Afghanistan: plus de 80 morts dans un attentat du groupe EI à Kaboul

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Un attentat a frappé une manifestation pacifique de la minorité chiite hazara ce samedi 23 juillet à Kaboul, en Afghanistan, faisant plus de 80 morts et plus de 200 blessés. L’attaque a été revendiquée par le groupe Etat islamique.

Il est 15h ce samedi lorsqu’une forte explosion retentit à Kaboul dans le quartier Dehmazang. L’attentat s’est produit alors que la minorité chiite hazara protestait calmement contre le tracé discriminatoire d’une ligne à haute tension, indique la correspondante de RFI à Kaboul, Mélanie Komikek.

Selon la police, les manifestants se dirigeaient vers le palais présidentiel lorsque, bloqué par des barrages, le groupe s’est arrêté à un rond-point. Les terroristes se sont alors mêlés aux manifestants et ont déclenché leurs bombes. L’attentat a fait selon un dernier bilan plus de 80 morts et 221 blessés.

Les talibans ont rejeté cette attaque très rapidement via les réseaux sociaux, mais le groupe Etat islamique l’a revendiquée via son agence de presse Amaq. C’est la première fois que l’organisation jihadiste revendique un attentat à Kaboul. Bien que l’attaque soit l’une des plus meurtrières jamais commises à dans la capitale afghane, le groupe EI reste très marginal en Afghanistan. « Il n’y a pas de place pour l’Etat islamique en Afghanistan, analyse Mariam Abou Zahab, professeur à l’Inalco, spécialiste de l’Afghanistan. Et idéologiquement, ce que défend l’Etat islamique est tout à fait opposé à ce que souhaitent les Afghans, et tout à fait opposé aux talibans qui, eux, ont un agenda purement national, alors que l’Etat islamique est transnational et veut des Afghans qu’ils se soumettent au califat, ce qui n’est absolument pas possible. »

Les Hazaras, minorité discriminée et persécutée

La minorité chiite hazara représente trois millions d’Afghans. Ils sont majoritairement représentés dans la région de Bamiyan, que le gouvernement a décidé d’évincer dans le tracé d’une ligne à haute tension. Leur manifestation pacifique ce samedi à Kaboul réclamait le raccordement au réseau d’électricité. Les Hazaras avaient déjà défilé au mois de mai pour protester contre ce tracé. Aucun incident n’avait alors été déploré.

De confession chiite, les Hazaras sont considérées par les jihadistes comme hérétiques. Ils sont donc les pires ennemis du groupe Etat islamique en Afghanistan. Les jihadistes de l’organisation EI ne sont pas les premiers bourreaux des Hazaras. Avant eux, les combattants d’al-Qaïda, mais également les talibans, ont tué des milliers d’Afghans de confession chiite à la fin des années 1990.

Depuis l’implantation du groupe Etat islamique en Afghanistan début 2015, les Hazaras sont de plus en plus persécutés, et sont notamment victimes d’enlèvement et d’assassinats. Le départ des troupes étrangères n’a pas arrangé la situation. La sécurité en Afghanistan s’est fortement dégradée ces derniers mois. « Vu la situation générale sécuritaire en Afghanistan, on peut toujours craindre que ce type d’attentat ne se reproduise, estime la chercheuse Mariam Abou Zahab. Surtout que Kaboul est réputée pour être une ville très sécurisée et dans laquelle on voit que les attentats se multiplient. »

RFI

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