diffamation et de fausses nouvelles sur des candidats opposés. Il s’ensuit que les pays où l’information circule mal par exemple à cause d’une faible alphabétisation de la population ou d’un développement insuffisant des médias, sont particulièrement sensibles à la propagation de rumeurs et de toutes sortes de fausses nouvelles visant à discréditer les opposants ou leurs options politiques. Il s’agit donc de la manipulation des informations contre les opposants politiques pour les discréditer. Ce qui rend la propagande inégale.
La proclamation des résultats du scrutin :
La proclamation des résultats du scrutin présidentiel le Samedi 17 Octobre, la Commission électorale a proclamée le résultat final provisoire du scrutin, après avoir publié plusieurs résultats partiels. Au vu de ces résultats, le Président sortant Alpha Conde est proclamé vainqueur avec 57,85%. Ce qui donnera lieu à plusieurs dénonciations.
-Les diverses dénonciations des résultats du scrutin se caractérisent par une gestion chaotique du scrutin, des violences, des fraudes et des Intimidations des électeurs. De nombreuses voix se sont élevées pour les critiquer. On relèvera avec intérêt les réactions virulentes enregistrées tant sur le plan national qu’international.
Au plan national, la réaction de quelques partis politiques ou candidats au scrutin, et celle de la société civile.
Plusieurs partis politiques ou candidats au scrutin ont dénoncé ces résultats qu’ils qualifient d’irréguliers. On peut citer notamment l’UFDG, l’UFR, BL, PEDN etc…
Ils considèrent que la proclamation faite par la Commission Électorale Nationale Indépendante est une proclamation irresponsable et contraire à la réalité. Selon eux, la CENI manœuvrant maladroitement a tripoté les résultats les rendant ainsi inacceptables et cela est une provocation. Il s’agit d’une tentative d’embrigader la démocratie. D’étouffer la voix du peuple. La sanction populaire a décrété l’alternance politique donc Le pouvoir doit changer de main.
la fraude électorale massive orchestrée par la CENI, réalisée notamment au travers le bourrage d’urnes avec des bulletins du candidat Alpha Conde, la délivrance des cartes d’électeurs à des mineurs, et la non prise en compte de certains électeurs sur les listes électorales, Le déplacement de certains bureaux de vote, le dédoublement d’autres et la localisation imprécise de nombreux lieux de vote, l’insuffisance des bulletins de vote dans
plusieurs bureaux, l’ouverture tardive des bureaux, affichage tardif des listes d’électeurs et électrices et omission des noms des électeurs, manque d’isoloirs dans certains bureaux de vote, la perturbation de l’ordre dans des bureaux de vote par certaines autorités, députés et militants de certains partis politiques, confiscation et détention illégale des bulletins de vote par certaines autorités politiques ou administratives pour des fins inavouées, vote confirmé des mineurs en haute Guinée, absence des listes électorales dans certains bureaux de vote, découverte des bulletins pré-remplis en faveur du candidat Alpha Conde,l’insécurité dans certains centres de vote avec l’arrestations des membres de l’opposition semant la panique dans le chef des électeurs, acheminement tardif des bulletins de vote dans certaines localités ;
La majeure partie des populations guinéennes considère pour sa part que les résultats de la présidentielle en République de Guinée ne sont conformes ni à la vérité ni à la justice. Il y a ainsi un réel problème de crédibilité de ce scrutin.
Au plan international, les observateurs internationaux(UE) et africains envoyés dans le cadre de ce scrutin, ont dans l’ensemble dénoncé les irrégularités palpables perpétrées le 11 Octobre. Aujourd’hui, ils demandent à la CENI de bien vouloir afficher les résultats par bureau de vote. Ce qui signifie qu’ils doutent de la fiabilité des résultats donnés par cette dernière. Les résultats provisoires restent caractérisés par un manque de transparence.
Dans ces conditions, il y a lieu de suggérer quelques pistes de solution pour faire respecter les résultats des urnes du scrutin.
D’abord, Conformément à la loi électorale, la première reste le recours par la voie légale, à savoir pour chaque candidat ou parti politique d’introduire, devant la Cour Constitutionnelle, un recours en contestation des résultats proclamés.
La possibilité d’obtenir de cette haute instance un arrêt objectif et rendu de manière impartiale et transparente n’est pas certaine car, accusée d’être une juridiction acquise au candidat Alpha Conde.
La preuve de cette allégeance a été démontrée par cette juridiction. Saisie d’un recours introduit par les candidats afin d’obtenir le report du scrutin pour une semaine pour permettre la rectification des anomalies du processus, celle-ci rendra son arrêt avec un rejet de la demande.
Ensuite, face à l’incertitude créée par la voie judiciaire susmentionnée, il y a lieu de suggérer le recours à la médiation internationale. Il convient de mettre en place très rapidement une équipe des médiateurs aussi bien de l’ONU, de l’Union africaine, de l’Union européenne et de la société civile guinéenne. Cette structure aura notamment pour mission de concilier les divergences entre les parties afin d’aboutir à une solution équitable et susceptible de tenir compte principalement de vrais résultats des urnes.
Enfin face aux allégations de la fraude électorale, il est important de rappeler qu’on ne peut bâtir un État de droit sans que les auteurs de cette fraude, peu importe leur statut social, ne soient poursuivis et sanctionnés pénalement.
A nous de choisir la voie à suivre.

Alpha Souleymane Diallo
Secrétaire National Chargé des Projets et Programmes des Nouvelles Forces Démocratiques(NFD)

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