COMMENT CONSOLIDER LES RELATIONS FRANCO-GUINEENNES DANS LES ANNEES A VENIR ?

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LES ACTES DU COLLOQUE

31/07/2016

COMMENT CONSOLIDER LES RELATIONS FRANCO-GUINEENNES DANS LES ANNEES A VENIR ?

GRAD-GUINEE et la TROISIEME DYNAMIQUE

Palais Bourbon, le 10/06/2016
COMMENT CONSOLIDER LES RELATIONS FRANCO-GUINEENNES DANS LES ANNEES A VENIR ?

Colloque GRAD-GUINEE – TROISIEME DYNAMIQUE

Assemblée Nationale – Paris le 10 JUIN 2016

GRAD-GUINEE et la TROISIEME DYNAMIQUE ont organisé le 10 juin 2016, au palais Bourbon, siège de l’assemblée nationale française, un colloque sur le thème : Comment consolider les relations Franco-guinéennes dans les années à venir ? Et sous le haut patronage de Madame Fanélie Carrey-Conte, députée du 20ème arrondissement de Paris et présidente du groupe d’amitié parlementaire Franco-Guinéen.

Dans son speech d’ouverture du colloque, Madame la députée Fanélie Carrey-Conte, adressera tout d’abord un message de bienvenue aux participants présents dans la salle Colbert et soulignera qu’il lui semblait important que les débats de cette nature avec les citoyens et la société civile puissent se tenir à l’assemblée nationale. Elle relèvera également l’importance de développer toutes les initiatives aussi bien associatives, économiques et politiques qui permettent de renforcer les relations entre la France et la Guinée.

Madame la députée reviendra sur l’épidémie à virus Ebola qui a affecté durablement la Guinée et indiquera qu’à l’occasion de la déclaration de la fin de cette épidémie, le 1er juin 2016, par l’organisation mondiale de la santé, que la France, par le biais de la secrétaire d’Etat Madame Annick Girardin a exprimé toute sa solidarité aux victimes et à leurs proches. Pour elle, la France devrait être aux côtés de la Guinée pour la reconstruction de son dispositif sanitaire.

Enfin, elle soulignera le récent voyage de Madame Ségolène royale, ministre de l’environnement français en Guinée pour le renforcement des partenariats sur des questions environnementales entre la France et la Guinée. Elle a conscience de la responsabilité particulière des pays les plus riches en direction des plus pauvres dans la pollution mondiale.

Ensuite Monsieur Moudjitaba Barry, Monsieur Joseph Kandet Coly et Monsieur Almamy Kaloko, initiateurs du colloque et membres de la TROISIEME DYNAMIQUE, prendront successivement la parole pour leurs interventions respectives.

Avant d’ouvrir les débats, modérés par Madame Indira Yanni Domingo de Indirah Events & Communication et Madame Sira Conde, présidente de l’association Une Chance Pour Tous et membre de la TROISIEME DYNAMIQUE, aux participants, trois principaux intervenants apporterons leurs contributions au thème du colloque à savoir, Monsieur Mamadouba Baadiko, président de l’Union des Forces Démocratiques (UFD), Monsieur Saikou Yaya Barry, deputé de l’Union des Forces Républicaines(UFR) et Monsieur Gilles Morisson, Consultant international. Nous vous livrons dans ce document in extenso leurs apports au thème du colloque.

Contribution de Monsieur Mamadouba Baadiko Bah

I. PETIT HISTORIQUE DES RELATIONS ENTRE LA GUINEE ET LA FRANCE

1. La période orageuse (1958-1977)

La rupture brutale de 1958 et le conflit ouvert – Tentatives avortées de rapprochement 1963-1965 – L’affaire du 22 novembre 1970 – Le « complot permanent » et les massacres – Les rêves de Valéry Giscard d’Estaing.

2. Le statut-quo (1978-1984)

La fin de l’état de guerre – Coopération à minima – Visites de Sékou Touré en France –

3. Le grand retour de la France en Guinée (1984)

Soutien multiforme de la France au CMRN – Soutien politique – Soutien aux réformes structurelles de l’économie – Aide à la reconstruction de l’Etat – Intervention massive dans les secteurs de l’éducation, la santé, les infrastructures – Soutien aux réformes politiques et à l’introduction de la démocratie – Implication indirecte dans le processus électoral – Création de la CENI – Libéralisation des ondes – Interventions pour la libération du détenu Alpha Condé – Forte présence des entreprises françaises – Soutien à la reconstruction des infrastructures (Garafiri, routes nationales et pistes rurales, pont sur la Fatala, pont sur le Tinkisso, etc.) .

Rôle important des ONG françaises dans le développement rural ; quelques exemples édifiants sur la coopération française en Guinée: construction d’étangs pour l’élevage de poissons, diffusion de la technique des briques en terre stabilisée, dons massifs de livres scolaires, promotion de l’agriculture à traction animale, protection du cheptel bovin, croisement des bovins, diffusion des semences améliorées de pommes de terre, promotion de l’apiculture, lutte contre le SIDA et Ebola, etc.

4. Esquisse de bilan

Le tonneau des Danaïdes ou l’effet « sac de jute ».

Quelques tristes exemples vécus : le Lycée abandonné dans la brousse

II. LA GUINEE PRES DE SOIXANTE APRES L INDEPENDANCE : LA FAILLITE

– Système politique régressif – Etat : néant ; le règne de l’ethnicisme, symbole d’une population misérable prise en otage par l’élite politique ;

– L’éducation – Fabrique généralisée d’analphabètes et d’inadaptés sociaux ; déscolarisation accélérée surtout à la campagne; Explosion des inégalités face au droit à l’éducation ; l’école dévalorisée ; l’incroyable facture de l’analphabétisme ;

– La santé – Hôpitaux mouroirs et paradis des médicaments frelatés – La Guinée porte d’entrée et de sortie d’Ebola ; Dakar, Rabat, annexes des hôpitaux guinéens ; très fort taux de mortalité ;

– Environnement massacré – La Guinée, exportateur de charbon de bois – Désordre climatique – Vœux pieux ;

– Agriculture improductive – L’abandon de la terre – Forte dépendance alimentaire ;

– Insécurité partout ; longue liste de crimes impunis depuis 1958 ;

– L’économie – La dépendance à 100% vis-à-vis des industries extractives – La facture de la corruption généralisée : la Guinée pays des scandales à répétition, repoussoir pour les investisseurs sérieux et enfer pour la majorité de ses habitants – La faillite économique et morale et la navigation à vue ;

– Le règne de l’irresponsabilité, de l’impunité et de l’incurie ; les méfaits de l’analphabétisme ;

– La jeunesse la plus grande victime du naufrage; chômage à perpétuité – destination l’Europe et principalement la France. Attention danger : Nigéria, Cameroun, Mali, Niger, etc…

III. PROPOSITIONS POUR UNE COOPERATION RENOVEE ET APPROFONDIE ENTRE LA GUINEE ET LA FRANCE

1. Relancer la coopération sur des bases rénovées

Pour une coopération mutuellement avantageuse – Préférence oui, chasse gardée, non – Sus aux monopoles, vive la concurrence – Solidarité oui, complaisance ou complicité entre dirigeants africains et français, non. La France doit être un partenaire exigeant sur les principes : zéro corruption à travers l’aide qui doit aller à ses véritables destinataires et non aux élites dirigeantes africaines ; mieux encadrer l’action des ONG françaises ; hommage à la justice française – Sortir la France du rôle coûteux de pompier de ses anciennes colonies et en faire un partenaire de choix pour le développement et la prospérité de l’Afrique.

2. Les avantages concurrentiels de la France en Afrique et particulièrement en Afrique et particulièrement en Guinée

– Précieux capital culturel, scientifique et technique accumulé en soixante ans de colonisation – Les liens historiques, l’avantage de la langue et la connaissance du terrain ; l’éducation et la formation professionnelle ; les centres de recherches scientifiques et techniques orientés sur l’Afrique (Institut National de la Recherche Agronomique de Montpelier INRA, BRGM, ORSTOM, etc.) ;

– Savoir faire technologique de niveau mondial : les transports routiers et ferroviaires, maritimes et aéronautique, construction d’infrastructures, technologies de l’information et de la communication, énergie, maîtrise de l’eau, agro-industrie, élevage et agriculture, organisation administrative, police judiciaire, etc.

3. Objectifs prioritaires de la coopération rénovée France – Guinée

• . Lever l’hypothèque politique
• . Aider à la reconstruction d’un un Etat viable
• . Responsabiliser les bénéficiaires de l’aide
• . Orienter la coopération vers la base et bien préparer les interventions sur le terrain.
4. Le rôle capital de l’émigration guinéenne en France et en Europe : Remember Jean-Claude DIALLO et l’échec de la greffe des émigrés rentrés en Guinée – Avantages politiques du recours prioritaire aux émigrés – Relire Serge Michailof : La France et l’Afrique Vade-mecum pour un nouveau voyage (Paris, Khartala 1993).

L’implication de l’immigration guinéenne dans la reconstruction: Etude sociologique de la communauté guinéenne en France et même dans l’UE – Mobilisation et encadrement des émigrés guinéens candidats ou non au retour – Former en peu de temps des milliers d’enseignants, infirmiers ou médecins, administrateurs, juges, policiers, ingénieurs, techniciens, agronomes, entrepreneurs de PMI-PME – Installer des structures efficaces de formation professionnelle en Guinée – Aide au retour – Intervention du système bancaire et mise en place de mécanismes de garanties – Suivi et évaluation après le retour en Guinée.

Contribution de Monsieur Saikou Yaya Barry

Dans ses propos liminaires, Monsieur le député Saikou Yaya Barry, de l’Union des Forces Républicaines, soulignera tout d’abord l’importance de cette rencontre pour l’avenir de la Guinée. Avant d’ajouter que les guinéens qui vivent en France pouvaient être à l’initiative des réflexions notamment sur les problèmes que rencontre notre pays et proposer des ébauches de solution afin de s’en saisir pour en faire un débat national.

S’agissant des perspectives d’avenir entre la Guinée et la France, il estime nécessaire d’abord et avant tout pour la Guinée de faire un travail d’autocritique. Il pense qu’il est absolument nécessaire d’en finir avec les préjugés qui ont la vie dure dans la société guinéenne, les idées subjectives qui empêchent les guinéens de se parler, de se comprendre et surtout de travailler ensemble. Pour lui, le communautarisme et le sectarisme sont deux fléaux qui minent notre société et empêchent son développement. C’est pourquoi, il invitera les guinéens à se réorienter vers une nouvelle dynamique qui permettra le développement socio-économique de notre pays.

Honorable Saikou Yaya Barry reconnaîtra que la Guinée à un énorme problème de leadership donc de ressources humaines et soulignera également la responsabilité des guinéens dans l’alimentation de ce problème en se tournant vers le repli identitaire et l’ethno-stratégie qu’il dénoncera tout le long de son exposé.

Par ailleurs, il témoignera, qu’il y a eu beaucoup d’aide en direction de la Guinée, pour l’aider à éclore mais en vain. Aujourd’hui, il pense et parce qu’on est en démocratie qu’il faudrait aider la Guinée et les guinéens à se départir de cette politique de division qui mène vers l’impasse afin de trouver un homme qui soit capable d’intégrer les problèmes de la Guinée et les solutionner. Et de ce point de vue, il dira le rôle essentiel des guinéens de la diaspora dans la sensibilisation des autorités occidentales sur nos priorités locales. Il s’agit là d’emmener nos partenaires vers une politique non directive mais plutôt collaborative et ce de façon horizontale et une prise en charge des attentes des uns et des autres.

En définitive, le député de l’UFR dira sans complexe, que la Guinée est un pays des rendez-vous manqués. Elle a raté le coche en 1958 où le pays a vu l’avènement d’un type nouveau de guinéens versés dans la dénonciation et la délation de son prochain. L’histoire se répéta avec les militaires et en 2010.

Contribution de Monsieur Gilles Morrisson

LA COOPERATION MONETAIRE ENTRE LA GUINEE ET LA FRANCE

La coopération monétaire entre les pays passe par leurs banques centrales respectives, en l’espèce la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) et la Banque de France (BDF), mais cette coopération s’inscrit dans le cadre plus large de la coopération entre les pays.

La coopération monétaire entre la Guinée et la France est donc à l’image de la coopération politique, économique et militaire. Elle varie au gré des évènements et des tensions qui apparaissent ou s’apaisent entre la Guinée et ses partenaires occidentaux et notamment la France avec laquelle la Guinée partage une histoire mouvementée.

Cette coopération monétaire semble toujours empreinte d’une certaine méfiance, voire réticence, vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale.

La rhétorique de Sékou Touré est toujours vivace et, dans le domaine monétaire, la Guinée s’attache à toujours préserver jalousement son indépendance, notamment vis-à-vis de la France.

C’est la raison pour laquelle la Guinée privilégie la coopération monétaire multilatérale à la coopération bilatérale, dont elle veille à ce qu’elle ne soit pas exclusive.

De même, la France préfère inscrire sa coopération monétaire avec la Guinée dans le cadre multilatéral des actions du Fonds Monétaire International (FMI) envers ce pays et la renforcer par une coopération bilatérale.

Ayant été personnellement un acteur de la coopération entre la BDF et la BCRG, en tant que conseiller du Directeur des Changes de la BCRG de 1988 à 1990, puis dans mes différentes fonctions à la BDF, quel bilan puis-je dresser de cette coopération monétaire franco-guinéenne et quelles peuvent en être, selon moi, les perspectives ?

1/ QUEL BILAN PEUT-ON DRESSER DE LA COOPERATION MONETAIRE FRANCO-GUINEENNE ?

Après son accession à l’indépendance, le 2 octobre 1958, la Guinée rompt ses relations monétaires avec la France un an et demi plus tard en sortant de la Zone Franc, en créant sa propre banque centrale, la BRG puis la BCRG, et en émettant sa propre monnaie, le Franc, le 1er Mars 1960.

L’adhésion de la Guinée au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Mondiale, en 1963, ne conduit pas à une coopération monétaire avec ces institutions, tant le fossé idéologique qui les sépare est grand.

Il faut attendre l’avènement de la Deuxième République, le 3 Avril 1984, et le Discours-Programme du Président Lansana Conté, le 22 décembre 1985, pour que la Guinée choisisse la voie libérale du développement et renoue véritablement avec les Institutions Financières Internationales et avec les pays occidentaux, dont la France.

1/1 – La coopération monétaire multilatérale

Le premier Programme d’Ajustement Structurel (PAS) mis en place par la Guinée et soutenu par le FMI comporte un volet monétaire important qui comprend :

-la dévaluation du Syli de 92% ;

-le remplacement à parité du Syli par le Franc Guinéen ;

-le changement des signes monétaires ;

-la restructuration de la BCRG ;

-la fermeture des banques d’Etat et leur remplacement par des banques commerciales à capitaux privés.

Pour conduire ces réformes monétaires, le FMI met en place un programme d’assistance technique et détache auprès de la BCRG plusieurs experts venant de différentes banques centrales francophones, mais sous contrat avec le Fonds.

La Banque de France fournit alors le contingent le plus important d’experts, qui sont ensuite rejoints, voire remplacés, par des experts venant de la Banque Nationale de Belgique, de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), de la Banque Centrale de Tunisie ou de la Bank Al Maghrib.

La Coopération Française appuie également ces restructurations en finançant quelques postes d’experts.

Entre 1986 et 1998, cette coopération monétaire multilatérale va porter ses fruits. Sous la direction de Monsieur Kerfalla Yansané, gouverneur de 1986 à 1996, la BCRG va progressivement devenir une banque centrale dont l’organisation et les modes de fonctionnement se rapprochent des normes internationales en la matière.

Durant cette période, la BCRG demeure neutre politiquement et le recrutement des agents s’opère systématiquement sur des bases transparentes (concours). Grace à la politique de formation qui est conduite, la BCRG devient un vivier de cadres compétents. Nombre de ses cadres seront appelés dans des cabinets ministériels ou deviendront ministres, voire premier ministres.

Après son départ, la qualité de la gouvernance, tant interne que monétaire, se dégrade progressivement, du fait notamment de la suspension incessante des PAS, puis de leur reprise, ainsi que du départ progressif des experts. Par ailleurs, la neutralité politique de la BCRG disparait et il n’est pas rare de voir le gouverneur et le vice-gouverneur battre campagne pour le Président.

Après des périodes de tension avec le FMI, notamment durant la phase de transition militaire, la coopération monétaire multilatérale reprend et conduit à une nouvelle remise de dettes extérieures, la Guinée ayant atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE, lancée avec l’avènement de la Troisième République.

Elle conduit également, en 2014, à la promulgation de nouveaux statuts de la BCRG, qui s’inspirent des statuts de la plupart des banques centrales dans le monde, et confèrent à l’institution une indépendance accrue, notamment en matière de définition et de mise en œuvre de la politique monétaire, avec la création d’un Comité de Politique Monétaire.

Néanmoins, il semblerait, qu’après avoir redressé une situation économique et monétaire très dégradée durant la période de transition militaire et obtenu un allègement de sa dette extérieure, le pouvoir actuel s’écarte à nouveau de la bonne gouvernance de la chose publique. L’arrêt des programmes avec le FMI n’augure rien de bon pour la stabilité monétaire.

1/2 – La coopération monétaire bilatérale

La reprise des relations monétaires avec la France et le développement de la coopération entre la BCRG et la BDF, s’est donc d’abord déroulée dans un cadre multilatéral avant de se tenir dans un cadre bilatéral.

L’impression des billets guinéens n’a cependant pas été confiée à la Banque de France, mais à la firme anglaise Thomas Delarue. Il est vrai que les producteurs de billets de banque dans le monde sont peu nombreux et qu’ils se partagent le marché (oligopole d’accord).

La coopération bilatérale s’est principalement développée dans le domaine de la formation des cadres, à travers des stages ou des séminaires de formation aux métiers de la banque centrale. Elle vient également appuyer la BCRG dans la mise en œuvre de ses projets. Des efforts particuliers ont été consentis dans le domaine de la surveillance bancaire.

La coopération dans le domaine de la formation et de l’appui aux projets n’est cependant pas l’apanage exclusif de la BDF, puisque les cadres de la BCRG participent également à des séminaires ou à des stages de formation offerts par d’autres banques centrales francophones ou par le FMI.

La coopération monétaire entre la BCRG et la BDF est bonne, mais elle n’est pas exceptionnelle comme elle peut l’être avec d’autres banques centrales comme la BCEAO notamment. La BDF estime en effet qu’elle a fourni un effort important, depuis 1985, en faveur de la BCRG, mais que cette coopération ne semble pas avoir donné tous les résultats qu’elle était en droit d’en attendre.

L’exemple de la gestion des ressources humaines suffit à l’illustrer. La BCRG dispose d’un effectif qui est plus important que celui qui est nécessaire à son fonctionnement. La BDF et la BCEAO ont, à plusieurs reprises, participé aux concours de recrutement organisés par la BCRG pour sélectionner les candidats sur une base objective et transparente. Mais, dans le même temps, la BCRG recrutait des agents sur des bases non transparentes. La BCRG se conforme ainsi, en apparence, aux exigences de ses partenaires financiers tout en poursuivant ses propres objectifs.

2/ QUELLES PERSPECTIVES POUR LA COOPERATION MONETAIRE FRANCO-GUINEENNE ?

La coopération monétaire entre la Guinée et la France ne devrait donc pas connaitre de développement notable dans les années à venir. La BDF continuera d’apporter son concours à la BCRG dans le cadre des missions du FMI en Guinée et d’accueillir des cadres de la banque centrale en stage ou en séminaire de formation. Elle continuera d’apporter son appui à la BCRG dans la conduite de ses projets, pour autant que ces projets soient pertinents.

La Guinée ne semble pas souhaiter réintégrer la Zone Franc et s’est lancée, depuis quelques années, dans une aventure monétaire incertaine, la seconde zone monétaire (ZMAO). Cette dernière n’est toutefois pas assurée de voir le jour puisqu’il semble que l’on s’oriente plutôt, à présent, vers la création d’une zone monétaire pour la CEDEAO, dans le futur (2020).

La création d’une telle zone monétaire signifierait sans doute la sortie de l’UMOA de la Zone Franc et la fin de la coopération monétaire avec la France sous sa forme actuelle.

Pour que la coopération monétaire entre la Guinée et la France se renforce au plan bilatéral à l’avenir, il faudrait une claire intention de la partie guinéenne de ne pas continuer son double jeu vis-à-vis du FMI et des autres banques centrales parties prenantes à cette coopération et de conduire les réformes structurelles nécessaire à leur terme. Il ne suffit pas de modifier les statuts de la BCRG pour les rendre conformes à ceux souhaités par le FMI, encore faut-il leur donner consistance dans la conduite de la politique monétaire.

Fait à Paris le 31 juillet 2016

GRAD-GUINEE et la TROISIEME DYNAMIQUE

 

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