Déclaration de (L’UFD): Le coup d’Etat comme unique voie de l’alternance en Guinée, Mamadou Baadiko Bah

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Photo de Baadiko
Mamadou Baadiko président (UFD)
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Mamadou Baadiko président (UFD)

Après 9 jours de discussions sans aucun accord sur les quatre premiers points de l’ordre du jour, l’Opposition républicaine a décidé le 26 juin 2015 de suspendre sa participation au Forum de dialogue gouvernement-opposition. Face à l’intransigeance du pouvoir, l’impasse est totale, avec tous les risques d’un coup de force électoral du RPG et les conséquences graves qu’un tel forfait peut engendrer. Cette situation pleine de dangers pour notre pays, ses populations et toute la région ouest-africaine, interpelle tous les patriotes guinéens ainsi que la communauté africaine et internationale

Nous présentons ci-après nos propositions de sortie de crise.

Le coup d’Etat comme unique voie de l’alternance en Guinée 

On peut affirmer que dans l’histoire de la Guinée, la dernière élection libre et transparente remonte au référendum du 28 septembre 1958 qui avait ouvert la voie à l’indépendance le 2 octobre 1958.

Depuis cette époque et jusqu’au coup d’Etat militaire et policier du 3 avril 1984, le pays a vécu sous le régime dictatorial et sanguinaire du parti unique, le PDG. Dans ce système plus ou moins copié sur le modèle totalitaire soviétique, il n’y avait pour ainsi dire jamais d’élections si ce ne sont celles organisées par le parti, par acclamations ou à main levée, le plus souvent avec un candidat unique.

Conformément aux promesses faites par les militaires, une Loi fondamentale a été votée par référendum en 1990 pour asseoir les bases d’une démocratie pluraliste. Le suffrage universel et secret a été réintroduit. Effectivement, toutes les apparences de système électoral démocratique étaient là : cartes d’électeurs, listes électorales, vote à bulletin secret, urnes transparentes, etc. Mais dans les faits, le PUP au pouvoir s’est illustré par des pratiques de truquage systématique, d’utilisation abusive du pouvoir étatique pour se forger des résultats électoraux favorables et le recours à une corruption effrénée. Ce système prétendument démocratique a duré 24 ans sans jamais avoir permis une alternance au pouvoir du PUP qui fut renversé par le coup d’Etat du 22 décembre 2008 à la disparition du Général Lansana Conté.

Sous la pression de l’opposition qui avait décidé du boycott systématique des élections et avec le soutien de la communauté internationale, en 2004/2005, le principe de la mise en place d’une commission nationale électorale indépendante a été adopté. Le bulletin unique a été introduit. Le ministère chargé de l’intérieur ne devait plus superviser les élections, mais simplement appuyer la CENI.

A l’arrivée au pouvoir du CNDD, cette CENI paritaire (pouvoir, société civile et opposition) a pris en charge l’organisation de toutes les élections. Malheureusement, même avec la CENI indépendante en théorie, les pratiques antérieures du PUP ont continué. L’organisme censé être indépendant n’a fait qu’exécuter les basses œuvres du pouvoir ou de groupes occultes, tout en remplissant copieusement les poches de certains de ses membres. Les élections présidentielles de 2010 ont été émaillées de fraudes, d’irrégularités massives. La CENI était tellement discréditée qu’il a fallu recourir aux services d’un assistant dépêché par la Francophonie pour terminer le processus.

Le RPG au pouvoir : le changement dans la continuité

Le RPG au pouvoir depuis 2011 a pérennisé et perfectionné le système de fraudes massives et de corruption trouvé en place. Le summum a été atteint lors des élections législatives du 28 septembre 2013 au cours desquelles le nouveau pouvoir s’est fabriqué une majorité factice à l’assemblée des députés, en se faisant accompagner par des partis fantoches sans aucune assise populaire. Toutes les irrégularités ont été commises sous couvert d’une CENI totalement sous la coupe du pouvoir, en utilisant la puissance publique qui viole en permanence la constitution et les lois régissant les élections. De ce fait, la CENI qui s’abrite derrière des textes presque parfaits mais jamais appliqués, s’est complètement disqualifiée pour organiser des élections crédibles en Guinée.

La justice elle aussi aux ordres s’est explicitement déclarée incompétente pour sanctionner les violations de la loi par le pouvoir exécutif. Pire, beaucoup de juges impliqués dans les opérations de centralisation des votes ne sont que de vulgaires agents électoraux du pouvoir. Certains d’entre eux ont bénéficié de promotions, en rétribution de leur forfaiture, au profit du RPG.

C’est cette situation de déni démocratique et de confiscation de la souveraineté du peuple qui a conduit la Guinée dans cette impasse politique actuelle, plongeant le pays

dans une crise économique et sociale profonde, des violences et des crimes sans fin, avec maintenant la circonstance aggravante de l’instrumentalisation de l’ethnicisme et de la division communautaire, avec tous les dangers que recèlent une telle politique pour la paix sociale et la pérennité de l’Etat unitaire.
Que faire à l’approche de l’échéance du quinquennat ?

Au nom de l’opposition républicaine, nous avons présenté au Forum de dialogue un mémorandum qui, chiffres officiels de l’Administration et de la CENI à l’appui, a disséqué le système très sophistiqué de fraudes massives mis en place par le pouvoir du RPG pour gagner haut la main n’importe quelle « élection » :

– Bourrage du fichier électoral par des inscriptions frauduleuses d’enfants ou d’étrangers dans les zones supposées favorables au pouvoir et limitation par diverses manœuvres, des inscriptions ailleurs. Les cartes d’électeurs des inscrits illégaux servent au bourrage des urnes et aux votes multiples, malgré l’encre supposée indélébile;

– Création massive de bureaux de vote dans les fiefs du pouvoir pour multiplier les bureaux fictifs ; annulation abusive des résultats de bureaux de vote dans les fiefs de l’opposition ; cette technique est complétée par de nombreux bulletins de vote annulés;

– Falsification et fabrication de procès-verbaux de bureaux de vote par le Ministère de l’Administration territoriale ; intrusion illégale de l’autorité administrative et des forces de sécurité dans tout le processus pour empêcher l’opposition de contrôler le déroulement du processus ;

– Corruption d’électeurs ; etc.

Face à ce système piégé, que faire pour corriger toutes ces anomalies et aller à des élections réellement libres, équitables et apaisées ? Comment éliminer du fichier électoral ces centaines de milliers d’enfants enrôlés illégalement? Comment normaliser les bureaux de votes ? Comment empêcher le pouvoir de mobiliser illégalement tout l’appareil d’Etat et la CENI au service de la fraude ? Comment tenir des élections libres, équitables et apaisées au milieu de ces milices tribales armées, les Donzos affublés du titre pompeux de chasseurs traditionnels et de guérisseurs. Quel gibier sont-t-ils entrain de chasser, sinon quels écorces ou racines guérisseuses sont–t-ils entrain d’extraire dans nos villes? Les prouesses criminelles de groupes armées sont bien connues depuis la guerre civile sierra-léonaise et ivoirienne. Un phénomène similaire continue depuis des décennies au Kivu (RDC). Même la justice internationale s’y intéresse. Ces bandes armées irrégulières dont personne ne sait qui les entretient et de qui ils reçoivent leurs ordres, doivent quitter définitivement les villes qu’ils ont envahies.

Comment ne pas faire de rapprochement entre la présence de ces milices dans certaines villes et le fait que le pouvoir se soit désormais doté d’un nouvel instrument juridique pour s’autoriser à commettre des massacres à grande échelle en cas de contestation de ses fraudes ?

La Conférence nationale souveraine – Vérité – Justice – Réconciliation incontournable

A la lumière de l’expérience des dialogues de 2007, 2009/2010, 2012, 2013 et 2014 et 2015, tout montre que dans les conditions actuelles on ne peut espérer au mieux de ce type d’exercice qu’une fuite en avant, un nouveau répit de courte durée. La Guinée, après presque soixante ans d’indépendance est un pays divisé, déchiré, meurtri, avec une population qui croupit dans une misère indicible. La jeunesse guinéenne constituant la majorité de la population est sacrifiée, sans éducation valable et sans avenir chez soi. Ce pays qui reste l’un des plus attardés, les plus violents et les plus corrompus d’Afrique est devenu un véritable fardeau pour la communauté internationale. Depuis 1958, la répression politique a déjà fait des dizaines de milliers de morts et de mutilés.

Si rien n’est fait pour en finir définitivement avec ce système dictatorial, au rythme des crises politiques et des violences, nous serons condamnés à être en perpétuelle transition, quitte à opérer de temps en temps des rafistolages et des retouches cosmétiques qui ne régleront jamais rien.

C’est ce constat sans appel qui a amené l’Union des Forces Démocratiques (UFD) à demander avec insistance depuis très longtemps, la convocation d’une Conférence nationale souveraine – Vérité, Justice, Réconciliation. Cette assise seule peut permettre au peuple de Guinée de se pencher sur son douloureux passé et de tirer toutes les leçons des erreurs et anomalies qui ont conduit le pays à cette décadence, à ces souffrances et de se sortir pacifiquement de cette crise multiforme et profonde. Loin d’être un forum de règlement de comptes, la conférence nationale sera un cadre de communion et de retrouvailles fraternelles. Elle produira in fine un véritable pacte national, permettant à notre pays de mettre fin à l’impunité, de rendre justice aux victimes, pour bâtir un véritable Etat de droit au service de tous, de renaître de ses cendres et de reprendre sa marche en avant vers le progrès, dans l’unité retrouvée et la liberté.

Nous appelons tout le peuple de Guinée, la société civile, les syndicats et les partis politiques et toutes les forces vives du pays à travailler ensemble afin de tenir ces assises dans les meilleurs délais. Nous ne doutons pas que si les Guinéens s’engagent sur cette voie de la raison et de la main tendue, ils pourront compter sur la solidarité et le soutien de leurs frères africains et de toute la communauté internationale.

Fait à Conakry, le 28 juin 2015

Pour l’UFD, le Président

Mamadou BAH Baadiko

 

 

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