Décryptage et analyse des discours d’Alpha Condé et du ministre du Budget au Forum international sur la mobilisation et l’utilisation efficace des ressources intérieures

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Aliou Pour le ministre du Budget : « La mobilisation des ressources domestiques et sa gestion efficace apparaît aujourd’hui comme un défi majeur et urgent à relever en vue de répondre efficacement aux enjeux de développement ».
« La Guinée a enregistré des progrès notables ces derniers temps, notamment dans le domaine de la stabilisation du cadre macroéconomique et des finances publiques; la conclusion de la huitième et dernière revue de performance de l’économie nationale, etc. ».
Sur le principe, je suis d’accord avec vous Monsieur le Ministre, mais la réalité démontre que vous avez mené des actions contraires à ces déclarations car les indicateurs de performance retenus pour délivrer ces satisfécits sont loin d’être exhaustifs. Ils se sont limités à des secteurs appréciés de façade (mine, agriculture, énergie).
L’essentiel de ce que vous avez fait, c’est de geler les investissements publics (dépenses publiques d’investissement) et augmenter lourdement les taxes et impôts. Ce qui sur le court terme arrange l’État car il retire l’essentiel des ressources disponibles des ménages pour thésauriser lui-même afin de satisfaire ceux qui viendront évaluer l’état de la caisse, c’est-à-dire le FMI et la Banque mondiale.
Et nul n’a besoin de démontrer que sans investissement, il n’y a pas de création d’emplois donc pas de revenus versés en conséquence. Ainsi la pauvreté trouve son eldorado en Guinée. Sur le moyen et long termes, c’est une mesure qui s’avérera inefficace car appauvrissante pour les ménages, dissuasive pour les entreprises qui verront la demande baissée de façon considérable et par voie de conséquence seront dans l’obligation de réduire leurs charges à travers des licenciements massifs et les investissements en capital financier.
Le risque pays sur le plan politique et institutionnel, le manque d’infrastructures, le faible niveau du système éducatif ne sont pas des signes encourageants pour un véritable décollage. À cet effet, les partenaires continueront de se satisfaire de vos « progrès », tandis que la population va continuer de tirer le diable par la queue (à condition que lui aussi ne fuit pas la Guinée).
Les performances dont vos faites référencent nous permettront juste d’être éligibles à des programmes pour accéder à ressources de survie. Je vous recommande d’être un peu plus ambitieux dans les objectifs et être moins démagogue sur des choses qui ne valent pas la peine.
Pour le Président Alpha Condé, « réussir le développement de son pays suppose qu’on doit savoir mobiliser ses ressources et réduire sa dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. Il faut compter sur le principe de notre propre force, c’est-à-dire l’investissement national doit être l’essentiel et les apports extérieurs, le complément ».
« Quand les impôts vont dans les poches de ceux qui ramassent les impôts, on ne peut pas demander aux gens de payer les impôts (…). Mobiliser des financements privés va de paire avec la création d’un environnement propice aux affaires. Malheureusement, notre ministère des Finances n’est pas organisé dans ce sens. Pendant que les autres cherchent à attirer les investisseurs, nous, nous avons créé ce que nous appelons ticket d’entrée. Comment voulez-vous attirer les gens si vous leur demandez déjà de payer quelque chose ? », ajoute-t-il.
Selon Alpha Condé, « le grand défaut de la Guinée est que nous avons peur de nous endetter. Malheureusement, s’endetter pour les dépenses de fonctionnement est totalement dangereux et inopérant. Mais, s’endetter pour un réinvestissement, c’est ce qui va faire avancer un pays (…). Le problème de la Guinée est qu’on surimpose le secteur informel au point de l’asphyxier et on délaisse son soutien. En tant que professeur des Finances publiques, je sais que l’impôt tue l’impôt ».
Puisque vous-même, pour la énième fois, vous admettez que le service d’impôt ne fonctionne pas et que les guinéens par conséquent ne doivent pas s’en acquitter car sa contrepartie équivalente c’est-à-dire le service public n’existe quasiment pas, je pense que ce débat est clos car vous montrez ainsi votre incapacité à reformer l’un des secteurs les plus importants de la gouvernance globale d’un pays ambitieux. Le contribuable guinéen doit lire entre les lignes de vos déclarations et refuser d’enrichir des individus à la place de l’État.
Concernant le ticket d’entrée et de la caisse unique, je rappelle que vous les avez vendus comme une invention guinéenne et exhiber comme étant le plus grand trophée de votre gouvernance. A cet effet, vous n’êtes plus crédible de présenter cette « réforme » comme étant un obstacle aux investissements étrangers.
Déjà que vous effectuez beaucoup de voyages couteux qui n’ont encore rien rapporté de substantiel en matière d’investissement car vous n’arrivez ni à séduire ni à rassurer, étant donné que tout est question de confiance et d’opportunités. Le fonctionnement et la composition du ministère des finances sont non seulement à l’image de votre vision mais aussi le résultat de vos propres décisions.
Les guinéens n’ont pas peur de s’endetter, l’Etat non plus. Le problème est qu’il ne suffit pas de vouloir s’endetter, il faut plutôt être crédible pour le faire. Avec un environnement des affaires propice, un système bancaire profondément reformé, une administration plus efficace, une gouvernance de qualité etc., vous aurez ainsi augmenté les possibilités de ramener la crédibilité et le reste se fera tout seul. L’État n’arrive même pas à s’acquitter de sa dette intérieure, à se discipliner sur le plan budgétaire, à faire fonctionner ses institutions. Alors que ceci constitue autant de facteurs qui décrédibilisent notre pays et qui ne le permettront pas d’accéder à des crédits à l’interne à plus forte raison sur le marché financier international.
Même votre discours a une influence positive ou négative (c’est selon sa qualité) sur la psychologie des agents économiques et du marché. Sur le dernier point, j’ai la forte impression que le « Professeur de finances publiques » ne sait pas de quoi il parle. Comment imposer, surimposer (j’utilise votre terme) ou soutenir un secteur qui n’est n’a ni structure ni répertoire donc a priori qui n’existe pas officiellement ? Alors pour recadrer bien les choses il faut juste rappeler que l’économie informelle par définition désigne l’ensemble des activités productrices de biens et services qui échappent au regard ou à la régulation de l’Etat. C’est donc un secteur non structuré dans une économie. Elles sont favorisées par l’existence de dysfonctionnements résultant d’un contexte structurel ou des pratiques de certains agents économiques
Le secteur informel ne se soucie pas du tout de la tenue d’une comptabilité régulière normalisée. Dans ce secteur, la gestion du patrimoine investi des entreprises est à confondre avec la gestion du ménage de l’exploitant propriétaire. Les structures informelles évoluent en dehors de toute norme de régulation ou du comportement convenu. C’est pourquoi devant une simple descente de policier ou d’un agent de l’administration fiscale, les opérateurs de ce secteur disparaissent de la nature pour émerger ailleurs, ou revenir sur le lieu après quelques jours. Alors certains agents peuvent tirer parti de leur position ou de leur situation pour en profiter : La finalité et le fonctionnement des activités peuvent être détournés par des pratiques de corruption, d’abus de position dominante, voire de détournement. A travers ses caractéristiques il est a noter que les activités du secteur informel présentent la particularité d’échapper au cadre légal qui régit l’économie d’un pays à savoir : l’obligation fiscale, formalités administratives, etc.
Ces activités sont les produits de l’imagination créatrice populaire dans la satisfaction des besoins spécifiques nés de l’urbanisation, face à l’incapacité de l’Etat à créer les conditions nécessaires pour fournir un travail salarié légal à l’ensemble de la main d’œuvre disponible. En général, l’Etat a toujours une attitude ambigüe face à ce secteur, oscillant entre la répression et la tolérance. L’une des preuves en est qu’a la veille de la dernière élection présidentielle, le ministre de l’aménagement de la ville Louncény Camara avait lancé à cout de milliards une vaste campagne de déguerpissement dans toute la ville de Conakry qui s’est soldée par un échec car mal réfléchi et planifiée. C’était plutôt un tape-à-l’œil politique et un moyen de détournement de fonds publics. ll a été d’ailleurs reconduit avec vos aimables félicitations.
Voici quelques conséquences de l’économie informelle:
Ce secteur prive l’Etat de ses revenus car il constitue un frein dans la maximisation des recettes fiscales et de ce fait prive le trésor public des possibilités de réaliser des entrées importantes.
Il donne lieu à l’évasion fiscale généralisée a travers le travail au noir qui facilite et favorise cette évasion.
Il est une expression du mépris des lois donc remet en cause la légitimité de l’Etat et l’équilibre de l’administration.
L’informel se traduit aussi par le non rapatriement des devises, la difficulté d’accès au système bancaire, la thésaurisation, la fixation de prix fantaisistes. Choses qui peuvent entrainer un profond dérèglement du système économique national.
Son existence crée un risque de développement d’une économie criminelle (drogue, prostitution…).
Je trouve toujours bien d’organiser des forums, des colloques d’échange et de réflexion. Mais c’est quand cela ne sert pas juste à un formalisme pour avoir des points auprès de l’opinion publique. La contribution de chacun est importante à travers des critiques objectives et des propositions constructives.
Et pour réussir cela, le président de la République doit préparer avec ses conseillers une participation à la hauteur des attentes et de la fonction qu’il occupe au lieu de nous déclarer ce que tout le monde maitrise et dit tout le temps ‘’trop d’impôt tue l’impôt’’.
Par Aliou BAH
Consultant et Directeur de communication du Bloc Liberal

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